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Sixties
Chapitre 1

Marilyn Monroe est morte en ce mois d’août 1962, on se bat en Algérie, on se bat toujours quelque part… mais on chante aussi toujours quelque part, une bande de copains ont monté un groupe, "Les Guitars Brothers" et comme des dizaines de jeunes de l’époque s’amusent à jouer les rockeurs sur tout ce qui peut s’apparenter à une scène, ceux ci ont une chanteuse avec eux, elle s’appelle Annie Chancel , elle a 17 ans et n’a rien d’une future star, ni même d’une vedette, ils ont tous récolté un beau succès dans quelques casinos de la cote d’Azur et en profitent pour passer des vacances agréables…

Dans le même temps, Claude Ayot  27 ans né le 21 décembre 1936 dans un petit village d'Auvergne,  remporte le premier prix du festival d’Enghien avec sa chanson "Ma mélodie" qu’interprète une des idoles des jeunes que l’on appelle ironiquement les "yéyés" avant que ce nom ne désigne le phénomène… Richard Anthony est celui qui alignera le plus de tubes pendant la décennie des années 60, "Laisse moi ma chance, Nouvelle vague, J’entends siffler le train"… sans pourtant avoir le physique de Johnny Hallyday, l’Elvis Presley français qui tous deux sont justement les idoles de la petite Annie. Les Yéyés ont débarqué à la fin des années 50, tel un raz de marée sur la chanson pantouflarde de l’époque, incroyable de se dire que les jeunes jusque là n’avaient pas de chanteurs de leur âge, il faut imaginer la révolution que cela créa et les vocations qui suivirent … Frank Tenot sur Europe 1 lança la mythique émission « Salut les copains » qui devint un mensuel pas moins légendaire, toute une génération s’imposa  très vite, et on put distinguer aussi vite deux groupes distincts, d’un coté les rockers avec Johnny, Elvis, Gene Vincent, Eddy Mitchell & les Chaussettes noires, Dick Rivers et les Chats sauvages, Gillian Hills et Sylvie Vartan pour les filles et de l’autre coté les twisteurs : Claude François, Frank Alamo, Sheila, Richard Anthony, ces derniers beaucoup plus sages rassuraient les parents …

Mais revenons à Claude Ayot ce jeune auteur compositeur qui prend tout de suite un pseudonyme comportant 13 lettres car il est très superstitieux, il s’appellera désormais Claude Carrère. En 1961, il enregistre chez RCA la chanson célèbre "Cigarettes, whisky et p'tites pépées" qui sera un gros tube mais chanté par Annie Cordy et Eddie Constantine. Un an plus tard,  il adapte un succès de Tommy Roe en Amérique "Sheila" pour le chanteur Lucky Blondo qui en fait un succès. Carrère travaille pour l’éditeur Raoul Breton et adapte comme le veut la mode les chansons Ricaines, en attendant de devenir producteur, car il a l’idée de trouver parmi les innombrables prétendants à la gloire, une jeune fille dont il s’occuperait exclusivement.

Le 26 octobre 1962 , après avoir auditionné quelques adolescentes, il se rend rue d’Arcueil à Paris dans un cinéma désaffecté pour écouter un groupe, ce groupe c’est les "Guitars Brothers" revenu de son périple au soleil et grâce à l’un d’eux, qui a eu l’heureuse idée de demander à Henri Leproux, le célèbre gérant du Golf Drouot là où se réunit tout ce qui fait de la musique, et s’il pouvait les aider à se faire connaître ? c’est ainsi que débarque Carrère. Peu convaincu par ce qu’il entend, il aperçoit la jeune et timide Annie assise dans un coin :  et elle , elle chante ? … les garçons lui répondent que de temps à autre, elle s’amuse avec eux, l’un d’eux lui tend le micro et Annie, mi-amusée, mi-apeurée commence le "Chariot " de Petula Clark

Elle possède un joli grain de voix, Carrère se dit qu’après tout, pourquoi pas ? la veille, il avait bien cru trouver la perle rare, une certaine Sophie mais ses parents n’avaient pas voulu signer de contrat et cette petite là  n’est peut être pas si mal … Il part et dit qu’il reviendra le lendemain, ce qu’il fait mais il n’est pas seul, Jacques Plait le directeur artistique de Philips l’accompagne, cela devient sérieux, le groupe est pétrifié et va s’emmêler les cordes, celles, vocales, d’Annie vont plaire au monsieur très impressionnant .

Jacques Plait avouera avoir été tout de suite conquis, qu’un miracle eut lieu, que la voix de la jeune fille avait un timbre superbe, gorgé de soleil, qui pétillait … Plait ajoute qu’à la sortie du cinéma, il s’agenouilla en remerciant le ciel d’avoir découvert l’oiseau rare ! A l’issue de cette audition ou pas moins de 3 chansons seront alignées "Sur ma plage, Je chante doucement" et l’inévitable "Chariot"… Claude Carrère demandera une entrevue avec les parents de la brunette espérant qu’il n’essuiera pas un nouveau refus.

Le contrat est signé par Mr André Chancel, commerçant, et Mme Micheline Chancel commerçante, les époux Chancel font les marchés et vendent des confiseries, Annie les aide souvent le week-end , quand elle ne suit pas ses cours de comptabilité avec son inséparable amie Lydia. La légende de la petite marchande de bonbons est légèrement édulcorée, Annie se levait parfois à 4 h du matin pour aider ses parents, mais ce n’était pas tous les jours. Ce contrat est signé pour une durée de dix ans, très vite, Annie se rend en studio pour des essais de voix avec François Dentan et enregistre ce fameux Chariot sur disque souple, ce document est passé en 1993 sur Europe 1 dans l’émission "Vinyle fraise" de François Jouffa, grand spécialiste sixties.

Les choses sérieuses commencent, tout d’abord pour Annie c’est une déception que ses copains n’aient pas été retenus par Carrère, elle se serait sentie moins seule avec Gibus, Trottinette , Tino et les autres dans ce grand studio au milieu de ces adultes, il était de toute façon inutile de plaider leur cause …

Ce Mr Carrère paraît sûr de lui et intimidant, Annie est une jeune fille réservée et ce dernier la fait répéter dans sa voiture, assise à coté de lui qui est au volant, c’est une situation pour le moins pittoresque, il s’énerve presque quand la jeune fille au bord des larmes s’excuse de ne pouvoir faire mieux, elle a l’air maline au feu, les passants la regardent et doivent se demander si tout va bien… En moins d’un mois, Annie enregistre son premier super 45 tours, un Ep (extended playing) autrement dit 4 titres choisis pour elle, Annie exulte, ainsi la voilà chanteuse, comme son idole Johnny, qui sait, peut être va t'elle le rencontrer ?

Rien de très original cependant pour ce coup d’essai, une chanson que Dick Rivers a mis également à son répertoire « On a juste l’âge », puis une adaptation « Avec toi » qu'interprète aussi Lucky Blondo, puis une reprise d’un instrumental des Islanders "Enchanted sea" repris également par le très beau Sacha Distel "Un bateau s’en va" et pour titre principal, une nouvelle adaptation du succès de Tommy Roe : "Sheila"… 7 versions de ce standard existent déjà, la plus célèbre étant celle en Français de Lucky Blondo, celle d’Annie sera la seule version féminine.

Au moment de presser le disque, Carrère n’est pas satisfait, Annie Chancel, cela sonne trop français, la mode étant à l’américanisation à outrance, pourquoi pas reprendre le prénom de la chanson, en plus, c’est plutôt vendeur "Sheila par Sheila"… La jolie petite Sheila est née, le 13 novembre (superstition toujours) 1962 ; le disque rose de Sheila sort dans les bacs, « elle s’appelle Sheila, elle a 16 ans , écoutez là » au verso on y trouve une courte présentation « Sheila est en train de vivre un conte de fées, elle se levait a 4 h du matin pour vendre des bonbons, en un mois sa vie a changé maintenant elle chante pour vous »… Curieusement pas de portrait sur la pochette mais une photo dédicacée à l’intérieur façon Harcourt

Le 2 décembre 1962 est un événement, Sheila va faire sa première apparition publique à la télévision dans l’émission d’André Salvet qui avait participé à la chanson "On a juste l’âge" : "Toute la chanson". Salvet raconte que Carrère lui avait proposé une association à 3 (avec Jacques Plait) pour lancer Annie, mais il a refusé bien que confiant en cette jeune personne qu’il trouvait sympathique.

Pour cette première , Carrère décida au dernier moment que sa protégée n’était pas prête pour affronter le direct… Il la fît filmer avant l’émission par Robert Valley dans un décor de chambre de fillette, avec des peluches partout et surtout vêtue d’un pyjama ! Pyjama trouvé par l’épouse d’André peu avant l’enregistrement, il est certain qu’aujourd’hui, ce document est un must, il faut voir Sheila un peu gauche, lever la gambette… Rediffusé largement, il vaut son pesant de cacahuètes ou de berlingots dans le cas de Sheila… Nul n’aurait pu lui prédire au vu de ces images qu’elle deviendrait la chanteuse la plus populaire du pays… Le disque se vend mal, la chanson déjà maintes fois entendue ne fera un succès en France que par Blondo. L’année 1962 s’achève un peu tristounette, il va falloir passer à l’offensive.

