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Seventies
Chapitre 9

Un journaliste de "Cinémonde" a pris rendez vous avec la jeune star pour un article et en arrivant à son domicile trouve des jeunes garçons et des filles installés sur une marche d'escalier, deux d'entre eux essaient d'entrer en même temps que lui, mais "Mémé" le collaborateur de Sheila leur bloque le passage en les invectivant "n'avez vous pas compris ? Vous n'avez rien à faire ici, allez vous en ! inutile d'insister, vous perdez votre temps" et il leur ferme la porte au nez…Quelque peu interloqué, le journaliste demande des explications à Mémé : "ils sont là depuis 8 heures du matin et s'en iront à onze heures du soir, ils attendent Sheila, pas moyen de s'en dépêtrer… rien ne les décourage…"

La première question posée à Sheila concerne les jeunes admirateurs "rembarrés" sèchement, ce à quoi la vedette répond " je suis très heureuse d'inspirer de la sympathie dans la rue, je le vois aux yeux des parents, des enfants, cette popularité me fait plaisir, à condition qu'elle ne soit pas excessive comme ces deux malheureux qui m'attendent sans succès sur le palier depuis des heures… Je suis une chanteuse, c'est tout ! Le journaliste lui suggère alors que peut-être une photo dédicacée les ferait s'en aller…"Ils resteront, ce sont des fanatiques… et s'il n'y avait qu'eux !" On peut constater qu'après presque huit ans de carrière, la petite Sheila n'est plus aussi disponible pour son public, on peut évidemment se mettre à sa place et il ne doit pas être simple tous les jours d'être attendue, épiée mais on appelle ça la rançon de la gloire, combien de chanteurs de cette époque ont eu la même réaction que Sheila et auraient aimé que ça continue ?

L'interview est plus ronronnant ensuite, Sheila évoque le cinéma et envisagerait plutôt une comédie musicale (elle en parlera longtemps mais ne réalisera jamais ce rêve) et la question qui reviendra pratiquement à chaque fois, elle ne pourra jamais y échapper mais trouvera toujours des pirouettes où des projets utopiques, là pour le moment, elle dit qu'elle n'a pas l'intention de se produire à l'Olympia pour l'instant mais qu'elle a de grands projets (comme toujours) d'abord le Canada puis l'Amérique du Sud, "Je vais en tout cas me tourner vers l'étranger…". A la question sur l'argent, le reporter n'y va pas par quatre chemins, il lui demande si sa réputation de "radin" est vraie… "C'est une calomnie ! (éclats de rire) je suis Auvergnate (ça aussi, elle le mettra en avant souvent et encore maintenant ! ) "Je compte et je ne jette pas l'argent par les fenêtres ! "

Sheila et Pierre sont à la une de tous les magazines, mais le fait que son fiancé ne fasse pas partie du métier du show biz semble moins passionner les foules, tout juste dit-il qu'il ne veut pas devenir "Monsieur Sheila", ce sera d'ailleurs une de ses rares déclarations à la presse. Pour l'été, Carrère s'est enfin décidé à abandonner le super 45 tours, en juillet sort le 1er 45 tours deux titres de Sheila, avec une pochette tristounette en noir et blanc, crise oblige, "Ma vie à t'aimer" est écrite par Eric Charden qui refait une brève apparition dans le sillage de Sheila. Est-ce le nouveau design, la chanson, jugée trop sérieuse pour une interprète aussi gaie que Sheila ? Le disque ne fonctionne pas trop, pourtant les radios jouent toujours le jeu, Sheila est diffusée quotidiennement sur les deux stations principales, même l'autre face "Chéri tu m'as fait un peu trop boire ce soir" qui montre une nouvelle facette de Sheila , drôle, qui joue les "pompettes" sur un air rétro de musette, mais qui n'attire pas le chaland plus que ça… Sheila pour les besoins de sa chanson feint donc l'ivresse en télé, perd une chaussure (volontairement), en fait elle un peu trop ?

Son public familial qui avait déjà du mal avec son look "vamp" ne va sûrement pas accepter une Sheila fine saoule… De plus, Sheila doit faire face à une concurrence assez conséquente, Johnny est bien reparti depuis l'an dernier avec son "Que je t'aime" et récidive avec sa chanson scandale mais néanmoins opportuniste "Jésus Christ"… N'oublions pas que depuis le festival de l'île de Wight, les hippies sont toujours à la mode, les chansons s'en inspirent toutes et Jésus revient à la mode, en ce début seventies, deux comédies musicales vont lui être consacrées "Jésus-Christ superstar" et "Gospel" qui révélera d'ailleurs Daniel Auteuil et un certain Dave… Michel Berger écrit "Jésus" pour Jeremy Faith, Dalida nous offrira même un "Jésus Kitsch " et un "Jésus bambino"… Sheila quant à elle avait on s'en souvient gravie la colline de Santa Mari avant d'évoquer Gaspard, Melchior et Balthazar, pour rester dans le sujet… Mais l'été 70 c'est aussi en France, le seul et unique "tube" de Barbara : "L'aigle noir" plébiscité dans le hit parade "Salut les copains" incroyable ! de même que l'an passé , Georges Moustaki avait triomphé avec "Le métèque", décidément les yéyés sont bien loin…

Cloclo après un passage à vide (comme la majorité des ex yéyés) revient en force grâce à Alice Dona ex chanteuse yéyé reconvertie dans l'écriture et qui fera chanter "C'est écrit" à Sheila après l'avoir proposé à Johnny qui l'avait refusé… Mais nous y reviendrons…"C'est de l'eau, c'est du vent" une bien belle chanson pour notre ami Cloclo donc, puis Joe Dassin évoque "L'Amérique" là où il est né, la jolie Séverine reprend la "Sympathie" des Rare Birds avant de triompher l'année suivante au concours Eurovision de la chanson avec "Un banc, un arbre, une rue" et de retomber dans l'oubli en France (elle aurait fait une brillante carrière en Allemagne…) Polnareff aligne les tubes depuis sa "poupée qui fait non" en 1966, là il avoue "Je suis un homme", les Mungo Jerry sont numéro un avec "In the summertime", Nicoletta adapte Shirley Bassey et cela donne son grand tube "Ma vie c'est un manège", Gilbert Bécaud, peu apprécié des jeunes fait une exception cet été là avec son "Charlie, t'iras pas au paradis", le grand Charles Trenet passe beaucoup en radio avec son inénarrable  "Il y avait des arbres" Julien Clerc continue sur sa lancée et ne s'arrêtera plus, Michel Sardou obtient ses premiers grands tubes avec "J'habite en France, Les bals populaires" Mireille Mathieu obtient deux gros tubes coup sur coup, "Pardonne moi ce caprice d'enfant" et "Donne ton cœur, donne ta vie" qui est passé sous le nez de Sheila, Carrère l'ayant réservé pour elle et s'est fait coiffer au poteau par Johnny Stark ! La chanson ayant fait un succès honnête sans être un triomphe, on imagine la rage de Carrère devant les résultats décevants de "Ma vie à t'aimer", d'autant plus que Stark avait continué à produire les 45 tours 4 titres avec la pochette glacée très attrayante et que le 1er simple de Sheila à la pochette terne, se révélait être un demi échec…

Peut-être est-ce la raison qui le pousse à enfin lancer Sheila sur le marché étranger, après de nombreux disques commercialisés là bas et finalement très peu enregistrés en langue étrangères, Carrère décide que l'Italie sera le premier pays d'attaque... Tout d'abord, les versions Italiennes "d'Adios amor" et "L'heure de la sortie" sortent en 45 tours et Sheila se retrouve propulsée dans un film musical intitulé "Avventura Monte Carlo" où elle chante "Adios amor" dans un champ, entourée de quelques hippies qui font la gueule, on se demande d'ailleurs le pourquoi de la présence de Sheila, mais Carrère avait sûrement ses raisons, ce film est produit par Hugo Tucci et Berto Bandini

Quelques groupes connus là bas y participent, New trolls, Primitives, et les Ricchi e poveri qui seront connus en France dix ans plus tard avec leur standard "Sara perche ti amo"Le film passera inaperçu en France, Sheila devient une habituée du grand écran là bas puisque "Bang bang" y était sorti sous le titre "O l'ammazzo, O la sposo" avec une Sheila affichée avec des formes plus généreuses que la nature ne l'a dotée ! Sur sa lancée , Sheila participe au festival de la chanson internationale avec toujours "Adios amor" qui, il faut le dire, ne fait pas un malheur, les nuages s'assombriraient-ils ? Avant ce périple en Italie, Sheila est partie au Japon visiter l'exposition universelle d'Osaka et a ramené un reportage de 10 pages dans "Salut les copains" de juillet dont elle fait la une… Mais pas de contrat Japonais en vue pour la petite Française moyenne qui vient d'avoir une grosse émotion…

 

 

Seventies
Chapitre 10

En effet, alors qu'elle se rendait dans le bureau de Claude Carrère, elle remarque un beau brun assis sur un fauteuil et qui semble attend d'être reçu par Dieu le père, lui même, en l'occurrence le PDG des disques Carrère, Claude Carrère himself qui depuis le début de l'année a décidé d'élargir son horizon musical en produisant de nouveaux chanteurs, le premier Marc Hamilton a réussi un gros coup avec "Comme j'ai toujours envie d'aimer" et Carrère veut créer une écurie de poulains. Hervé Vilard a déjà rejoint l'équipe après une traversée du désert.  Carrère ne semble pas enthousiasmé par le jeune homme qui attend, Sheila , qui a donc senti son cœur battre plus fort quand elle l'a vue, décide de prendre les choses en main. En ressortant du bureau, le jeune homme est là, il lui tient la porte et font connaissance, il s'appelle Guy, vient de Toulouse, il a 23 ans et veut devenir chanteur. Il accompagne Sheila à son cours de chant, et décident de se revoir… Jacques Monty était présent dans les bureaux Carrère, rue Lincoln "quand j’ai vu le regard entre Sheila & Ringo, j’ai compris qu’il s’était passé quelque chose (…) j’étais très embêté car je connaissais bien le fiancé de Sheila à l’époque (…) il dînait souvent chez moi, je me suis dit qu’il allait y avoir des problèmes avec les balles de tennis !"

Sur cette histoire d’amour, il y a beaucoup à dire, même si on préférerait parler musique, chansons, bref de l’artiste, Sheila, il faut le reconnaître, ces années là,  a  beaucoup plus fait parler d’elle avec sa liaison avec Ringo, donc sa vie privée,  que par ses prestations scéniques inexistantes et que pouvait-on vraiment aller chercher dans ses textes ? Peut être pas aussi débiles qu’on a bien voulu le dire, mais ça ne volait pas très haut, elle est d’ailleurs la première à le reconnaître. Plus tard, elle qui déclare à tout bout de champ ne rien renier de sa carrière aura des mots très durs pour évoquer ses années 70 tout en étant beaucoup plus tendre avec ses chansons sixties…

On ne peut pas évoquer la carrière et la vie de Sheila en faisant l’impasse sur ses années Ringo à son grand mécontentement aujourd’hui, d’ailleurs Guy Bayle alias Ringo raconte qu’il a débarqué de Toulouse dans la capitale début 68 et tout de suite a rencontré les bonnes personnes, il sympathise avec l’acteur Xavier Gélin le fils de Daniel, (tous deux décédés depuis), qui l’encourage à se lancer et lui fait faire la connaissance d’André Salvet, à l’origine des débuts de la petite Sheila tout en couettes… et qui tout naturellement le dirigea chez Claude Carrère où il rencontre Mémé qui lui fait enregistrer une maquette sur l'unique tube du papa d'Ophélie : David-Alexandre Winter "Oh lady Mary"… 

Ibach le fait auditionner devant Carrère qui lui conseille de se débrouiller pour trouver des éditeurs. Cependant il le convoque un après-midi en urgence et là, dans le bureau de l’imprésario, se trouve le patron de «Télé poche » le célèbre hebdomadaire télé, dont le fondateur Cino Del Duca a créé le premier numéro en 1966, Sheila y fit la une dès le n°4… et qui se trouve en termes de vente juste derrière « Télé 7 jours » qui existe lui depuis 1960. C’est le directeur de la publication André Halphen qui est là pour l’engager non pour chanter mais pour interpréter un rôle dans un « roman photo »… Après que le figurant prévu soit tombé malade, il fallait absolument trouver un partenaire rapidement pour donner la réplique à Sheila ! elle même ! elle sera en effet pour la première fois l’héroïne de ce genre très prisé à l’époque par les ménagères, tout un art en soi, le roman photo… Il faut dire que toutes les vedettes y sont passées, le grand Johnny lui même, les animateurs télé, c’est en outre grâce à ces pages à l’eau de rose que l’hebdo tv eut un tel succès au début. Le magazine «Nous deux » encore plus guimauve et appartenant au même groupe de presse avait lancé la mode de mettre des vedettes en « action » et cela plut énormément au lectorat… Certaines vedettes le firent , un peu par obligation, France Gall dit même non sans humour que l’étape d’après pour elle aurait été le film porno !

Guy signe donc son contrat "d’ acteur" avant celui de "chanteur" et obtiendra trois mille francs pour sa prestation auprès de Sheila qui garde son nom mais change de métier et devient hôtesse de l’air…Le tournage "d'Une hôtesse nommée Sheila" débutera au bois de Boulogne… Ringo raconte dans ses mémoires non publiées que, pour les besoins du scénario, le beau commissaire Steve tombe amoureux de la  belle Sheila et à la fin, ils doivent échanger un baiser de cinéma : « Nous étions face à face, Sheila me regardait droit dans les yeux… Je voyais dans son regard le petit cercle de vert qui entoure son iris. Le metteur en scène (Mario Padovan) s’est approché de nous, puis s’adressant à Sheila lui a dit « Plus amoureuse, je veux te voir plus amoureuse encore, toi la même chose... s’adressant à moi… » Ce baiser de papier déclencha tout…

Après la diffusion du roman photo pendant trois mois et quelques déceptions , des rencontres qui ne se passent pas bien, il rencontre le regretté Guy Bonnardot (« Crazy love » en 1976 fut son seul succès) qui lui écrit cette fameuse chanson « L’homme » que Carrère accepte de sortir en mars 1971 après avoir signé le premier contrat plus d’un an avant . La pochette , tout comme celle d' Akim cinq ans avant, a le même graphisme que le premier Ep de Sheila, et comme Annie devint Sheila, Guy devient Ringo…Willy Cat…La mode d'américaniser les noms était pourtant passée depuis longtemps et celle des pseudonymes ridicules pouvaient commencer…Pourquoi Willy Cat, demandera perfidement Philippe Bouvard lors de son émission "Samedi soir", et le pauvre Ringo de répondre "j'avais un chat qui s'appelait Willy et que j'adorais et voilà c'est venu comme ça…" et Bouvard de rétorquer "Heureusement que vous n'aviez pas un chien qui s'appelait Médor ! Ringo Medor Dog ! 

Evidemment, l’idée est de Carrère qui toujours dans la superstition assure qu’il fallait trouver un pseudo de 13 lettres pour que ça marche ! Lorsqu’il apprend la liaison entre Sheila et sa nouvelle recrue, Carrère fait tout pour empêcher celle ci, et fait publier les clichés de Sheila et Pierre dans tous les journaux pour en quelque sorte officialiser une relation moribonde et empêcher l’autre ! Mais ce que femme veut… Honnête, Sheila rompt ses fiançailles alors qu’elle fait encore la une partout avec Pierre…Carrère , devant le fait accompli, capitule, et c’est à cette époque qu’il décide d’internationaliser la carrière de Sheila, pour l’éloigner ? Pour le festival de la chanson en Italie, on voit Sheila , seule, sur une gondole…prémonitoire…Guy l’attend en France, son périple est de courte durée et les amoureux peuvent vraiment laisser les gondoles à Venise…

Le jour de noël 1970, Pierre Tchernia invite la chanteuse dans son émission "D'hier et d'aujourd'hui" pour évoquer ses huit années de succès, l'occasion pour Sheila de faire le point pour la première fois a la télé, elle se révèle souvent drôle et lucide, Tchernia a choisi les chansons les plus représentatives, et pour chaque passage, Sheila a une anecdote, son pantalon qui craque sur "Oncle Jo", son épanchement de synovie lors de la chorégraphie de "Julietta", le savon que lui a passé Carrère juste avant de chanter "Adios amor", "J'ai une drôle de tête !" et Magic Tchernia de s'interroger "Mais ça veut dire quoi, prendre un savon de Claude Carrère ?"… Pauvre petite Sheila qui n'en était pas à son premier, ni à son dernier et pourtant, elle ne fit jamais la pub   "Lux beauté", le savon des stars...