1963, dès le mois de janvier, Jacques Plait et sa femme Colette oeuvrent beaucoup pour promouvoir Annie, en qui ils croient beaucoup, c’est à Colette que Sheila doit d’être la première chanteuse à être passée au Journal télévisé de la Rtf, un exploit lorsque l’on connaissait l’impact que pouvait représenter le seul et unique journal de la seule et unique chaîne, personne ne pouvait plus ignorer Sheila. Le seul chanteur avant elle à avoir eu cet honneur n’était autre que Georges Brassens, excusez du peu ! Colette dut pourtant faire montre de beaucoup de patience parce que personne ne voulait prendre la jolie Sheila dans son émission, à force de persévérance, elle finit par décrocher la timbale… Mais "Sheila par Sheila" n’a pas décollé pour autant, il ne s’en vendait qu’une vingtaine par jour, il fallait payer les musiciens, la production. C’est Charles Rinieri qui écrira "L’ami de mon enfance" un peu plus tard qui paiera la production du second disque prévu pour février, il fallait absolument un succès sinon Sheila ne verrait pas le printemps …

Riniéri cherchait avec Carrère une idée de chanson qui fédérerait les enfants de 10-12 ans et à cet age là, quelle est la première préoccupation ? L’école bien sûr… Carrère dira que l’idée de "L’école est finie" lui est venue en voyant les gamins sortir de l’école en courant, tout heureux que l’école soit finie, Sheila qui répétait encore dans la voiture doit se souvenir encore de l’enthousiasme de son imprésario … L’idée de la cloche au début de la chanson, c’est à Jacques Plait qu’on le doit, le disque fut vite enregistré, pour pouvoir le sortir à la date du 13 février. Les duettistes Jil et Jan proposèrent le célèbre "Papa t’es plus dans l’coup" puis une adaptation des Orlons "Don’t hang up" qui devint "Ne raccroche pas" et pour finir une adaptation que chantait aussi Richard Anthony "Le ranch de mes rêves" tout cela réuni fit de ce second Ep, le premier succès de Sheila, un disque qui se vendit à plus de 800 000 exemplaires (un chiffre considérable pour l’époque) et qui plaça la jeune Sheila au tout premier rang des idoles des jeunes …

On peut remarquer sur la pochette de ce disque cultissime que Sheila est à moitié cachée, la photo de Stan Wickeziak  est assez bizarre, on ne sait pas au juste après quoi elle s’agrippe, et la coiffure est pour le moins abstraite, il faut dire qu’à ce moment là, Carrère est désespéré par le look de sa protégée, elle n’a rien de spécial pour la faire remarquer, elle n’est pas très belle, ni même jolie, tout simplement agréable à regarder comme l’écrira plus tard un journaliste… Sylvie Vartan qui est la n°1 des chanteuses auprès des jeunes est très sexy, sa moue boudeuse et ses cheveux blonds font d’elle "La plus belle pour aller danser", Françoise Hardy qui triomphe avec "Tous les garçons et les filles" est d’une beauté naturelle, tel un mannequin…

Carrère et Sheila vont faire tous les coiffeurs sur la place, essayer toutes sortes de coiffures possibles et imaginables jusqu'au jour ou le disc jockey du club St Hilaire (appartenant à François Patrice) présente Carrère à un certain Michel Mastey coiffeur de son état, il constate une telle passion de Carrère pour sa chanteuse qu’il décide de l’aider à trouver ce qu’il cherche, Jacques Plait est présent lui aussi et les deux hommes commencent à faire un cours de marketing sur le public visé, la démarche, la musique, ils étaient certains qu’avec leur second disque, ils tenaient un coup d’enfer...

Mastey raconte qu’il tournait en rond, Sheila était silencieuse, il aperçoit, trônant sur la table un gros bouquet de fleurs avec des petits nœuds rose pale, il demande à son assistante de faire friser les cheveux très fins de la jeune fille et d’en faire un fouillis de chaque coté de la tête… Il lui coupe la frange sur le devant, prend deux nœuds du bouquet pour les mettre de part et d’autre du visage. Mastey tourne alors la tête d’Annie devant ses producteurs en leur disant « voilà votre vedette » ! Pas vraiment convaincus, ils mettent le petit magnétophone en marche sur « L’école est finie » et demandent à la pauvre Annie de twister, comme ça, au milieu du salon de coiffure devant les clients, on imagine pour la jeune fille ce qu’elle devait ressentir …

Mais Michel Mastey est sous le charme, il est sûr de son coup ... Un mois plus tard, Sheila fera sa première télé avec ses fameuses couettes chez Guy Lux dans l’émission "Monsieur tout le monde" et fera un triomphe avec son look de jeune fille très sage, jupe a carreaux, chemisier blanc et couettes au vent …

Le disque décolle immédiatement, il s’en vend tellement que les presses ne peuvent fournir assez de pochettes, des 45 t sont envoyés ainsi sans pochettes, du jamais vu ... La petite Sheila est partout, elle commence à faire toutes les couvertures de magazine, toutes les émissions, on la réclame partout, c’est un tourbillon euphorique, Claude Lelouch la fait tourner dans deux scopitones couleur produits par Davis Boyer sur "L’école est finie" sur le fameux tourniquet entourée de ses amies et qui jettent au vent les cahiers ; et le second sur
"Ne raccroche pas" tourné près d’une borne téléphonique sur une autoroute avec un gendarme au bout du fil… Quant à "Papa t’es plus dans l’coup" un document à également été tourné ou l’on voit Sheila twister maladroitement prés d’une piscine, près d’une voiture accidentée (moi j’ai prêté ta voiture à Jean-Pierre, il m’l’a ram’née en pièces détachées…) Sheila est omniprésente.

A Paris, une campagne d’affichage « à l’Américaine » est lancée, Philips avait appellé Plait pour l’informer qu’il y avait eu rien qu’en une journée 25 000 ventes pour « L’école » et que personne n’avait jamais fait cela en France… de plus, les nouveaux fans de Sheila recherchaient son premier disque et qui grâce au succès de l’école finit a 160 000 ventes… Claude Carrère et Jacques Plait sont heureux, leur petite Sheila est lancée à toute allure sur les rails du succès. L’alchimie s’est produite entre la chanteuse, la chanson, le look, les couettes, le personnage dans sa globalité a plu tout de suite, Sheila a surtout les très jeunes enfants et le public familial réconcilié du coup avec les yéyés …

Jacques Plait ne tarit pas d’éloges sur la chanteuse a l’époque "C’était une jeune fille fantastique, adorable, on avait tout le temps envie de la prendre dans ses bras, et de l’embrasser… Elle avait compris que pour réussir il fallait travailler, elle était drôle, pleine d’humour, on a pas touché à ça, on a rien fabriqué, quand elle répétait et que Carrère la corrigeait, elle se retournait, essuyait une larme, et recommençait en serrant les dents, elle a mérité son conte de fées… "

Le 29 juin 1963, Sheila est la vedette de "Télé dimanche" première grosse émission où elle interprète 5 chansons, d’autant plus qu’il va falloir prendre la relève, oh ! Combien difficile du succès de "L’école est finie" !

 

Sixties
Chapitre 2

Au verso de "l’école est finie", on y trouve une petite bafouille de Sheila « voici mon deuxième disque, dites moi si j’ai fait des progrès » cela deviendra une tradition, au verso du troisième, Sheila remercie le public d’avoir fait d’elle ce qu’elle avait toujours rêvé d’être, qu’elle ne devait pas sortir de disque pour les vacances mais que tout le monde lui a demandé alors elle ne peut refuser…

Après l’école, Jacques Plait raconte que la suite logique, c’était l’évolution, donc les vacances , les surprises parties , l’insouciance de l’adolescence et tout ça se retrouve sur le 3ème disque avec un original "Première surprise partie"   avec à la fin de la chanson les 29 fois "C’est ma première surprise partie yeah ! ! ! " "Pendant les vacances", une réussite pour une adaptation des Everly brothers et leur tube "All I have to do is dream" de 1958… "Viens danser le  Hully-gully" adapté de Neil Diamond et "La vie est belle"  adaptation de "Killer joe"

Encore une fois c’est un succès, le hit parade de "Salut les copains" classe les deux titres principaux 4ème sur 50 (tout comme l’école qui n’avait pas atteint la première place), faut il rappeler qu’à l’époque, il n’existait  rien de fiable concernant les ventes de disques, le "hit parade slc" se basait sur les demandes des auditeurs et sur les passages des chansons qui en découlaient forcément, si l’on se base sur ces données, on peut imaginer qu’une chanson demandée sera aussi la plus achetée, aujourd’hui si l’on a les chiffres réels de ces années là, c’est surtout grâce au travail de passionnés comme Fabrice Ferment qui a consacré un ouvrage en 2001 en collaboration avec la Snep (Société nationale des éditions phonographiques) sur les ventes réelles des 45 tours sortis entre 1960 et 2000, Sheila est la première chanteuse Française à avoir vendu le plus de 45 tours pendant 20 ans.

On retrouve Michel Mastey qui avec l’équipe de Sheila décide de faire évoluer la coiffure, les couettes auront un effet « caniche » comme il le définit lui même en ajoutant qu’il ne s’agissait que d’une petite modification de la frange, et de rendre les couettes un peu plus rondes,  prétexte à faire du papier …

Carrère avait, dit-il,  très peur de perdre l’image de Sheila en coupant les couettes, il fallait évoluer en douceur … Le journaliste Jackie Avallon décrit très bien l’univers de la petite Sheila, écoutons le : "Sheila , ce n’est peut être pas du rock orthodoxe, au sens ou l’entendent les fanatiques du Golf Drouot. Mais les centaines de milliers de disques vendus, cela indique, en tout cas, une vedette ! ". Une grande vedette, même ! puisque justement Sheila a réussi le prodige de faire accepter les rythmes nouveaux par tout le monde. Qu’on le veuille ou non, elle se place en numéro 1 dans cette ère nouvelle, de laquelle on dira peut être un jour : "avant elle, il n’y avait rien" comme les humanistes l’ont déjà dit d’un siècle tout proche ... Ainsi que Dada précéda le surréalisme, le rock en France aura été la destruction nécessaire à une nouvelle architecture musicale.

Sur cette table rase, et grâce aux règles que sa négation aura cependant à affirmer, Sheila aura été la première à faire la conjonction de deux mondes : le monde de papa et celui de la progéniture qui monte. Si pour beaucoup de techniciens des variétés, Sheila est la Lisette Jumbel de notre époque, historiquement, elle est sans doute aussi la Mireille de demain. Elle aura ouvert la porte. Elle aura prouvé que deux recettes peuvent se combiner sans se détruire lorsque l’habileté et l’intelligence y pourvoient. Mais à ce propos, sans doute faudrait-il, plutôt que de raconter sa vie, dire les espoirs et les efforts de son directeur artistique …

On est très loin du pamphlet qu’écrivit Paul Guth la même année dans sa "Lettre ouverte aux idoles" se bornant à comparer Sheila à un poulet aux hormones … quitte à s'excuser dix ans plus tard en reconnaissant une vraie intelligence à sa partenaire dans l'émission de Philippe Bouvard qui les réunit cet après midi là ...

Au chapitre des idoles, Sheila a pu enfin rencontrer la sienne : Johnny Hallyday, malheureusement pour elle, Johnny convié à la même émission pour une radio célèbre, arriva avec deux heures de retard, Sheila qui avait un engagement tout de suite après rata son avion, Sheila se dit beaucoup déçue, la star ne s’étant même pas excusée, au contraire, il fit une réflexion désagréable assez fort pour qu’elle l’entende : "qui c’est, celle là ? " Sheila confiera que c’était ridicule et blessant, d’autant plus qu’avec "L’école est finie" elle vendait plus de disques que lui et ne pouvait ignorer qui elle était… ajoutant qu’elle ne pouvait pas lui en vouloir car "il devait être enfermé dans une comédie dans laquelle il n’a pas toujours le beau rôle"… Qui a dit que la petite Sheila était idiote, elle avait déjà une certaine lucidité sur le métier, tout rentra dans l’ordre peu après lors d’une séance de photos avec Long Chris (Ami de Johnny et papa d’Adeline Biondeau qui épousera Johnny longtemps plus tard), dans un ranch et les deux stars auront l’occasion de se croiser maintes fois et même de chanter ensemble à plusieurs reprises.

A ses touts débuts, la bible des yéyés "Salut les copains" lui posa 40 questions assez directes auxquelles elle répondit sincèrement, pèle mêle, elle savait que tout le monde déjà la considérait comme une marionnette, avec lucidité là aussi elle répondît qu’à 17 ans, elle avait tout à apprendre et que toute seule, que pouvait-elle faire ? Elle se pliait certes souvent aux exigences de Claude Carrère, mais jusque là, il faut avouer qu’il ne s’était jamais trompé… ajoutant que ses chansons étaient faites sur mesure et que si l’une ne lui plaisait pas, elle ne la chantait pas…(il semblerait que ce n’était pas exactement le cas…), le 13 est son chiffre porte bonheur (Carrère ne l’a pas influencé, elle était assez superstitieuse…) ses producteurs s’occupent de tout pour elle, elle n’a donc aucun souci, on apprend qu’elle aime le jazz : Ella Fitzgerald et Sidney Bechet (elle ne les citera guère par la suite), par contre elle a toujours vanté la peinture de sa mère. On apprend encore qu’elle aimerait ressembler physiquement à Romy Schneider, qu’elle aime le vert (pour quelqu’un de superstitieux… dans ce métier !) elle garde une passion pour ses peluches (on ne compte plus les photos d’elle prises au milieu de tous ses petits amis si rassurants).

Sa qualité principale, la gentillesse (avec tout le monde, précise–telle) son gros défaut : la gourmandise qui hélas dit elle ne la fait pas grossir. Lorsqu’on lui demande si elle préfère la compagnie des filles ou des garçons, elle répond naïvement, « ça dépend de ce que l’on veut faire… » On rigole carrément lorsque le journaliste lui demande ses expressions favorites , elle répond "Ouki kouki" (promo oblige) ou "Mieux vaut tard que jamais" (une prémonition sur sa future carrière scénique ?), par contre, son amour pour le soleil n’a jamais varié, pour l’Amérique non plus, puisque son rêve est de visiter ce grand pays, elle parle encore de sa passion du sport, la natation, le patin à glace, la danse et c’est vrai que Sheila aura tout pratiqué et pas que sur photo !

Elle aimerait rencontrer Elvis Presley et Maurice Chevalier, pour le second, ce sera chose faite dès la fin de l’année 63. Au cinéma, encore une prémonition, elle a adoré "Samson et Dalila" sans savoir qu’elle les chanterait 10 ans plus tard. Le journaliste lui demande déjà pourquoi on ne la voit jamais dans les soirées, les cocktails, elle répond qu’elle se couche de bonne heure, vue la somme de travail qu’elle abat, (Alors qu’en réalité, Carrère la séquestre littéralement, l’empêchant de fréquenter les jeunes de son âge, vedettes y compris !…) l’une des dernières questions a pour sujet la scène à Paris, pour quand ? elle répond qu’elle ne sait pas, "je ne sais même pas ce que je fais demain" et dans 20 ans ? …


Tout réussit donc à la nouvelle star, elle reçoit une proposition pour un premier rôle au cinéma dans lequel elle sera la vedette, mais ses producteurs et elle même, conscients qu’il est peut être un peu trop tôt, préféreront signer pour une participation. Au début de l’été, voici notre Sheila faire quelques essais dans les studios d’Epinay. José André Lacour, romancier et auteur de la pièce à succès "L’année du bac" la voulait pour un rôle plus consistant mais se contentera de 3 minutes au tout début du film… Il n’y eut que peu de prises mais le jour où Sheila tourna sa courte réplique et une chanson "Cette année là" écrite par le même Lacour associé à Jacques Plante (qui en écrira bien d’autres) et l’inévitable Carrère, alors que jusque là le film ne suscitait que très peu de curiosité, le plateau fut envahi de dizaines de journalistes qui ne voulaient que Sheila... Ce qui amena bien évidemment de la jalousie chez les jeunes acteurs du film.  Dans "Cinémonde" les jeunes gens se dirent même « ulcérés » de voir l’importance de Sheila par rapport aux journalistes pour un rôle très « insignifiant »…L’apogée sera quand les deux acteurs principaux Simone Valère et Jean Desailly furent priés de « dégager » n’ayant pas été identifiés… " L’année du bac" ne fit pas un tabac, le film, outre la présence de Sheila , avait pour têtes d’affiches, les acteurs déjà cités, deux fleurons du théâtre, tout de même, ainsi que la jeune Elisabeth Wiener fille du compositeur et pianiste, Bernard Murat, Jean-Claude Mathieu, Catherine Lafond et Minnie Lacour, fille du réalisateur. Il y aura deux affiches dessinées, l’une avec Sheila, l’autre sans. Il faudra attendre quelques années pour revoir la petite Sheila sur grand écran …


Mais le prochain objectif de l’équipe Carrère-Plait-Sheila, c’est la consécration sur scène, les journalistes commencent à trouver le temps long, les fans aussi, Sheila aura bientôt 1 an et elle n’a toujours pas fait de scène… Sylvie Vartan dut essuyer quelques problèmes de tomates, Françoise n’était absolument pas à l’aise sur scène, d’ailleurs elle s’arrêtera très vite, en 1969. Sylvie, par contre, se rattrapera très vite aussi et bâtira sa légende sur scène… mais pour l’heure, c’est signé, Sheila va affronter le public dès le mois d’octobre.


Auparavant, elle tourne un nouveau scopitone : "Le sifflet des copains" et refait un nouveau succès, car pour aller sur scène, il est préférable d’avoir du bon matériel … Concernant "Le sifflet", André Salvet l’un des auteurs trouvait le texte vraiment trop pauvre et voulait l’enrichir, Carrère l’a convaincu que ce n’était pas nécessaire… Au niveau tubes, pas de problèmes, Carrère toujours dans la superstition maladive propose 13 titres (parmi les 16 déjà enregistrés) pour le spectacle. Après avoir donné la réplique à Fernand Gravey dans l’émission "Le bon numéro" la tournée va commencer, au programme : les Surfs, groupe de petits Malgaches qui connaissaient un bon  succès avec "Si j’avais un marteau" que chantait Claude François également, "A présent tu peux t’en aller" repris aussi par Richard Anthony.

Un jeune garçon, propre sur lui est également en vedette américaine : Frank Alamo qui plait beaucoup avec ses tubes "Allo maillot 36-37" "Biche oh ma biche", entre autres … Mais preuve de l’immense popularité de la jeune Annie, elle sera directement propulsée vedette, ce à 18 ans qu’elle a fêté le 16 août dernier … Pour l’anecdote, Carrère préférait que Sheila soit née en 1946, pour lui, seize ans, c’était mieux que 17 ! et pourquoi pas 13, cela aurait cadré avec ses croyances… bref, Annie est née en 1945, Sheila en 1946… Pressée de passer son permis de conduire, Annie dut attendre une année de plus. Annie et pas Anny, beaucoup de fans sont persuadés de la seconde orthographe, en fait elle raconte l’anecdote dans
"Sheila par Sheila", elle aurait du avoir ce Y dans son prénom, à la demande de sa maman mais André Chancel très ému oublia de préciser ce détail lorsqu’il reconnut sa fille …

Mais revenons à la tournée qui fut baptisée "La tournée du siècle" tant elle était attendue, il faut pour cela se remémorer ce que fut le phénomène Sheila, puisque c’en était un, un cas de société (pour paraphraser "Paris Match" qui mit la vedette à la une pour la première fois en évoquant son incroyable popularité,  Sheila était la petite fille, la fille, la sœur, la petite copine idéale, elle fédérait un peu tout le monde, comme l’illustre Tintin…de 7 à 77 ans et bien plus encore…)  Le tour de chant est rodé dans un théâtre de Gennevilliers, des tourneurs régionaux ont été engagés, la tournée se fera dans 13 villes (évidemment) et ce à trois reprises. Sheila doit « tenir » presque une heure , elle entre avec "La vie est belle", outre ses principaux tubes , delà nombreux, elle interprétera ses dernières chansons notamment "Chante chante chante" interprétée aussi par Nancy Holloway, le fameux "Ouki kouki" et termine bien sur avec "L’école est finie"


C’est à Reims que son intronisation se fait, non pas à la cathédrale (où Sheila ira prier juste avant) mais dans une salle bourrée à craquer, les débuts de la jolie petite Sheila sont attendus ! Le public n’est pas déçu, elle donne tout, pourtant, il n’y a aucun effet, pas de décor, juste Sheila et ses musiciens "Les Guitares", sa jupe à carreaux qui n’est, rappelons le,  pas un kilt, son chemisier blanc et toute sa fougue pour cette première,  ses producteurs lui offrent une belle montre, et elle reçoit un télégramme de Bruno Coquatrix en personne. La grande Edith Piaf nous a quittés le 11 octobre, soit 4 jours avant les débuts en scène de Sheila, ce qui fera dire à certains que dès qu’un artiste meurt, il en naît un autre…une réincarnation en somme ! il faut dire qu’il est question que le directeur de l’Olympia l’engage à l’issue de la tournée et que Coquatrix et Piaf c’est une longue histoire pour l’Olympia au Boulevard  des Capucines… Revenons aux fameux musiciens, « Les Guitares » ne sont pas les « Guitars brothers » qui accompagnaient Annie, ces derniers continuèrent d’ailleurs à faire de la musique ...