Sheila est très amoureuse en ce début 1971, son dernier disque retrouve les premières places des hits parade « Reviens je t’aime » écrit par Mémé Ibach est, tout comme « Adios amor » le fut en 1967, une chanson opportuniste, faisant référence a la vie privée de l’artiste, paradoxe encore entre le fait que personne ne doit savoir que Sheila a rompu et cette chanson mais comme en France, tout finit par des chansons, Sheila retourne vite en studio. A ce sujet, depuis longtemps, Sheila enregistrait tous ses disques au studio Davout mais depuis l’été précédent, c’est maintenant au studio C.B.E. qu’elle y fera tous les prochains. C’est Georges Chatelain qui créa le studio qui devient dés 1968 très réputé. Mais c’est le nom de Bernard Estardy dit « Le géant » qui y reste associé, le dirigeant tout seul depuis 1974 après l’éviction de Chatelain…

C’est une bombe qui va sortir du studio, « Les rois mages » sortent en mars et tout de suite, le rythme entraînant et facilement mémorisable le hisse aux sommets… Cette chanson à une histoire assez cocasse, c’est en Italie où elle fut composée pour la musique d’une publicité  pour la marque de voiture « Fiat » et reprise par le groupe Middle of the road, sorte de précurseur d’Abba, qui éclate vraiment cette année là avec "Tcherpy tcherpy cheep cheep"dans toute l’Europe. Leur «Tweedle dee tweedle dum » devient vite un tube également, repéré par Jean Scmitt  qui la propose à Carrère qui s'empresse d'acheter les droits, rappelons le Carrère a cette qualité, flairer souvent le bon coup. Il  en profite pour relancer une offensive sur le marché international en visant en priorité les pays Hispaniques avec la version Espagnole « Los reyos magos » par Sheila bien sûr, qui obtiendra un tel succès que le groupe Middle of the road la reprendra avec le texte de la chanteuse ! Il s’avère exact qu’une adaptation Carrère pour Sheila devient aussi célèbre, sinon plus que l’original... Qui se souvient aujourd’hui que « Les rois mages » n’est qu’une adaptation ? Tant cette chanson est restée liée à Sheila…

Coluche s’est présenté aux élections présidentielles dix ans plus tard mais en 1971, « Salut les copains » crée une tribune pour les chanteurs afin qu’ils puissent exprimer leur programme s’ils étaient président, ainsi que le chantera Gérard Lenorman, et qui sera son dernier tube. « Si j’étais présidente, je protégerais la nature et les animaux, je multiplierai les programmes de télévision (àa l’époque, seules deux chaînes + Luxembourg tv existaient, Sheila n’est pas devenue présidente de la République, mais 35 ans plus tard, son vœu est réalisé au delà de toute espérance "Je referais passer le permis à tout le monde (le permis a points viendra bien plus tard), je mettrais à pied tous les mauvais architectes (et il y en a eu depuis ….) J’instituerai la journée continue pour tous les Français (et les 35 heures ?), j’obligerais les fabricants de parapluie à faire des parapluies multicolores (là, celle là, Carrère ne lui a pas soufflé…) Je ferais construire des autoroutes intelligentes (elle précise avec huit voies, une pour chaque vitesse), Je ferais voyager les enfants des écoles (connaître les régions, visiter les expositions) Je multiplierai les laboratoires de recherche, Je changerais de résidence (L’Elysée servirait uniquement pour les réceptions) Je ferais construire beaucoup plus d’édifices d’intérêt commun (hôpitaux, maisons de retraites agréables, stades, piscines) Je reformerais le système des contraventions (elle envisage le p.v. comme une loterie ou l’amende serait tirée au sort)Je ferais installer des points d’eau dans les forets, Je laisserais les spectacles s’installer dans la rue"…

Mais pour l’heure, elle reçoit le 19 mars 71 de la part des lectrices du journal « Bonnes soirées » la note d’or de la chanson Française devant 1000 invités, récompense que Carrère mettra beaucoup en avant et inscrira même au verso d’un nouveau pressage des « Rois mages », alors que cette distinction ne représente a vrai dire pas grand chose hormis confirmer la popularité intacte de la chanteuse. Plus les semaines passent, plus « Les rois mages » deviennent quasiment un hymne que tous les enfants de France reprennent dans les cours de récréation avec des paroles souvent détournées… Si le disque se vend énormément à l’étranger, ce n’est pas pour autant que la chanteuse va le défendre, là bas. On le retrouve pourtant n°1 au Mexique, Venezuela, Argentine, Espagne, sans une télé là bas ! Un scopitone, le dernier, est tourné à la maison de l’Iran et sera beaucoup diffusé. « Les rois mages » se vendent en peu de temps à 800 000 exemplaires et détrônent déjà le record de « L’école est finie ». Pas de chance pour Ringo Willy Cat qui végète dans les couloirs de la maison Carrère pendant que sa star de fiancée triomphe de manière insolente… Sheila s’émancipe, d’aucuns diront que le grand amour la transfigure, mais elle apparaît aux « Etoiles de la chanson » de Guy Lux assisté maintenant de Sophie Darel, (jeune chanteuse , imitatrice qui restera marquée par son rôle d’animatrice près de Tonton Guy) avec un mini short qui fera sensation et scandale dans le courrier des lecteurs… Sheila promet dans « Ici Paris » de le rallonger… Devant ce regain de succès, son dernier gros tube datait de 68 avec la « Petite fille de Français moyen », Sheila n’a jamais autant représenté la chanteuse populaire par excellence, du coup, elle sera encore beaucoup raillée.

Le journal Belge « Le soir illustré » la met en une avec en titre « Cet irritant cas Sheila »…Irritant car tout lui réussit et revient le problème de la scène : « Seul point faible pour Sheila : la scène où on ne peut faire figurer dans son palmarès la moindre apparition , pourtant , son collègue Johnny Hallyday déchaîne les foules au Palais des Sports, Sylvie Vartan a gagné à l’Olympia ses galons de meneuse de revue, même Richard Anthony a fait des efforts louables (…) de là à prétendre qu’elle est incapable de chanter en public, Sheila répond avec le sourire : « je n’ai pas peur de la scène, la preuve, je viens de chanter deux fois en public en Italie et en Suisse à l’occasion de grands spectacles télévisés..d’ailleurs je crois beaucoup à cette formule dans l’avenir, les grandes vedettes Américaines comme Elvis Presley passent beaucoup plus souvent dans des shows télé en public que sur une scène de music-hall, j’ai personnellement une quinzaine de projets de ce genre, surtout en Amérique du Sud et en Espagne…(…) On ne me verra pas sur scène à Paris avant 1974 car je suis prise par des contrats (…) Sheila évoque à nouveau sa comédie musicale, en précisant qu’elle danse 4 heures par jour et qu’elle a donné un aperçu de ce qu’elle savait faire dans le « Grand amphi » de Jacques Chancel (diffusé vers minuit, peu de gens l’ont vu) en effectuant une chorégraphie classique (…) si on me proposait le Casino de Paris , je dirais oui avec enthousiasme (…) Le cinéma me propose toujours les mêmes rôles, comme celui d’une chanteuse yéyé appartenant à une bande de voyous qui volent des voitures, à croire que j’ai une tête de voleuse ! or j’ai évolué depuis « l’école est finie » j’ai vieilli !

Petite parenthèse, Sheila évoquera encore longtemps l’étranger pour se justifier quant au fait qu’elle ne fait pas de scène, or, même dans les années disco, Sheila n’a jamais fait de scène, seulement quelques grands shows télé, en play back bien sur, Sheila réécrit l’histoire a sa façon, lorsqu’elle parle d’un contrat jusqu’en 1974, fait elle allusion a un contrat Carrère qu’elle aurait signé et qui stipulerait qu’elle ne fera pas de scène, peut on signer lorsqu’on est artiste un tel contrat ?