Sheila qui était très ennuyée pour eux, continua un moment à aller les applaudir au Golf ou ailleurs et leurs chemins se séparèrent, Elle les retrouva de nombreuses années plus tard lors d’une émission télé. Les nouvelles « Guitares » furent découverts au Golf Drouot par Carrère où ils terminèrent au tremplin organisé par Henri Leproux sous le nom des "Blue Jet Guitars" ils accompagnèrent  Sheila sur ses disques dès  63 et firent même deux ou trois 45 tours notamment "Galaxy" ou encore "Chris-craft" avec au verso, une photo et une dédicace de Sheila , ce qui rend le disque "collector"

Pourtant, on ne peut pas dire qu’ils étaient très bons, la sono était très souvent défaillante, il fallait pallier à ces difficultés, sans compter que Sheila s’essoufflait assez vite, ce qui fit dire à Frank Alamo plus tard "j’ai un grand souvenir de ma tournée avec Sheila, les salles de 2000 personnes étaient bourrées à craquer, je n’ai jamais vu ça de ma vie…nous avions de bons musiciens, meilleurs que ceux de Sheila, elle faisait un peu la gueule car elle prenait des bides, elle avait du mal parce que ses chansons étaient des originaux Français avec un son moins américain" (là Frank Alamo se trompe à moitié, le répertoire de Sheila comportait autant d’adaptations que de créations françaises) ses musiciens n’avaient pas un très bon matériel, on était souvent derrière elle avec les Surfs à faire les chœurs, Monikya des Surfs et moi étions très farceurs, un soir au lieu de chanter "L’école est finie"  on hurlait "L’idole est finie"… Carrère était blême.

Cependant, en 1988 Monykia peu avant de décéder se souvenait que « Sheila était une grande professionnelle » Malgré quelques ennuis de sono, la tournée est un triomphe, Sheila gagne ses galons de vedette, notamment à Marseille pour deux soirs ou des jeunes se jetaient à l’eau pour la voir arriver, Lyon, Toulouse, Nimes, les grandes villes du Sud, entre temps elle rentre sur Paris faire quelques émissions de radio et télé. 1963 sera l’année Sheila, elle a gagné sur tous les tableaux, ses disques se vendent à des milliers d’exemplaire, on la réclame partout, sa tournée marche du feu de Dieu , on l’a vue au cinéma, et son premier Lp (long playing) qui sort pour les fêtes de fin d’année et qui réunit ses 13 dernières chansons est récompensé par le grand prix du disque de l’académie Charles Cros, on la voit recevoir cette récompense aux cotés de son copain Claude François et de Nana Mouskouri qui a débuté, elle aussi cette année là et deviendra une vedette mondialement connue a l’inverse des deux autres.

 

Sixties
Chapitre 3

Après le triomphe scènique de l’automne, Sheila repart sur les routes avec la même équipe en ce début d’année 1964, elle reprend son tour de chant dans plusieurs grandes villes ou elle repasse même pour la seconde voire troisième fois tellement la demande est forte, au cours d’un de ses périples, à Lyon, Carrère fait la connaissance de Jean-Pierre Imbach qui va s’occuper de toute la promotion du show, avec une réelle efficacité à tel point qu’il abandonnera son métier de coiffeur pour devenir d’une part chanteur sous le nom « le coiffeur chantant » ! et plus tard le secrétaire particulier de Sheila, mais nous y reviendrons. Si la tournée marche bien, la chanteuse , elle, s’épuise de jour en jour, à Roanne, le 27 février, elle a un malaise, il faut dire qu’elle n’a pas terminé sa croissance, elle grandit encore et maigrit d’une quinzaine de kilos ! Ce qui n’empêche pas Claude Carrère de la priver de homard lors des repas après-spectacle « pour pas qu’elle grossisse ! » alors que tout le staff se goinfre, Jacques Plait sera très triste pour elle la décrivant à cette époque, effacée presque introvertie, tout l’opposé que ce qu’elle représente à la scène …

Carrère ne s’inquiète pas de la pâleur et de la maigreur de sa vedette, ou feint-il de ne pas le voir, c’est d’autant plus déconcertant que c’est bien elle qui fait "bouillir" la marmite... De plus, Sheila fait de fréquentes émissions radio et télé sur Paris, de nombreux aller et retour fatiguants, d’autant plus que Carrère lui met « la pression » car le 5ème disque "Hello petite fille » une adaptation d’un titre de Paul Mc Cartney et John Lennon écrit pour les Fourmosts "Hello little girl" ne marche pas aussi fort que les précédents, les autres titres ne sont pas non plus assez forts pour devenir des tubes, que ce soit "Oui c’est pour lui" " L’ami de mon enfance" deux originaux ou "La chorale" Elle n’arrive que 12ème au hit parade Slc. Dans le même temps, le 13 février sort le 1er journal de Sheila, un magazine destiné aux copains, le 1er du genre, on peut laisser à Carrère ce goût du marketing parfait, l’idée de créer un club Sheila s’est imposé devant le courrier incroyable que recevait la jeune chanteuse, très vite, 20.000 membres s’inscrivent et régulièrement recevront des nouvelles de leur idole. Au plus fort de sa carrière, le club Sheila comptabilisera environ 50 000 adhérents, il durera 17 ans, le dernier numéro paraîtra fin 1981. Un succès là encore pour une idée jamais exploitée avant. On peut aussi écouter Sheila dans un feuilleton radiophonique où elle tient son propre rôle aux cotés du futur commissaire Moulin : Yves Rénier.

Sheila, d’autre part reçoit sur Rmc l’oscar de la popularité devançant Patricia Carli, Sylvie, Dali, Petula et Françoise ! Conscient de l’impact de Sheila, Carrère obtient des fonds pour créer une petite entreprise qui marchera au delà de toute espérance :  "La boutique de Sheila" où l’on trouve toute la mode "Sheila", des vêtements soi disant créés par la chanteuse (mais où trouve-t-elle le temps ?) quoiqu’il en soit, les collants, les sous vêtements, les kilts et autres chemisiers ont tous la griffe Sheila. A ce moment là, personne ne sait que Sheila devient un modèle déposé par Carrère, Sheila est une marque et la suite le démontrera plus encore puisque malgré toutes ces occupations, le principal est que Sheila chante et pas seulement en télé mais sur scène. Mais ce qui devait arriver, arriva… Sheila s’évanouit sur scène à Rennes le 10 avril et devant son état ; Carrère la fait rapatrier sur Paris. Sheila ne remontera sur scène que dans 21 ans !


C’est cet événement qui sera la cause de bien des ennuis pour la jeune chanteuse, aussi bien du coté professionnel que du coté privé, pour le métier, Sheila est aux portes de la mort, les journaux titrent « Que se passe –t-il ? « très vite on évoque une leucémie, mais le pire est à venir … En réalité , c’est le Dr Varnier qui a décelé un dérèglement hormonal qui a entraîné une grave anémie, due également aux hémorragies quotidiennes de la vedette, qui avait ses règles tous les jours,  ce qu’elle ne confiera que très récemment en évoquant l’époque et son âge, avant 68 on ne parlait pas de ces choses là… d’où ce traitement à  base d’hormones mâles, une thérapie plutôt moderne à l’époque, avec l’inconvénient d’une voix qui semble avoir mué, plus de pilosité, mais des inconvénients qui ne dureront que le temps du traitement… A ce moment là, Carrère qui a très peur de perdre sa vedette, décide qu’il faut parler d’elle à tout prix, c’est dans cet état d’esprit que le journaliste Gérard De Villiers (encouragé par Carrère)  qui travaille pour France Dimanche  rencontre Sheila pour le numéro 934 du 16 juillet 1964 , la chanteuse est confiante, elle va mieux et voilà ce qu’elle confie au futur auteur de "SAS" : "L’opération qui devait me guérir a échoué…(…) on m’a soumise à un nouveau traitement jusqu'à présent efficace, depuis 12 jours mes hémorragies sont arrêtées (…) seul inconvénient, les hormones mâles risquent de transformer ma voix, de me donner une voix d’homme ! vous comprenez que c’est ennuyeux pour une chanteuse de 18 ans ! (…) j’ai promis à mes fans de changer de style mais pas à ce point là ! "


De Villiers commente ensuite "Sheila a déjà beaucoup changé, elle n’a plus ce visage espiègle de petite fille que nous lui connaissions, elle a troqué ses fameuses couettes pour une coiffure plus floue et ne porte plus sa fameuse jupe écossaise, ce n’est plus la gamine de la chanson, elle a vieilli. Et là de s’interroger "est-ce la maladie qui l’a transformée, l’a rendue plus femme ? " (…) pour conclure, il raconte sa convalescence, son producteur qui la gave de glace (ça a changé depuis les homards !) et elle va beaucoup mieux… Le mot de la fin revient à Sheila : « je ferai tout pour ne jamais devenir un homme » dit-elle comiquement.


On le voit, cet article n’est en aucun cas diffamatoire, De Villiers dit même qu’elle est « plus femme », comme d’habitude dans ce genre de presse, ce sont toujours les gros titres que l’ont retient et les photos, précision utile, ce n’était pas une couverture, seul le titre est éloquent : "Sheila risque de devenir un homme", un homme écrit en grosses lettres, avec deux photos comparatives, l’une de la chanteuse avec les couettes , en pleine forme et l’autre prise certainement pendant l’interview par Didier Hamel qui nous présente une Sheila amaigrie et pas coiffée, avec un commentaire a coté "mais oui c’est bien elle aujourd’hui »"ire à une telle idiotie ? le but de De Villiers, apparemment n’était pas de nuire sauf s’il en a choisi le titre et encore sans penser peut être que cela serait le début d’une rumeur qui s’alimenterait d’année en année et empoisonner la vie de la jeune fille …


Sheila l’avoue elle même, "au début j’ai pris ça à la rigolade, c’était tellement grotesque ! " puis quelques années plus tard se contredit en racontant qu’elle a pleuré dans les bras de ses parents, en sanglotant "quelle honte, mais quelle honte..." . Depuis, elle avoue que Gérard De Villiers est sans conteste son pire ennemi, ce dernier en parlait encore dans l’émission de Canal Jimmy en 2001 "La route" racontant que c’était Carrère qui avait commandé ce rendez vous et qu’il ne comprenait pas la haine tenace que lui voue Sheila… Surtout que, même s’il est à l’origine de cette rumeur, ce n’est pas lui qui a fait le plus de dégâts, mais un célèbre professeur, dont Sheila n’a jamais dit le nom "pour pas lui faire de pub et qu’il peut crever dans son coin" (Rock Août 1983) qui s’est vanté de l’avoir opéré et affirmé devant ses étudiants que oui, Sheila était bien un homme… Et les étudiants en parlèrent, les médecins propagèrent eux aussi cette édifiante information et si bien qu’en quelques semaines, il n’y avait pas un chirurgien qui n’ait opéré Sheila, et ce dans quelle ville que ce fût, on parla du "cas Sheila"

On pourrait évoquer le « secret professionnel » qui fait partie du serment d’Hippocrate mais dans ce cas, il s’agit d’un mensonge, et le fait qu’il soit colporté par d’éminents médecins ne peut que l’ancrer encore plus dans la mémoire collective des gens, si l’affaire en était restée à France dimanche... Chacun sait , pour ayant au moins une fois feuilleté ce genre de presse, que les titres sont racoleurs et qu’ils travestissent l’article à l’intérieur, la preuve en est que De Villiers raconte tout à fait le contraire dans l’article, que ce qui est dit dans le titre… Cette histoire va fortement impressionner la chanteuse, pire encore dans les années qui suivirent ; surtout lorsqu’elle attendra son fils, dix ans plus tard. De Villiers cependant ne regrette rien, il s'en amuse même, provoquant ainsi l'indignation de Jean-Pierre Foucault, le célébré animateur , lors d'une émission de Thierry Ardisson les réunissant sur le même plateau.


Voilà donc Sheila prête à reprendre le spectacle, pour l’été comme il était convenu, c’est à dire une cinquantaine de dates dans des villes du Sud de la France et quelques casinos, mais Claude Carrère annule tous les projets signés en invoquant la maladie de sa vedette, en réalité Jacques Plait avoue que Sheila pouvait très bien rechanter sur scène, peut être en se ménageant un peu plus, en faisant moins de dates, qu’elle n’était plus du tout malade, mais que Carrère a profité de la situation en la dissuadant de remonter sur scène pour ne se consacrer qu’au disque et à la télévision… Première erreur dans le tandem Carrère-Plait, Sheila était faite pour la scène, on lui a mené la vie dure ; elle n’a jamais capitulé et sa voix s’affirmait de jour en jour, mais peut être Carrère surtout a pris peur, a t-il réellement cru que Sheila était trop fragile ou les tournées n’étaient pas son métier à lui ?

D’après Jacques Plait, la seconde solution serait la bonne, Sheila après une baisse de vente de ses 5ème et 6ème disques a vite remonté la pente fin 1964 et a retrouvé la cime des hits et donc des ventes. La boutique était florissante, le père de Sheila gérait d’ailleurs celle de Paris puisque des dizaines de grandes villes de France, mais aussi de Belgique, du Luxembourg jusqu’en Allemagne (où son amie Lydia serait embauchée comme directrice là bas…) se sont multipliées suite au succès remporté par les collections Sheila avec le fameux sigle du petit Lion, le signe astrologique de Sheila et son fétiche qui apparaît au verso de chaque nouvelle galette en vinyle. Le club Sheila se portait très bien également, chaque mois de nouveaux adhérents, de nouveaux admirateurs en manque peut être de Sheila…un moyen de garder le contact avec une jeune idole fragile… Carrère ne peut pas prendre le risque de tout perdre si Sheila retombe malade et qu’elle ne puisse plus chanter ni sur scène ni sur disque… Carrère a tout appris à Sheila, pour la jeune fille, il est un guide, il ne s’est jamais trompé dans ses décisions, elle lui fait une confiance aveugle, s’il dit qu’elle n’est pas faite pour la scène pour l’instant, il faut le croire et l’écouter…

Donc pour Sheila, de longues années de studios d’enregistrements commencent, elle va devoir supporter longtemps le magnétiseur et sa petite boite magique qui ; soit disant ; fait tout le son Sheila, parenthèse pour expliquer que Claude Carrère fait subir ses superstitions à tout son entourage, il est persuadé que grâce à la présence de ce curieux personnage, la voix de Sheila sera sublimée, on a jamais su ce qu’était réellement cette petite boite et cela vaut peut être mieux.


Pour l’été , Sheila crée la surprise, en effet, ça y est, elle a coupé une couette « fallait pas traumatiser » dira-t-elle non sans humour des années plus tard ! et Michel Mastey garde le même style en la faisant évoluer plus femme, plus mature.  Un jour dans son salon, il présente la petite Sheila à Joan Collins, cliente fidèle. La chanson phare du 6ème Ep dit « de la maturité » c’est une reprise de Burt Baccharach pour Dionne Warwick qui s’est fait connaître avec "Don't make me over" traduit en Français pour Nancy Holloway "T’en vas pas comme ça" , c’est donc "Any time old day" une chanson plus adulte donc dans le répertoire très festif de Sheila qui devient "Chaque instant de chaque jour", que Dalida ( Sheila vient de la rencontrer et ont beaucoup sympathisé) met également dans le sien. Succès moyen, on retrouve une reprise de Mc Cartney/Lennon pour "Un monde sans amour ", une promesse
"Un jour je me marierai" (encore une dizaine d’années à tenir !) et un titre fait pour rassurer le public "Je n’ai pas changé" : "c’est vrai , j’ai coupé mes cheveux, c’est vrai je maquille mes yeux, mais même si mes talons sont un peu plus hauts, j’n’ai pas changé… ".

Sheila est à nouveau très présente à la télé et on lui demande déjà quand aura lieu son retour sur scène !

 

Sixties
Chapitre 4

Puisque Sheila ne fait plus de scène, il faut "soigner" les chansons, André Salvet raconte qu'elles se faisaient généralement au téléphone!!! Carrère trouvait une idée, raccrochait, rappelait et faisait de même avec d'autres paroliers, de plus, Salvet ne cautionnait pas le fait que Carrère considère une chanson terminée alors qu'il n'avait que le titre et les quatre premières lignes …

Carrère était capable de trouver de jolies mélodies, il joua celle de "Tous les deux" au piano cherchant désespérément un titre, Salvet proposa des tas de titres qu'il refusa en bloc jusqu'a "Tous les deux", Salvet fut tout de même crédité pour la chanson (que Sheila n'aimait pas), il trouva cela très réglo de la part de Carrère qui , en principe, l'était. Par contre, concernant les pourcentages sur les ventes de disques, Sheila eut le tort de lui faire une confiance absolue, il parlait de "famille", il lui garantissait la "sécurité de l'emploi" telle une fonctionnaire, c'est ce que Sheila devint, elle est le seul cas dans la chanson à recevoir un salaire mensuel, qui, certes, ne devait pas ressembler à celui des ouvriers de chez Renault (Sheila fit la pub pour la 4L Parisienne du reste !) mais cela démontre bien le malaise …

Sheila dès son retrait de la scène ne fut plus considérée comme artiste, ni par son entourage qui la fit devenir une machine à chanter sur disques, ni par le métier qui ne comprit pas le pourquoi de cette absence scénique …

En attendant, Sheila sort 3 Ep par an, à chaque nouvelle saison, invariablement… A La fin de l'année, sort une compilation des 12 titres de l'année et voilà… Pour la rentrée 1964, Sheila obtient enfin un nouveau grand succès avec la reprise des Exciters, eux mêmes repris par les Manfred Mann qui firent le succès de "Do wah diddy" qui devient pour Sheila "Vous les copains, je ne vous oublierai jamais" remis récemment au goût du jour grâce à la pub Justin Bridou

Rien ne se perd et la chanson obtient une nouvelle jeunesse auprès des plus jeunes notamment (sans connaître l'interprète…), on trouve également une reprise fort jolie de Dionne Warwick (la seconde) qui devient "Oui il faut croire", une autre adaptation "We were lovers" : "A la fin de la soirée" et "Ecoute ce disque" un original qui aura également beaucoup d'audience, il faut savoir que Sheila elle même déclare que la mélodie de ce titre fut joué au piano par le fantôme qui hantait la maison de St Raphael, les premières notes de musique de la chanson viennent donc de l'au delà, on espère vivement que le fantôme se remanifeste à nouveau pour le prochain album …

Par contre, Carrère ne crédita pas l'ectoplasme pour les droits Sacem, peut-être les mystérieux Zeltov et Heweill qui signèrent beaucoup de titres dans les années 80 pour Sheila ne sont-ils que des spectres, ce qui expliquerait qu'on ne sache absolument pas de qui, il s'agit …