Sheila termine l’interview dirigé par Jean-Claude Mazeran en remerciant le public populaire, le seul qui compte à ses yeux , le seul auquel je veux continuer à plaire, et tant pis si les gens sophistiqués ne m’aiment pas, je sais très bien que je ne chanterai jamais de chansons intellectuelles, je ne serai jamais une vamp à scandales, je ne me vois pas mener une vie tapageuse et hanter les boites de nuit, ce que je déteste…

Le journaliste donne rendez vous à Sheila dans 50 ans pour voir si elle a réalisé ses rêves de comédie musicale, de théâtre,... Sheila évoque également Gilbert Bécaud qui lui aurait écrit une chanson qu’il a finalement mis à son répertoire, mais il en a promis une autre qui ne viendra jamais, Sheila reprendra juste « L’absent » 30 ans plus tard…

 

Seventies
Chapitre 11

Ringo Willy Cat a bien du mal a enregistrer un nouveau disque, il faut que Sheila se fâche et menace Carrère d’abandonner la chanson, s’il ne signe pas le beau brun…c’est dire si elle est amoureuse.. Dés la rentrée, Ringo qui a trouvé une chanson en Espagne interprétée par Tony Ronald : « Help me, get some help » et adaptée en Français par Vline Buggy auteur de bon nombres de tubes, notamment pour Claude François et de Daniel Vangarde qu’on ne présente plus, la chanson devient « Elle je ne veux qu’elle » et avant la fin de l’année sera un immense tube. Ringo devant l’avis général et surtout celui de Carrère qui a admis s’être trompé avec son hilarant « Willy cat » ; abandonne ce pseudo (qui restera célèbre pourtant) et commence sa carrière de chanteur à minettes…

Il est vrai que l’ère du yéyé a vécu depuis belle lurette et que voilà aujourd’hui les néo-yéyé qui ont pour nom Frédéric françois, C.Jerome,Patrick Juvet, Alain Chamfort,  Christian Delagrange et surtout Mike Brant, il y a un créneau et Ringo en devient une figure de proue. Il faut dire qu’il est très beau, les jeunes filles de l’époque sont hystériques quand il apparaît… Carrère utilise la même recette que pour Sheila, la légende du pauvre gars qui débarque à Paris et lave des voitures pour gagner sa vie et tombe comme par miracle sur celle de Sheila… Dans sa première grande interview pour « Salut les copains », il déclare dans sa fiche signalétique que Ringo est son vrai prénom, on soupçonne fortement qu’on lui a conseillé de cacher son vrai prénom : Guy, par contre , son patronyme Bailly plutôt que Bayle serait plus une coquille du magazine.

On apprend qu’ il est né le 11 mai 1947, 1m85 pour 73 kg, il adore le steak frites accompagné d’un bon Bordeaux, ne fume pas, adore le ski nautique, il possède une Morris Cooper. Ses chanteurs préférés sont Johnny Hallyday, Mahalia Jackson et…Sheila ! (Il faut rappeler que lorsque l’article paraît, personne ne sait qu’il file le parfait amour avec la chanteuse depuis plus de deux ans, mais que font les paparazzi ?) il admire l’acteur Michel Bouquet. Son meilleur souvenir  reste le jour où il a rencontré Claude Carrère (!), et il a l’ambition de monter un spectacle à l’Américaine…

Le journaliste de « Salut les copains » lui demande quelle peut bien être son origine avec un prénom pareil, il assure qu’il s’appelle bien Ringo, bien qu’étant né dans le 12eme arrondissement de Paris et avoir fait toutes ses études à Toulouse, d’où l’accent à la Nougaro. Son père travaille à l’Edf, sa mère tient un salon de coiffure. Il raconte qu’il a rencontré Mémé dans un club où il jouait avec une bande de copains et ce dernier lui a présenté le grand Carrère. Il nous livre ses années de galère où il faisait la manche (où les passants lui donnaient des pièces pour qu’il s’arrête d’hurler !) et où il lavait des voitures…(Plus de doutes, le beau Ringo récite sa leçon…)

« Elle je ne veux qu’elle » se vendra dit-on à 500 000 exemplaires. Aucune photo ne filtre de la relation clandestine avec Sheila, Ringo confirmera plus tard que Carrère était souvent de mèche avec le directeur de « France dimanche » et « Ici Paris » et qu’il y eut des fuites parce que Carrère l’a bien voulu. Avant que ces deux leaders de la presse à sensation ne fassent leurs choux gras de cette idylle, il y aura encore quelques « unes » croustillantes telles « Sheila kidnappée (30 ans plus tard, ce sera au tour de son fils de faire la une du même journal, avec le même titre !) Sheila a peur de perdre ses jolies jambes, le mari idéal de Sheila c’est Guy Lux et autres titres de la même veine !)

L’été 1971 ne voit pas de nouveau 45 tours de Sheila dans les bacs, en raison de l’immense succès des « Rois mages » .Carrère a décidé de faire enfin évoluer Sheila, la chanteuse est maintenant une jeune femme de 25 ans, une femme amoureuse dont la personnalité s’est affirmée, Carrère doit s’incliner devant la romance des deux chanteurs, de nouvelles idées trottent dans sa tête, puisqu’il ne peut rien y faire, autant trouver des avantages à cette relation..mais si Sheila ne parle plus de scène, étant trop occupée à bichonner son boy friend ; qui est imposé a chacune de ses télés. Carrère prévoit de faire enregistrer à sa protégée un album, le premier.

Un nouveau concept arrive en France, Jusqu'à maintenant, chaque fin d’année voyait sortir la compilation des 12 titres des trois super 45 tours sortis dans cette même année, après la disparition de ce format et l’arrivée du simple à deux titres, il n’est plus possible de sortir une compilation avec 6 titres , donc la majorité des chanteurs va sortir de façon régulière mais plus systématique, un 33t (LP) que l’on appellera Album, parce que la pochette s’ouvre. Le plus intéressant étant l’enregistrement de nouvelles chansons. Ainsi, le 1er album de Sheila sort en novembre 1971 avec pour titre « Love », voilà qui change de la routine et de la ronde interminable des 45 tours qui sortent tous à la même date sans surprise.

Jean Schmitt (souvenez vous : Johnny Marie qui a dansé sur la quasi totalité des chorégraphies) avait commencé à écrire pour Sheila dès 1968 avec la romantique « Petite église », cet ancien danseur du Casino de Paris a déjà écrit pour bon nombre de vedettes dont Renée Lebas, et plus près : Michel Fugain, Mireille Mathieu et Dalida « Entrez sans frapper » en 1967. Il donne ensuite des cours de danse a Sheila à la demande de Carrère suite à une émission de télévision, le producteur lui demande ensuite d’écrire pour elle, puisqu’il écrit pour Mathieu, pourquoi pas Sheila ? Leur public est le même et certaines chansons iraient aussi bien à l’une que l’autre, c’est le cas de « Pourquoi le monde est sans amour » que Schmitt donna à la petite Avignonnaise et que Carrère aurait voulu pour sa protégée…

C’est donc Schmitt qui trouve la maquette de la musique des « Rois mages » en Italie . Pour le premier album, il participe donc à l’évolution voulue pour faire avancer l’image de Sheila, avant cela, un 45 tours sort en septembre avec une chanson du nouveau style adopté, ce sera « Blancs jaunes rouges noirs », une chanson qui tranche complètement avec le succès précédent, Sheila ne s’est jamais engagée et avec ce titre , elle prône la tolérance et se prononce contre le racisme « Blancs , jaunes, rouges, noirs, tous les humains ont les mêmes espoirs et les mêmes chagrins, blancs , jaunes, rouges, noirs, tous les humains sont bien tous les mêmes quand ils se disent je t’aime »…

L’autre face reprend encore une adaptation des Middle of the road, « Queen bee », La reine des Abeilles devient "Vive laTerre", un message écologique cette fois ci, Sheila va t-elle sauver le monde ? « Love » l’album ne comporte que six nouvelles chansons contrairement à ce qui est écrit sur la pochette qui en compte sept ! Au verso , figure un titre inexistant « Accordez vous » qui fut remplacé  par la version Allemande de « Dans une heure » : « Eine stunde », ceci explique cela. Cet album est inégal, puisque si Sheila devient plus grave en évoquant la cité, les banlieues et la violence dans « Fragile », n’était-elle pas en avance sur son temps ?