Mais pour le moment, Sheila refait donc toutes les émissions , en radio et en télé, sa couverture médiatique n'a pas souffert de son absence, bien au contraire …

L'année 1965 arrive à grands pas et sera une année décisive, une fois de plus pour la carrière de la jeune Annie qui va fêter ses 20 ans déjà au mois d'août… Pour commencer, Jacques Plait quitte le groupe pour s'occuper d'un jeune débutant qui promet : Joe Dassin, qui fera la carrière que l'on sait… Il vend toutes ses actions, redevient donc indépendant …

Il reconnaîtra qu'il était difficile de collaborer avec Carrère en raison de leurs fortes personnalités, mais reconnaît que Carrère avait du génie et que pour tout ce qu'il a entrepris pour Sheila, cela forçait son admiration... Mais il va laisser la petite toute seule face à Carrère qui devient de plus en plus businessman au détriment de l'artistique …


A ce moment là, on retrouve alors le fameux coiffeur chantant devenu secrétaire chez Carrère, malgré un début de relation houleux, il faut dire que Jean-Pierre Imbach emprunte de l'argent pour produire la version de "Sheila" par Lucky Blondo, 15 000 francs et les donne à Carrère qui en contre partie lui promet de relancer sa carrière "Les deux fumées" par Umberto Petrucci, premier pseudo du "coiffeur" étant sorti en 1960. Le disque ne verra jamais le jour, par contre celui de Blondo sort l'été 62 et marche bien, pas découragé et ayant compris que Carrère pouvait réussir, il aide à la construction de la version féminine de "Sheila" sans l'avoir rencontrée, en fait, Carrère a placé l'argent d'Imbach dans les disques de Blondo et Sheila. On sait que pendant la tournée, il s'occupa de gérer les spectacles de Lyon pour 3 dates au Palais d'hiver, car c'était une grosse machinerie qui se solda par un triomphe.

Sur ce, Imbach est devenu le secrétaire et de Carrère et de Plait dès la fin 64. Alors que ce dernier s'éloigne, c'est lui qui prendra en charge la vedette, la conduisant dans tous ses déplacements, s'occupant des relations, des interviews, il lui apprend même comment se comporter lors des nombreuses promo, c'est à dire qu'il fallait adapter le discours par rapport à l'interlocuteur au cas par cas.

Sheila, devant tant de bienveillance le surnomma "Mémé", ce surnom qui lui restera. Parallèlement à Sheila, Jean-Pierre s'occupe aussi de Jacques Monty qui eut une carrière honnête dans les années 60 et la moitié des années 70, nous y reviendrons car Monty fut assez proche de la chanteuse par la suite. C'est le chanteur qui le rebaptisa "Ibach", et Mémé Ibach devint une pointure dans le métier.


Les affaires sont florissantes, le nouveau 45 tours, le huitième, connaît à nouveau un grand succès, c'est une chanson optimiste comme l'aime son public de plus en plus familial, les yéyés s'éloignent progressivement, "Toujours des beaux jours" adaptation encore , cette fois d'un hit de Cliff Richard , une seconde adaptation des Seekers : "Je n'en veux pas d'autre que toi" que les Missiles chanteront également, on trouve également un titre de Jean-Jacques Debout, plus habitué à écrire pour Johnny, ce sera "Je ris et je pleure" et pour clore le disque "Il suffit d'un garçon".

Les yéyés deviennent adultes ce 12 avril 1965 puisque c'est à Loconville que le plus célèbre d'entre eux Johnny Hallyday épouse la préférée des jeunes : Sylvie Vartan, ce mariage marque une étape décisive dans le monde des ados, de "Salut les copains", les rockeurs vont partir tout comme l'idole des jeunes effectuer leur service militaire, lorsqu'ils reviendront, d'autres auront pris leur place, seuls quelques uns échapperont à l'oubli, mais les Lucky Blondo, les Frank Alamo, Moustique, Billy Bridge auront bien du mal à exister… Pour les filles, la nouvelle génération Beatnik qui apparaîtra dès 1966 avec Stone, Dani, Nicoletta mettra un point quasi final aux carrières de Patricia Carli et Alice Dona qui se reconvertiront dans l'écriture de chansons, Annie Philippe, Claudine Copin, Nancy Holloway

Les garçons verront apparaître, quant à eux, les Dutronc, Antoine, Polnareff pour les plus célèbres. Johnny et Sylvie resteront le couple mythique de la génération "Salut les copains" suivis de Cloclo et Sheila qui garderont un public surtout familial.


Les Boutiques Sheila prospèrent de plus en plus, le fan club compte de plus en plus d'adhérents, il ne manque à Sheila, pour que son bonheur soit parfait que deux choses, deux petites choses, essentielles malgré tout… A commencer par l'amour, éh oui, on sait que Sylvie Vartan est maintenant une jeune épousée, elle fréquentait Johnny depuis deux ans, Françoise Hardy file le parfait amour avec le photographe Jean-Marie Périer et la petite nouvelle qui a suivi de près Sheila : France Gall est amoureuse de Claude François… Et Sheila dans tout ça ? On ne sait rien, alors que la rumeur prend de l'ampleur dans les facs de médecine, tout contribue à l'accréditer, si on ne voit Sheila avec personne, c'est bien qu'il y a un mystère …


D'aucuns prétendront qu'en réalité, Sheila est la maîtresse de Claude Carrère depuis longtemps, hypothèse hautement improbable, lorsqu'on l'interroge, Sheila s'en sort par une pirouette "mon métier me rend pleinement heureuse, j'ai des parents que j'adore, des amis et puis je n'ai pas le temps…" dans d'autres interviews dépiquer, la jolie Sheila se rebelle "et puis après tout, qui vous dit qu'il n'y a personne dans ma vie ?"… Toujours est-il que la presse attend le petit fiancé de Sheila et comme la sœur Anne, ne voit rien venir. Jean-Noel Kapferer dans son livre "Rumeur, le plus vieux média du monde" paru chez Seuil en 1987 nous donne sa version : "Sheila représentait la jeune fille bien élevée, restant dans le droit chemin, le public attendait qu'on la voit avec des petits amis, le tout finissant par un honnête mariage avec un gentil garçon style "Adamo".

La trajectoire de Sheila fut inverse, maintenant le secret sur sa vie privée, violant là un des devoirs sacrés de la star ! Malgré les fuites, on ne lui connaissait aucun petit ami public, pire, elle s'obstinait à ne pas se marier… Y aurait-il quelque impossibilité à mener le destin féminin auquel le public l'avait promise ?…"  C'est peut-être pour combler cette attente que Carrère qui pense à tout, prend sous son aile un jeune chanteur timide qu'il veut lancer comme l'équivalent masculin de sa protégée, ce sera Akim

On l'aperçoit déjà dans l'émission d'août 1965 consacrée et présentée par la vedette "La la la Sheila" avec un titre peu accrocheur : "24 heures par jour, c'est l'amour" suivi d'un duo qui sera pour le coup un beau succès, "Devant le juke-box" un titre inédit sur le second disque d'Akim.

La première pochette du chanteur est identique au premier de Sheila, trois ans avant, cela  n'en fera pour autant un succès, le second représente Akim tout seul devant un juke-box , avec un disque de Sheila dedans et un poster de la vedette collé au mur.

Le 27 octobre 1965 ils apparaissent tous les deux pour la première fois dans l'émission d'Albert Raisner "Tête de bois et tendres années". On les voit beaucoup dans tous les magazines, ils ne se disent pas amoureux mais font planer le doute, promo oblige …

Le jeune Akim retournera vite à ses études d'avocat…Sheila qui a repris tous ses kilos et même un peu plus, est en pleine forme, elle commence à trouver le temps long, elle va parfaitement bien, son coup de fatigue est bien loin maintenant, elle n'a qu'une hâte, retrouver son public et la scène… Carrère commence à trouver des excuses, et pour la faire patienter, pour lui faire plaisir commence à lui reparler cinéma… Devenir une star sur le grand écran, qui pourrait résister ? Justement en mai, l'invitation de Robert Fabre-Levret au Festival de Cannes tombe à pic. Elle fait là bas une arrivée éblouissante, elle éclipse les plus grandes stars, descend au Carlton et apparaît à la soirée d'inauguration dans un ravissant boléro de fleurs de Guy Laroche et coiffée par Hélène de chez Jacques Dessange qui restera sa coiffeuse attitrée de nombreuses années.


Michel Mastey a été écarté, depuis que Jacques Plait a quitté le navire, Carrère a préféré seriner de l'inventeur des couettes… Mastey raconte qu'il avait des projets autres pour Sheila, ayant coiffé aux Usa la sublime Rita Hayworth, il rêvait d'un destin similaire pour Sheila qui elle aussi était une star en France, même si elle était nettement plus jeune !

Il voulait faire évoluer Sheila dans un style femme fatale, et trouvait que par certains cotés, Sheila était assez proche de Rita ! Mais c'était sans compter sur Carrère qui ne voyait pas l'évolution du tout comme cela, il a préféré garder le public familial de Sheila et la faire évoluer différemment, Carrère avait sans doute raison ajoute-t-il, pourtant les coiffures à grand renfort de postiches que Sheila porta par la suite ne furent pas toutes réussies et conclut "c'est vrai que Sheila a fait un passage remarqué dans la chanson parce qu'elle était nature"...

Le seul paradoxe avec une Sheila super star, c'est que Carrère a voulu garder l'image de la bonne fille du peuple ouvrier (ce qu'elle était d'ailleurs) avec des chansons qui leur parlaient "Lécole est finie, Première surprise partie, Vous les copains, L'heure de la sortie, La famille, Petite fille de Français moyen..." avec une Sheila inaccessible, quasi séquestrée comme le déplorera Françoise Hardy... Personne ne la voyait nulle part, dans les émissions de télé, elle restait dans la loge et ne se mêlait pas aux autres, mais ce n'était évidemment pas sa volonté, elle était joyeuse, jeune et avait envie de voir du monde, à l'époque elle aurait voulu fréquenter davantage ses consœurs Françoise et Sylvie, elle arrivait tout juste à s'échapper rarement et rencontrer Claude François, mais c'était parce qu'il y avait un reportage photo à faire...

Jean-Marie Périer l'aidait quelquefois à échapper à la présence tyrannique de son imprésario en la faisant poser souvent sans que Carrère soit là … Il raconte qu'au tout début, Carrère voulait imposer ses idées, rappelant sans cesse la jeune fille à l'ordre "jeune, Sheila, fais jeune ! " Jean-Marie réussit le tour de force à exiger que Carrère ne vienne plus aux séances … Et cela donna une Sheila libérée sur les clichés de Jean-Marie, il dira plus tard "elle avait un réel sens de l'humour, c'est une fille beaucoup plus intelligente qu'on ne croit, elle était partante pour tout, ne refusant jamais rien, elle posa des heures en Jeanne D'Arc, je fis une photo d'elle entourée de portraits de Bethoveen, Mozart, Chopin refusant de trinquer avec elle, on se souvient de la mythique photo de Sheila et Sylvie en Becassine, quelles stars actuelles accepteraient aujourd'hui ?" Jean-Marie Périer restera un fidèle de Sheila, la défendant toujours.


Revenons à Cannes où Sheila éblouit les marches qu'elle monte en compagnie d'Otto Preminger, le célèbre réalisateur, elle est assise à la table de La Begum, discute avec Jean-Claude Brialy avec qui elle se liera d'amitié et sera même interviewée par François Chalais pour son émission "Reflets de Cannes"... Lors d'une soirée des festivaliers, elle y reçoit le prix du bon goût Français en présence de ses parents très fiers…Sheila représente plus que jamais la jeune fille sage, bien propre, représentant les valeurs chères au Général de Gaulle, "travail,famille, patrie"

Claude Carrère a pris des contacts dans les milieux du cinéma pour sa protégée et lui assure un grand rôle pour l'année prochaine, il est donc évident qu'il faut y travailler et que par conséquent, inutile de remonter sur scène. Sheila accepte et continue à enregistrer tubes sur tubes, en juin c'est un original "C'est toi que j'aime" révélant une Sheila douce et romantique, "Enfin réunis, Il faut se quitter" toujours les mêmes thèmes et enfin "Il fait chaud" où pour la première fois Sheila sera entourée de danseurs et nous livrera une petite chorégraphie estivale.

Une nouvelle Boutique s'ouvre à Orléans, suivi d'une deuxième à Paris, elle s'offre la voiture de ses rêves, une Alfa-Roméo blanche, et commence à tourner des bouts d'essais aux studios de Boulogne Billancourt avec le comédien Philippe Nicaud. Carrère a commencé l'écriture d'un script, un brouillon où Sheila tiendrait le rôle d'une détective, comme pour les chansons, il a déjà trouvé le titre "Les aventures de Sheila" peut-être comme Tintin, il espère une longue série qui verrait "Sheila au Congo, Sheila en Amérique, Sheila a marché sur la lune, etc…". Le mensuel "Salut les copains" organise chaque année en septembre un référendum auprès de ses lecteurs pour choisir leur vedette préférée, chaque année invariablement, Johnny et Sylvie sont les grands vainqueurs; et Cloclo et Sheila restent les "Poulidor".

L'année 65 ne faillit pas à la règle. Cette année là, Carrère s'inquiète car une jeune chanteuse "à voix" risque de faire de l'ombre dans le public familial de Sheila, c'est Mireille Mathieu qui chaque dimanche est plébiscitée au Jeu de la chance, l'ancienne Star academy version sixties… Mireille gagnante devant Georgette Lemaire, déjà trop âgée pour réussir, et ayant le même style, des copies de Piaf… se trouve un imprésario en la personne de Johnny Stark qui déjà s'occupait de Johnny Hallyday et qui avec des méthodes quasi identiques à celles de Carrère va faire de la petite Mimi d'Avignon une grande vedette. Il lui fera rencontrer Maurice Chevalier qui la présentera aux Américains et elle deviendra une vedette mondialement connue à l'instar de Nana Mouskouri.

A ce sujet, on peut penser que Carrère a raté quelque chose, Sheila avait rencontré à plusieurs reprises l'homme au canotier et il s'était répandu en louanges sur la jeune chanteuse, on peut penser qu'avec un peu de chance, c'est Sheila qui serait devenue la filleule du grand Chevalier. De plus, Stark fit enregistrer tout de suite Mireille dans plusieurs langues, de sorte que ses disques s'exportèrent très vite, Sheila n'enregistra que tardivement pour l'étranger, alors que Sylvie et Adamo ainsi que Françoise étaient devenus des stars au pays du soleil levant, et en Italie, en Allemagne, en Grande Bretagne surtout pour Françoise; alors que Sheila resta uniquement en France, même si quelques disques se vendirent là bas, pour s'y faire connaître, il fallait évidemment s'y rendre, ce que Sheila ne put faire. Après le duo avec Akim, sans lendemain, Sheila retrouve les premières places des hits parade (qu'elle quitte rarement il faut bien le dire !) avec un immense tube "Le folklore Américain" suivi de "Tous les deux" déjà évoqué puis une adaptation de Sonny Bono "A la même heure" et une jolie chanson adaptée elle aussi "Dans la glace"

Pour le Folklore, Sheila s'est habillée western, chapeau, jupe à franges, nouvelle coiffure, et chorégraphie avec des cow boys, une Madonna avant l'heure… Sheila termine l'année pleine de projets, confiante en l'avenir, le public ne l'oublie pas, l'aime de plus en plus et elle va sans doute devenir une star de cinéma... Que demande le peuple ?

ah oui des chansons … il y en aura beaucoup d'autres …

 
Sixties
Chapitre 5

Pour son 42ème numéro, "Salut les copains" est consacré presque entièrement à Sheila, elle nous présente ses objets fétiches, à savoir : ses couettes trônant sur un buste de Voltaire ! L'auteur de "Candide" étant son écrivain favori, elle adore la plongée sous marine et nous montre son équipement complet, la dernière robe de sa collection (jaune à gros pois noirs, la mode 66…), son ours en peluche Martin (tiens tiens…), des ciseaux de couturière rappelant qu'ils sont les outils de son hobby favori, un disque d'Elvis, toujours son idole, une photo d'Akim qui dit-elle est son meilleur copain et sa découverte, un peu de pub au passage… Les journaux du club Sheila qui est un seul moyen de garder le contact avec les fans, les bocaux de bonbons évoquant les marchés, une vielle, un instrument de musique rappelant ses origines Auvergnates, un pèse personne, instrument du principal souci de la chanteuse, son poids… il est vrai que lors de ses dernières tv, elle apparaît bien joufflue…Son cartable d'écolière, une référence à son premier tube et le poste de télé indiquant que la belle est la recordwomen du petit écran …

Slc propose de passer une journée avec Sheila, c'est vrai ça, que peut-elle bien faire de ses journées ? Déjà elle se lève à 8 h laissant sa collection de peluches, ses seuls compagnons de lit … A 10 h, elle est au cours de danse qu'elle pratique depuis l'âge de 8 ans, elle peut maintenant montrer ce qu'elle sait faire grâce à la chorégraphie de son dernier tube "Le folklore Américain" qui se classe d'ailleurs 2ème sur 50 au hit parade Europe 1 (qui est aussi celui du magazine), à 11 h on la retrouve chez Jacques Dessange, depuis qu'elle n'a plus de couettes, sa coiffure est l'objet de soins constants, elle ne trouve plus son style.

A 13 h, on la retrouve pour le déjeuner avec Anne Marie Perier, la sœur de Jean-Marie et rédactrice en chef de "Mademoiselle age tendre" la petite sœur de "Salut les copains" depuis deux ans déjà et Sheila y est très présente. Les deux amies partiront d'ailleurs quelques semaines plus tard au Danemark pour un reportage pour "Slc" et restera un grand souvenir. 

Après un bonjour chez papa et maman, à 16 h elle se rend à la Boutique veillant à tout (sauf à la comptabilité, là on y trouve Claude Carrere…) et enfin à 18 h, elle chante en studio pour enregistrer de nouveaux titres. 21 h, lecture au coin du feu, Sheila ne sort jamais et se couche toujours de bonne heure…

Pour en savoir un peu plus sur ses goûts de jeune fille de 20 ans, on se délecte avec le "j'adore, je déteste"… Pèle mêle, Sheila adore les feux de bois, les plats épicés, les cheveux longs surtout pour les jeunes filles blondes (allo Sylvie ?), elle adore nager, les tableaux de sa mère, les gens gais (pas gays, attention, à l'époque, où étaient-ils ?), partir en voyage avec sa voiture mais uniquement quand il fait beau, les animaux, les réussites (les cartes), les roses rouges (lui en a t-on offert récemment ? comme chacun sait, les roses rouges symbolisent l'amour !), elle adore le catch, fouiller dans le grenier de sa grand mère (elle y fera des découvertes passionnantes qui serviront pour un futur livre !), elle adore la danse, les pièces mansardées (on le vérifiera à Feucherolles quelque temps plus tard), elle adore faire des films d'amateur avec sa petite caméra, la bicyclette, porter des bottes (c'est vrai, elle en aura de toutes les sortes et celles qui marqueront le plus seront les roses de l'époque disco!), elle adore faire des gâteaux compliqués qu'elle fait déguster à ses amis, elle adore rouler la nuit (pourtant elle se couche à 21 h…), les antiquités, les couleurs vives et claires, la mer (un spectacle qui lui inspire les réflexions les plus philosophiques…)

Elle adore quand son chien chante, effectivement Miel, son Beddington un chien très rare qui a obtenu des prix de beautéà fait quelques télés avec sa maîtresse qui soutenait qu'il chantait et on put admirer le petit chien en duo pour un "Adios amor" parfaitement au point… Les non initiés diront qu'il hurlait plutôt à la mort, mais bon… Pour finir, elle adore les chapeaux à pompons et les bougies…