Elle chante aussi le départ d’une jeune femme de 25 ans qui part vivre avec son homme et quitte ses parents dans la très belle chanson « Votre enfant », un bel hommage rendu à André et Micheline Chancel qui vont bientôt vivre ce que la chanson raconte, par contre, si on a déjà évoqué le très réussi « Trinidad » écrit par Henri Salvador, on peut rester perplexe devant la chanson « J’adore » interprété en duo avec Aldo Maccione, né en 1935, quasi inconnu en France, même s’il faisait partie d’un groupe de comiques « Les Brutos » qui assuraient les entractes a l’Olympia et les enchainements des shows de Sacha Distel chez les Carpentiers... Plus tard, il tournera avec Claude Lelouch dans « L’aventure c’est l’aventure » aux cotés de monstres sacrés comme Lino Ventura, Jacques Brel et Johnny Hallyday mais il deviendra célèbre avec son personnage d’Aldo « La classe » dans des films de série B comme « Aldo et Junior, Mais où est passée la 7eme compagnie, Pizzaiolo  »

La chanson se veut humoristique, et, est choisie comme titre phare pour booster l’album qui a quelques soucis au démarrage… Ce n’est pourtant pas faute de promo, depuis le début de l’année, l’offensive Sheila a redoublé, on la voit partout, l’émission « A Cambrai sur la 2 » a lieu en direct devant 20 000 personnes, Sheila n’a jamais eu un public aussi nombreux et fait un triomphe. Pour la série d’émissions produites par la chanteuse Mick Mychel « Entente cordiale », on retrouvera Sheila déguisée en Hindoue, Geisha, Marie–Stuart… Et enfin Sheila se retrouve en vamp, perruque bouclée et fume cigarettes, auprès d’un Aldo égal à lui même, le titre ne s’envole pas malgré tout et Carrère qui n’aime pas insister quand le succès tarde ou n’est pas au rendez vous change son fusil d’épaule et comme le public et « son » public la préfère gaie et primesautière, Sheila dans les années qui vont suivre refera « Les rois mages », ce qui fera dire à la chanteuse « il fallait presser le citron jusqu’au bout »… Puisque « Les rois mages » ont cartonné, Carrère reprend la même recette pour le prochain 45 tours, une nouvelle adaptation des Middle of the road, qui déjà ont vu leur dernier succès « Soley soley » devenir « Soleil soleil » par Nana Mouskouri. « Samson et Dalila » , un nouveau thème biblique,; sera un nouveau succès, enregistré cette fois ci, non seulement en Espagnol mais aussi en Allemand. La chanson marche moins bien que « Les rois mages » mais fait des ventes correctes. On ne peut toucher le jackpot à chaque fois et à ce petit jeu là, Carrere a déjà beaucoup gagné…

Mais qu’en pense la principale intéressée ? il serait bon de connaître ses choix, ses goût à elle… Depuis presque dix ans, elle suit aveuglément les conseils de son Pygmalion, mais a-t-elle le choix ? Peut elle opposer un refus, on sait qu’elle a menacé de tout plaquer par amour, ne pouvait elle pas s’imposer plus en proposant d’autres choix de carrière, enfin remonter sur scène par exemple… Pour la seconde chanson de son nouveau 45 tours, Carrère a choisi d'adapter un succès Anglo-Saxon que chante Helen Reddy "No sad songs" autrement dit "Plus de chansons tristes" que Pierre Delanoé lui même signera, pour l'unique fois de leur parcours, la même Helen Reddy interprétera le texte en Français également.  On remarquera que Carrère n'a pas osé co-signer le texte, comme il le fait toujours avec les auteurs qu'il "embauche"… Il est vrai que Carrère trouvait souvent la chanson, le style qui convenait à la personnalité de Sheila, en donnait les grandes lignes mais cela s uffisait pour qu'il se crédite sur la chanson !… Le semi-échec de l’album « Love » accréditait le fait que Carrère savait ce qui était bon pour elle…

Maurice Chevalier nous quitte en début d’année, Sheila fait partie du spécial « Cadet Rousselle » que consacre  Guy Lux au grand artiste disparu, Sheila se souvient de ses encouragements alors qu’elle débutait et a offert au public une version des « Gars de Ménilmontant » en direct… Depuis le Palmarès 67, Sheila s’offre chez Guy Lux ses vrais « live », trop rares prestations malheureusement… L’émission « Télé dimanche » lui en donne aussi parfois l’occasion, mais pour décrocher un show Carpentier, il va falloir s’armer de patience…

Une nouvelle chanteuse arrive en ce printemps 1972 et révolutionne la chanson, et l’univers des chanteuses en général : Véronique Sanson, avec son album « Amoureuse » et ses mélodies magistrales, courtes et tellement efficaces, Michel Berger ex chanteur sixties, il est présent sur la photo mythique des « copains » prise en 1966 par Jean-Marie Perier, reconverti dans la production, aurait proposé une collaboration avec Sheila, mais les conditions que Carrère lui imposa le fit s’enfuir très vite… Sa déclaration fut pour France Gall…

Sanson (sans Dalila) va imposer sa pop et les chanteuses estampillées sixties vont prendre un bon coup de vieux, Françoise Hardy, à l’écoute de l’album « Amoureuse » déclare qu’elle n’a jamais entendu quelque chose d’aussi moderne, d’aussi abouti et parle déjà de prendre sa retraite, elle aura la chance de travailler avec Berger sur un de ses plus gros succès « Message personnel » l’année suivante mais des divergences empêcheront d’élaborer tout un album concept, désiré par Berger et pas par Françoise… Sylvie, sans avoir de gros tube à son actif, va se tourner vers des musiques plus country, Dalida chantera les auteurs intellectuels et reprendra à son compte « Avec le temps » de Léo Ferré ou « Je suis malade » d’Alice Dona interprété par Serge Lama…Sheila, quant à elle, reste la plus populaire en France avec une multitude de rengaines qui n’apportent rien à sa gloire et qui sont aujourd’hui difficilement écoutables au premier degré…

Pour l’heure, les préoccupations de Sheila sont d’ordre privé, elle est toujours amoureuse de son Ringo, qui enchaîne déjà un nouveau succès sur le même moule « Trop belle pour rester seule »… Schmitt déclare avoir écrit pratiquement tout le répertoire de Monsieur Sheila : « Je le voyais souvent, on parlait ensemble, alors que Sheila n’était jamais là, on voulait en faire une star et de ce fait, on la voyait peu en pensant que cela faisait bien…

Toujours en ce printemps 72, « Ici Paris » en avril met pour la première fois le couple à la « une » en titrant : « Sheila se marie avec Ringo » rien que ça ! Cette fois ci, la presse people a l’aval de Carrère, puisque maintenant, cela ne peut être que bénéfique de parler du couple, et ça ne va plus s’arrêter. même longtemps après leur divorce ! Il faut dire aussi que les voyantes interviewées au début de l’année dans le journal télévisé avaient prédit le mariage pour la petite Sheila !  Pas une semaine sans une nouvelle une avec le couple Sheila-Ringo qui aura rattrapé le couple Sylvie-Johnny en popularité… La mode est aux duos, aux couples bien proprets chantant leur amour parfait sur tous les plateaux tv, Stone, rescapée des yéyés, l’ancienne miss beatnik rebelle s’est bien assagie en épousant Eric Charden et tous deux connaîtrons la gloire ensemble avec cette année 72 « L’avventura » qui demeurera culte, suivront Johnny et Sylvie qui curieusement n’avaient pas fait de tube ensemble avant leur « J’ai un problème » qui là aussi demeurera dans la mémoire collective au même titre que le « Paroles paroles » de Dalida avec Alain Delon et des Gondoles de Sheila et Ringo qui ne vont pas tarder à débarquer… Insolite : le 17 Mai, Sheila pour « Entente cordiale » chante en duo avec une autre Sheila : Sheila White, une Anglaise née en 1950 qui débarque a Paris au théâtre des « Nouveautés » dans la pièce « Les p’tites femmes de Broadway » adaptée par Jacques Lanzzman, d’après les critiques, le clou du show est un formidable numéro de claquettes ajouté à un sens aigu du comique, mais sa carrière ne décollera pas en France où la seule Sheila restera Annie Chancel… Cependant, habillées en lavandières, les deux Sheila firent un joyeux medley fort sympathique.

« Salut les copains » est le premier magazine autre que la presse à scandales à afficher à sa une, le couple Sheila & Ringo avec dans son numéro de juin, 8 pages d’un week-end à la campagne, avec pour accroche « Sheila & Ringo, bientôt mariés, pourquoi pas ? » mais même devant l’évidence, Sheila continue à dire que Ringo est un très bon copain et qu’appartenant à la même maison de disques, leurs chemins se croisent automatiquement, Ringo, de son coté, clame partout que la femme idéale pour lui, c’est Sheila…

La presse pour jeunes s’est considérablement développée depuis le début de l’année, « Slc » et « Mat » n’auront bientôt plus le monopole des vedettes, même si leur tirage sera toujours conséquent, il faudra composer avec d’une part « Hit magazine » et d’autre part le fameux « Podium » que Claude François rachètera en fin d’année pour en faire le leader de ce genre de presse. Le magazine « Hit » fête avec quelques mois d’avance le dixième anniversaire de chansons de Sheila en l’invitant à retrouver ses copains musiciens « Les Guitares » pour un reportage exclusif, le même journal consacrera un long article sur la relation supposée entre elle et la nouvelle coqueluche des filles : Ringo et décernera ses oscars, les lecteurs appelés « aux urnes » éliront oscar d’argent : Sheila, tout comme « Slc » qui continue son référendum chaque année en septembre sans se lasser avec la même locomotive : Sylvie Vartan… Bon nombre de mensuels vont apparaître puis disparaître les mois suivants, « Super géant, Super bravo, Tilt magazine, Fleur bleue, Stéphanie… » tout comme les années 60 avaient connues le même phénomène avec « Nous les garçons et les filles, Bonjour les amis ( !), Rallye, Formidable, Moins 20… »

La fiancée du printemps devient l’amoureuse de l’été, après avoir déclaré n’être que d’excellents amis, Sheila et Ringo offrent une invitation pour leur mariage dans « Hit magazine » dans le numéro d’été, voilà que, a peine annoncé, ce mariage fait déjà l’objet d’un concours ! Le couple s’affichera dans les numéros de rentrée de « Slc » avec dix pages sur leur périple en Turquie avec des photos somptueuses et qui ne laisse plus planer aucun doute, et « Mat » dix pages de photos romantiques prises dans la villa de Carrère à Saint-Raphael, avant cela, Sheila , qui ne chantera pas plus que les autres années sur une scène, est affichée pour la nouvelle promo de pub « Rtl » aux cotés d’un quidam au volant d’une voiture avec le slogan « Jamais seul avec Rtl ! « D’autres stars ont également posé de la même façon : Dalida, Sylvie, et  Cloclo pour la version quidam féminin ! Sheila fait un tabac auprès des marins du « Daphné » un bateau qu’elle inaugure lors de l’émission « Vedette en vue » sur France Inter et propose son nouveau 45 tours intitulé « Le mari de mama » adapté d’un hit anglais « Mary’s mama » par le groupe Drama… Dramatique, les paroles, si la mélodie est enjouée et se retient très facilement, l’indigence du texte est tout de même à signaler…Ce qui n’empêchera pas la chanson de se hisser aux premières places et de se faire élire « Disc jockey 72 », ce qui apparemment signifie qu’elle est la chanson la plus jouée en radio… Quelques télés bien enlevées , et Sheila est la grande gagnante de l’été… De plus, pour la première fois, Sheila apparaît de plus en plus blonde, capillairement parlant, cela va sans dire ! et ça lui va plutôt bien…

Pour la rentrée, Sheila fêtera dix ans de gloire, elle compte bien les fêter sur scène puisqu’elle travaille sur un projet avec René Deshauteurs, hélas, une fois de plus, Carrère fera capoter tous les espoirs de Sheila au dernier moment, les raisons invoquées demeurent inconnues mais on peut aisément les deviner… A défaut, Sheila sera une nouvelle fois la vedette de "Cadet Rousselle" où elle soufflera ses dix bougies entourée de Guy Lux, Sophie Darel et Ringo ! Elle pourra interpréter ainsi ses derniers succès en live, mais lorsque l'on sait que la face B de son nouveau 45 tours "Poupée de porcelaine" aux paroles ; cette fois ci ; sensées, s'appelle "L'Olympia", les fans s'interrogent et se demandent si ce n'est pas un signe annonciateur d'une rentrée sur scène, là ou elle aurait du clore sa tournée huit ans auparavant… Las, dans cette chanson, Sheila est amoureuse d'un éclairagiste (!), c'est pour ça qu'elle va voir tous les soirs a l'Olympia, les chanteurs qu'on aime ! Daniel Vangarde  en est l'un des auteurs et tentera de reproduire le succès de "Fernando" trois années avant, en exhumant ses "Los Diablos" qui reprendront la chanson avec le titre "Nina de papa" sans récidiver, on ne peut pas gagner à tous les coups…

La "Poupée de porcelaine" se porte très bien, elle est déjà en tête des ventes, les paroles sont là encore destinées à évoquer la vie privée de la vedette, une déclaration d'une fiancée à son futur mari "Chaque jour m'éveiller et me sentir protégée par ton tendre sourire, tu vas tout m'apprendre, je vais tout t'offrir, vivre pour moi c'est aimer…"

Le 25 novembre 1972, Sheila est fiancée officiellement à Ringo lors d'une cérémonie privée, mais rien ne filtrera, les amoureux ont décidé de se marier, ils pensent au Mexique, pour être certains d'être tranquilles, mais c'est sans compter sur Claude Carrère qui a des idées moins romantiques…

 

Seventies
Chapitre 12

L'heure est au bilan, alors que Carrère devient producteur indépendant, il est le PDG et le distributeur de ses propres disques, il va s'occuper de beaucoup de jeunes artistes, après que Sheila soit restée l'unique vedette maison pendant plus de cinq ans, celle ci signe un nouveau contrat de dix ans, évidemment, nul ne sait, hormis les principaux intéressés, quels en sont les termes, mais  chacune des parties doit y trouver son compte ! En dix années, Sheila a vendu, selon "Paris Match" 18 millions de disques, rapporté beaucoup d'argent grâce aux nombreuses Boutiques implantées en France et à l'étranger, fait du cinéma, "Bang bang" fut un franc succès qui n'eut pas de suite, mais Sheila rêve d'un grand rôle, d'une comédie musicale, est toujours pleine de projets, ceux ci ne verront pas tous le jour…Seul couac : la scène, même si elle affiche ses ambitions à la presse et au public qui n'attend que cela, elle n'a pas le cran de s'opposer à son Pygmalion, peut-être la signature du nouveau contrat était le moment de s'imposer, mais l'homme d'affaires dut se montrer persuasif…

En ce début 1973, Sheila est partout, que ce soit à la télévision, ou à la une des magazines et ce n'est rien comparé au raz de marée que va provoquer cet événement national qui va se dérouler à Paris, dans le 13eme arrondissement, à 13 h ce 13 février 1973, la France marie Sheila ! Enfin, après des années de romance, des semaines où les journaux l'annonçaient, la nouvelle est rendue publique la veille, "France soir" publie à la une "Sheila se marie demain", sur l'antenne de Rtl par la pétillante speakerine , ex-animatrice du Palmarès des chansons : Anne-Marie Peysson…Mais d'où provient cette fuite qui va faire que dès le lendemain, un mardi pluvieux, des milliers de fans et de curieux vont attendre dans le froid hivernal, dès l'aube, la petite Sheila pour la féliciter, et éventuellement revenir avec un souvenir, un confetti, du riz, un autographe, allez savoir, Il ne faut pas être grand clerc pour deviner qui a orchestré cette journée, qui doit être pour les mariés le plus beau jour de leur vie mais qui se révélera une kermesse publicitaire, où leurs nerfs seront mis à rude épreuve !

Les couturières de chez Azzaro où a été créée la robe de mariée savaient qu'elle était destinée à Sheila. Depuis quelque temps déjà, Sheila s'habille chez ce couturier pour ses passages télévisés ; mais les braves femmes pensaient en cousant les dizaines de roses sur la robe et le voile si original qu'il ne s'agissait que d'une tenue un peu particulière pour un show… Pour préserver leur intimité, les bans n'avaient pas été publiés, Sheila et Ringo, en l'occurrence, ce mardi là, Annie et Guy auraient pu espérer un mariage solennel, privé…"France soir" et "Rtl" annoncent dès le matin "Sheila se marie aujourd'hui" et donne les détails, donc selon les forces de l'ordre venues en renfort, il y avait 5 000 personnes, ce qui semble beaucoup au vu des archives de l'Ina qui rediffusent souvent cette page d'histoire qui eut lieu quasiment en direct dans les journaux télévisés de 13 h, les stations de radio diffusaient les chansons du couple toute la journée en boucle notamment "Un jour je me marierai" en alternance avec le déroulement de la cérémonie, ce qui fera dire aux journalistes de "télé 7 jours" qu'à coté le mariage de Grâce Kelly n'était qu'un bal champêtre et celui de la reine Elisabeth une noce de campagne !!!