Maintenant, elle déteste flemmarder au lit, le whisky, la chasse, les gens lunatiques, la pluie (pourtant elle la chanta deux fois, Spash !), les orages (c'est vrai qu'elle ne supporte pas l'intro de "Patrick mon chéri" qu'elle chantera 10 ans plus tard, d'ailleurs elle ne supporte pas la chanson dans sa globalité !) la crème fraîche, la solitude, l'automne, arriver en retard à ses rendez vous et inversement n'aime pas attendre, elle déteste perdre aux dames, porter des paquets, la broderie qu'elle trouve démodée et triste, la brandade de morue, les fenêtres a barreaux, le réveil, les chauves souris, le silence, les chemises de nuit, les fume-cigarettes (Alice Sapritch ne sera pas contente !) elle déteste se coucher de bonne heure, là nous sommes donc en pleine contradiction mais les journalistes écrivent n'importe quoi… Par contre, on la comprend quand elle dit détester les robinets qui fuient, le noir et l'odeur de la fumée …


A peine a-t-on refermé ce spécial Slc, qu'on ouvre le "Cinémonde" du mois suivant et on y trouve en exclusivité sa nouvelle coiffure qui est un régal ! les cheveux tirés en arrière, mi-longs renforcés par un postiche surélevé, voilà ce que sera la nouvelle Sheila tendance 66-67 et là on continue à apprendre des tas de choses inouïes sur la petite Sheila, à peu de choses près, ses goûts n'ont pas changé depuis 1963, elle est toujours gourmande, par contre elle a un complexe, celui de ne pas avoir fait d'études et cette déclaration faite en 1966, Sheila y sera fidèle toute sa carrière. On apprend qu'elle craint la sortie du prochain disque, que le téléphone l'énerve (surtout si c'est le général Carrère à l'autre bout… Ca elle ne le dit pas, bien sur !), elle aime les bijoux anciens, elle préfère porter le pantalon aux jupes, et c'est bien dommage, sa devise préférée : le travail c'est la santé (mais rien faire c'est la conserver ajouterait un Henri Salvador complètement hilare !), elle n'est ni matinale, ni noctambule et coté superstition, elle n'évoque pas encore le chiffre 13 qui pour le moment est plutôt l'apanage du Sieur Carrère mais elle avoue toucher du bois.


Son écrivain favori n'est plus Voltaire, mais Balzac et Ian Fleming, son ouvrage préféré est "Le colonel Chabert" de son poète préféré : Victor Hugo. Son œuvre poétique qui l'émeut sont "Les feuilles mortes" (qu'elle n'a jamais chantées), son philosophe préféré, à la surprise générale, ce n'est pas Claude Carrère mais Bergson. Elle confirme toujours par contre que sa maman Micheline est son peintre préféré et sa toile "Marine". Son chef d'orchestre préféré est Sam Clayton, ça tombe bien, c'est lui qui arrange tous ses disques, c'est un pseudo puisque le Clayton en question n'est autre que Jean Claudric qui reprendra son véritable patronyme dès que les folies Américaines seront passées… Elle adore "Rhapsody in blues" admire Sammy Davis Jr et toujours son copain Johnny, maintient qu'Ella Fitzgerald est sa chanteuse préférée mais aussi Françoise Hardy. Elle l'a d'ailleurs rencontrée depuis longtemps et malgré le peu de contacts établis, les deux jeunes idoles sympathisèrent mais ne se virent vraiment qu'après 1989… Son dernier disque de chevet : Les Beatles, elle s'intéresse à la recherche pour le cancer (le Sida ce sera pour bien plus tard) bien sur, pèle mêle, elle admire Pasteur, Napoléon, Bambi (le vrai !), Racine, Shakespeare, la pièce Andromaque… Là elle commence à en faire un peu trop, heureusement elle se rattrape en citant John Wayne, Sean Connery, Jerry Lewis, Marilyn, Sophia Loren, Guy Lux et Catherine Langeais


Son heure préférée dans la journée est l'heure des repas, d'où la prise de poids récente, elle adore le 31 décembre, le mois d'Août, l'été donc, la lettre A, le chiffre 13 (on y arrive !), le vert, la lavande, l'Emeraude, l'Or blanc, le Chêne, le klaxon de sa voiture, le chien est son animal préféré, le perroquet son oiseau, elle aime les abeilles, Valence, l'Espagne, le lion de Belfort, son personnage historique favori est Louis XV et ses sportifs préférés sont Marielle Goitschel, Michel Jazy et Kiki Caron.


Son apéritif préféré est le jus de pamplemousse (avec ça, elle pourra prendre le volant), elle aime le rosbeef saignant, la mousseline, le colin meunière, le camembert (n'est pas française moyenne pour rien) la pèche, le melon, l'eau gazeuse mais surtout pas d'alcool !


Pour conclure, Cinémonde lui demande quelles sont ses joies professionnelles, elle répond : le public, quant à ses espoirs et ses ambitions, ils sont " que cela dure encore 20 ans" (elle sera exaucée), aucune déception dans le métier, ses projets immédiats : "les aventures de Sheila" au cinéma …


Les années 1966-67 seront pour le tandem Sheila-Carrère l'année de tous les succès, en effet, "Le folklore Américain" est un immense succès en ce début d'année, quelque peu terni cependant par une entorse que se fait la jeune femme en répétant pour le "Palmarès des chansons" de Guy Lux et qui remporte un énorme succès télévisé. Le 27 janvier, Sheila présente sa nouvelle coiffure et son "coup de chapeau" final assise et portée par ses danseurs, dont Johnny Marie qui en réalité se nomme Jean Schmitt et écrira plus tard la majorité des chansons des années 70… Rmc lui décerne pour la seconde fois son oscar de la popularité en février et en mars sort son 11ème 45 t : "Le cinéma" un original qui n'a pour d'autre fonction que préparer le public à accepter une Sheila comédienne puisque les essais ont été concluants, et ce n'est pas n'importe qui, qui lui a fait passer, le réalisateur Yves Allégret lui même et Albert Simonin qui participera au scénario d'un film dont plusieurs titres sont déjà évoqués comme "Opération tendresse, Première mission", "Les aventures de Sheila" sont laissées de coté, le titre est trop Bd comme on l'a dit, et ne révèle rien, d'ailleurs l'histoire n'est même pas écrite …

En attendant, "Le cinéma" et sa musique éxotique de yukulélé arrivent n°1 au Hit parade, on trouve des chansons toutes optimistes comme "Je t'aime, Prends la vie comme elle vient" et un original "On est heureux" qui évoque le mariage et l'installation d'un jeune couple dans la vie, de façon un peu mièvre certes mais Sheila s'éloigne des copains… La chanson ressemble étrangement à celle du jeune Dominque Walter, (fils de Michéle Arnaud, chanteuse et productrice qui lancera Michel Drucker la même année avec son "Tilt magazine".) qui chante "Chez nous" de Carrère et Plante et qui présenta sa chanson à l'Eurovision et termina dernier… Comme quoi, tout le monde ne peut chanter du Carrère avec succès …


Carrère a toutes les raisons de se réjouir, en une dizaine de 45 tours, seulement 3 LP  et un 25 cm, Sheila a déjà vendu plus de 6 millions de disques, lui est super millionnaire, elle un peu moins, n'étant qu'interprète et ne l'oublions pas, salarié. De plus, "La boutique Sheila" prospère, la collection 64-65 se montait à 150 modèles tous différents, exportés dans divers magasins à travers la France jusqu'à Abidjan ! Rien qu'en 1964, le chiffre d'affaires était de 400 millions de francs, le directeur M.Varek prévoyait 800 millions de chiffre pour 1966 et les boutiques vont s'ouvrir à raison d'une par mois pendant deux ans, ce sera Dieppe, Laons, Nice, Nimes, Lyon, Montpellier, Marseille… Ce sont toujours les parents de Sheila à la gérance, Carrère pdg et Sheila en est l'emblème et la star, son rôle ne se borne pas à de la figuration, elle crée avec la styliste Marion des modèles qu'elle soumet ensuite aux coupeurs, mannequins, le devenant elle même souvent pour la bonne cause et la pub ! Sheila passe beaucoup de temps au 17 rue des Jeuneurs où avec Marion elle choisit les tissus, les coloris, se met au bureau et trace sur le papier, au crayon les lignes d'un mouvement, une allure d'où il résultera une collection de vêtements toujours destinés aux "teennagers"…


Le chanteur Christophe lui pose quelques questions lors d'un jeu de la vérité pour "Slc" (et non pas pour Patrick Sabatier…) il aborde le sujet de la Boutique et lui demande quelle est sa part financière, sa réponse est la suivante "là je ne peux pas te répondre, j'aurais des ennuis avec mon percepteur, je prends un gage ! ", il lui demande aussi que devient Akim : "il s'arrête de chanter pour ne s'occuper que de mon club ! "  Lorsqu'il lui demande son garçon idéal, elle répond "plutôt grand, les yeux clairs, aimable, bien élevé et pas trop intelligent !!!" puis Christophe lui soumet une question cruciale "si tu n'avais plus de succès et que ton nom ne dirait plus rien à personne, que ferais tu ? Sheila répond qu'elle chanterait pieds nus dans les rues et qu'elle essaierait de recommencer exactement comme avant. Pour la dernière question où le chanteur aborde les garçons et avec quel chanteur elle partirait 8 jours en vacances (vaste choix entre Eddy Mitchell, Ronnie Bird, Noel Deschamp, Richard Anthony, Antoine, Guy Mardel ,Dick Rivers) elle répond encore qu'elle a beaucoup trop de travail, même pas pour un jour de vacances… Vraiment un sujet toujours délicat, les garçons, à croire qu'elle avait reçu un mot d'ordre …


Après la chanson et la mode, à défaut de concerts, Sheila peut maintenant conquérir le grand écran, d'après Philippe Nicaud  "elle crève l'écran, quand elle paraît, on ne voit plus qu'elle"

 

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