Les flics allongés sur le capot de la Rolls louée pour l'occasion, les alliances perdues puis retrouvées, le curé de l'église Jeanne D'Arc, là où fut baptisée Annie,  harangue la foule juchée sur les statues, les prie-Dieu, les chaises bousculées…"ces deux enfants ne sont pas ici des vedettes, mais des enfants de Dieu !" et d'écourter son sermon en concluant "Je suis navré de ne pas pu vous marier dans des conditions normales"… La grand mère de la future épousée qui ne trouve pas de place, Sheila qui vacille dans la foule et se rattrape à un quidam et se retrouve une perruque à la main, la mariée qui craque dans la nef de l'église dans les bras de son mari, le policier qui bien involontairement lui met le doigt dans l'œil… "Ce fut tout sauf un mariage", se souviendra Sheila . C'est "Paris Match" qui au passage est l'un des rares journaux à ne pas avoir consacré sa une, qui sera le plus clairvoyant : "En fait, cette journée est le couronnement de l'œuvre de Claude Carrère, lui qui a fait Sheila puis neuf ans après Ringo et qui aujourd'hui les a mariés… Sheila tiraillée, poussée, bousculée, repoussée, assaillie par la foule, en arrive à gesticuler dans tous les sens, la première victime qui se trouve innocemment à sa portée est son imprésario Carrère… Comment n'excuserait-il pas un mouvement d'humeur et s'est-il seulement rendu compte du soufflet qu'il a reçu par hasard ? C'est la première révolte de Sheila. Mariée hâtivement dans une cohue qui ressemblait à une sortie de l'Olympia, l'idole a cessé d'être une enfant prolongée pour devenir une femme…"

Le dîner et la soirée se dérouleront à "La grande cascade" au Bois de Boulogne et l'on y verra du beau monde, les fidèles de l'entourage de Sheila, bien sur, la famille, ses parents et grands parents émus, sa belle famille, et du coté show biz, Guy Lux, Dalida, Mort Shuman, Patrick Topaloff, Claude François, les frères Rouland, Sacha Distel… Plus qu'un mariage, c'était une première, l'histoire ne dit pas si les mariés ont chanté à table, en tous cas, dés la fin de la cérémonie, c'est dans les studios photo de "Mademoiselle Age tendre" que monsieur et Madame Bayle se sont précipités pour poser en tenue pour que le numéro soit bouclé à temps…

Les gros titres des journaux évoquent plus le mariage de Sheila que celui de Sheila & Ringo, "Match" le précise : "Le marié, le prince consort, ahuri, hébété, en dépit de son mètre 86 apparaît six fois plus petit qu'elle…(…) personne ne s'y trompe, c'est le mariage de Sheila, pas celui de Ringo…"..On les voit partout, seuls comme on l'a dit "Match" et "Jours de France" ne donnent pas la couverture à l'événement. Pour Match, on sait que malgré les appels du pied de Carrère, la couverture tant convoitée par tout le show biz, est difficilement accessible pour la petite fille de Français moyen, le groupe Fillipachi était déjà obligé de par la demande des jeunes d'offrir au moins une fois l'an la une à Sheila, alors pour Match, une seule a suffi en août 1963… Les clans continuaient dans les 70's comme les 60's, Johnny et Sylvie étaient les chouchous de Daniel Fillipachi et ramassaient toutes les couvertures,  Sheila et Claude François se contentaient des miettes, certes conséquentes, mais il est vrai que pour une cinquantaine de couvertures de Match pour Sylvie, 4 seulement furent attribuées à Sheila, proportion identique pour Johnny et Cloclo… Ce qui incita ce dernier a créer son propre journal qui en ce début 73 commençait à faire du chiffre : "Podium", et là, lui et sa copine Sheila prenait leur revanche !

Ringo a très peu évoqué ce mariage, contrairement à son épouse, tout juste a t-il raconté à "France dimanche" dix ans après, lors de mémoires diffusées sous forme de feuilleton , leur première dispute au sujet d'un télégramme qu'il avait reçu et le félicitait : "Bravo, tu as réussi, tu es devenu monsieur Sheila !"... Beaucoup plus tard, il reviendra sur sa relation avec Sheila plus en détails…

Le 23 février, soit dix jours après le mariage, Rtl diffuse en exclusivité le duo Sheila & Ringo : "Les gondoles à Venise"… Un duo qui restera unique d'ailleurs et qui bien entendu a une histoire, comme toutes les chansons, sauf que là, il y a deux versions, l'une racontée par l'un des auteurs : Michaèle et l'autre par l'un des interprètes : Ringo. Ce dernier affirme que Michaèle, Paul et Lana Sébastian ont du travailler la chanson en cinq où six jours , enregistrement et mixage compris… Les Sébastian pour la musique et Michaèle pour le texte, co signé par Carrère qui n'a rien fait… "Les gondoles" n'est qu'une toute petite chanson ridicule à coté de "La mer" ou de "My way", mais dans le kitsch , elle est un must ! cette chanson n'a été créée que pour vendre du disque et rapporter du fric… (…) les royalties ont été partagées en parts égales…" Michaèle raconte pour sa part que Lana Sébastian voulait chanter, Michaèle écrivit une chanson évoquant Venise sur une musique de Lana, elle la fit écouter à Carrère qui leur révéla que Sheila et Ringo allaient bientôt se marier et que cette chanson était faite pour eux, Lana qui la voulait absolument pour elle dut capituler. Ces fameuses gondoles firent des petits, car devant le succès phénoménal, et Cloclo et Dalida et Mireille et toutes les stars de l'époque voulurent travailler avec cette nouvelle équipe performante. Michaèle se souvient des frictions entre Sheila et son producteur, elle voulait faire de la scène et lui ne voulait pas, l'éternelle histoire…

Sheila quant à elle, varie selon ses interlocuteurs, à Pascal Sevran , elle confirme que "Les gondoles" est une bonne chanson, et que comme toutes les bonnes chansons , elle traverse le temps", et dans son livre d'entretiens , elle concède à Didier Varrod que cette chanson , "y'a pas plus nul, un monument de ringardise absolue ! "Avec le recul, la chanson est devenue au même titre que "L'avventura" de Stone et Charden, les premiers à avoir ouvert la marche des duos d'amour sirupeux, un incontournable du genre ! suivront Peter & Sloane en 1984 avec "Besoin de rien, envie de toi" qui tenteront de renouveler le genre mais avec les Rita Mitsouko qui arrivaient, ils n'avaient aucune chance de durer, cependant, leur tube fut le premier numéro 1 de l'histoire du "Top 50". "Les gondoles" connaîtrons un gros succès dans les pays Nordiques grâce au chanteur Bart Kaell qui le reprendra en Néerlandais " Duizend terrassen in Rome". Cependant, la version originale du couple Bayle sera classé aux Pays Bas dés le 31 mars dans les hit-parade, ce qui reste exceptionnel.

Sheila & Ringo, elle en robe rose Azzaro avec un cœur pailleté, lui un ensemble vert à clous , pattes d'éph' de circonstance, firent leur "rentrée" télévisée chez l'ami Guy Lux qui lors d'un "Cadet Rousselle" leur fit une haie d'honneur de musiciens, puis le couple fut invité toute une semaine chez Danièle Gilbert et son "Miditrente". A cette occasion, une équipe de télévision Suisse pour l'émission "Temps présent" tourna un sujet sur les idoles du moment et accordèrent une large place au phénomène Sheila, les images font assez froid dans le dos, on y voit dans la coulisse, Claude Carrère tel un Gépetto avec sa marionnette, la fait se déplacer dans le public d'un geste de la main et dans la chanson "Poupée de porcelaine" va jusqu'à lui mimer les gestes qu'elle doit faire !!!

Ce mariage , sans doute, trop médiatisé, fera grincer quelques dents, Henri Salvador en fera un sketch dans son émission dominicale "Dimanche Salvador"; déguisé en Sheila mariée, pas dupe, il brocardera celle ci en faisant allusion à celui qui a tout planifié : Carrère ! L'acteur Philippe Noiret tandis qu'un journaliste de "Ciné revue" lui demandait pourquoi il avait accepté de tourner dans un film aussi vulgaire que "La grande bouffe" qui avait fait scandale à Cannes, rétorqua "et le mariage de Sheila, les gondoles et tout ça, c'est pas vulgaire ? c'est le comble de la vulgarité !" Quant à Coluche, un peu plus tard, il laissera "Les mongoles à Denise"… Des travestis sortiront même un disque intitulé "Les péniches à Sarcelles" en parodiant jusqu'à la pochette du 45 tours, pas de doutes, c'est bien le signe que Sheila est toujours un phénomène de société…

Pendant que "Les gondoles à Venise" sont numéro 1 des ventes, le couple Bayle ne part pas en lune de miel, la construction de leur maison Hollywoodienne commencée en 1971 à Feucherolles, près de St Gemmes dans les Yvelines a pris un sérieux retard, ils ne purent emménager tout de suite, un fâcheux contretemps… Beaucoup de radios, télés, magazines, "Mademoiselle age tendre" les dénudent (jusqu'à la ceinture) en poster, les voilà embarqués à nouveau pour un roman photo de "Télé poche", cette fois ci, Ringo est la vedette à part entière au mêle titre que sa femme, "Top secret" permet aux époux de jouer la comédie, d'ailleurs les magazines les flasheront dans tous leurs états, trop c'est trop…on frise l'overdose de ce couple trop beau pour être vrai…

Que dire ensuite au niveau professionnel, on ne peut qu'énumérer des titres puisque ni l'un ni l'autre n'osent affronter leur producteur tyran, cependant , on murmure que cette situation les arrange bien, ils ont un train de vie de milliardaires, leur maison n'a rien à envier aux demeures somptueuses Américaines. Sheila a tout prévu dans les moindres détails, son ami Michel Sauvage a dirigé tous les travaux pour une maison bien conçue de la cave au grenier, construite comme autrefois, largement ouverte, claire, pleine de soleil, faite pour la joie de vivre et la musique. Ils emménagent à la rentrée après un périple au Maroc pour "Salut les copains" où Ringo se casse le poignet en tombant de chameau et les journaux d'en faire les gros titres…d'ailleurs, chaque semaine, les titres d'Ici Paris et France Dimanche  sont de plus en plus alarmistes "la fin de Sheila et Ringo, le drame etc…"

Après un succès tel que "Les gondoles", pour l'été, Sheila continue à vendre beaucoup avec "Adam et Eve", un titre qui dormait dans un tiroir, retravaillé pour l'occasion selon Jean Schmitt, fortement inspiré du tube de Gilbert O'Sullivan "Get down", Ringo marche fort avec son nouveau titre "Une bague, un collier"... Il a écrit pour la première fois pour son épouse, la chanson de l'autre face "Oh Marie Maria"… L'un des Compagnons de la chanson, toujours en activité, Jean Broussolle auteur à ses heures , offre un "Cœur blessé" à Sheila . La chanteuse populaire Allemande Gitte reprendra le titre et en fera un de ses plus gros tubes là bas "Wo warst du ?", et pour une fois, ce sera la face B qui remportera le tube "Mélancolie", avec un texte particulièrement soigné de Catherine Pankol… D'aucuns pourront trouver étrange la signature de la biographe du président  François Mitterrand pour une chanteuse si peu intellectuelle et pourtant…

C'est par le plus grand des hasards que cette collaboration put exister, en effet, en 1973, âgée de 23 ans, Catherine est alors jeune journaliste à "Cosmo" et doit écrire un papier sur Sheila, elle a rendez vous aux bureaux Carrère, rencontre la vedette et son mentor et par hasard entend la musique originale de ce qui n'est pas encore "Mélancolie", c'est à dire "Mèlody lady", Carrère lui explique qu'ils cherchent un texte en Français et lui lance comme un défi : "pourquoi pas vous ?" le courant étant plutôt bien passé entre les deux jeunes femmes, c'est ainsi que "Mélancolie" se vendit à plus de 400.000 exemplaires, permettant à Sheila de chanter autre chose que des rengaines faciles… Catherine Pankol écrivit deux années plus tard un second texte, encore plus riche "Le bonheur file et roule entre nos doigts" pour une face B, Carrère ne voulant pas trop intellectualiser sa pouliche…Aujourd'hui Catherine est une grande figure du journalisme politique, écrivain renommé…

Dans le même temps, Claude Carrère décide pour les fêtes de sortir les titres de l'année du couple sur un même disque, donc voilà les fans de Sheila obligés en quelque sorte d'acheter l'œuvre du mari et inversement, voilà la politique chez Carrère, comment, après ça dissocier la vie privée et l'artistique, si l'on peut dire ? Ce procédé permet également de faire des économies, six titres chacun et encore, on trouve "Les gondoles à Venise" le seul duo pour ce spécial Sheila-Ringo… Personne ne trouvant rien à redire, le même format sortira pour les fêtes de 1974… Depuis l'avènement du 45 tours deux titres, la production annuelle de Sheila a diminué de moitié, avec une moyenne de 12 titres par an, de 1963 à 1970, le catalogue de la chanteuse était somme toute assez fourni, depuis 1970, Sheila n'enregistre que des 45 tours, alors que ses consœurs Sylvie, Dalida, Mireille sortent parfois deux albums la même année, Sheila assure vraiment un service minimum…

Entre deux séances de photos pour montrer à la France Pompidolienne son éclatante réussite, sa maison, son mari, ses chiens, elle réussit cependant à être invitée dans les shows de ses amis Claude François, avec qui elle ne chantera qu'un seul petit refrain de "Belles belles belles", Sacha Distel avec qui elle reprendra un des succès du "French lover" :"La musique et l'amour", on la verra au cours de ce même show aux cotés de ses amis Stone et Charden et France Gall, alors en chute libre pour un medley des tubes de l'année 73, un pot pourri des succès de Tino Rossi en compagnie de Thierry Le Luron, pour elle ce sera "Tchi tchi" qu'elle rechantera encore lors du "Top à Charles Aznavour" au final avec toutes les vedettes de l'émission rendant hommage à Vincent Scotto et avec le grand Charles lui même, "Le feutre taupé" qu'elle interpréta magistralement en direct… Pourquoi alors qu'elle participait régulièrement aux shows des autres, n'eut-elle jamais droit au sien ? Toujours la même personne qui faisait barrage… Maritie Carpentier raconte dans son livre "Merci les artistes" que plusieurs fois, Carrère déjeuna avec elle et son mari Gilbert, qu'à chaque fois, des dates étaient arrêtées et au dernier moment, il trouvait une excuse…Sheila ne pouvait-elle pas intervenir elle même ? La chanteuse raconte qu'elle finit par les interpeller au début des années 80 "Vous ne devez pas beaucoup m'aimer, je n'ai jamais eu droit à la vedette d'un de vos shows"…Les Carpentier furent ébahis de constater que Carrère ne la mettait même pas au courant de leurs projets éventuels… Bien sûr, dès cette entrevue, les Carpentier lui concoctèrent un show bien à elle, un peu tard cependant, le 9 mars 1984, les années fastes étaient loin derrière, mais le show fut réussi et obtient de très bonnes critiques et un bon audimat. Pourtant, peu avant sa mort, Maritie Carpentier avoua chez Laurent Boyer dans son émission de radio "La tête dans les étoiles" que Sheila n'était pas sa tasse de thé… On la vit cependant au dernier Olympia de la vedette en 2002.

 
Seventies
Chapitre 13

Début 1974, la France ne sait pas encore qu'elle changera de président plus tôt que prévu… Pour la chanson, qui trouve t-on dans les hit-parades et notamment celui de Rtl présenté chaque soir par André Thorrent depuis la rentrée 72 et qui est le baromètre assez fiable du goût des auditeurs, entre celui d'Europe 1, toujours en collaboration avec le hit de "Salut les copains" et ceux plus ou moins influencés des magazines "Hit, Podium, Stéphanie.. etc…", les mêmes têtes reviennent souvent…

Johnny est toujours le King en France, il vient de triompher avec une balade "Noël interdit" attaqué pour plagiat, mais qu'importe, Sylvie vend moins que Sheila, c'est indéniable, mais les années 73 et 74 sont fastes, après le duo conjugal de l'été 73, elle reprend goût aux premières places avec "Toi le garçon, L'amour au diapason, Bye bye Leroy Brown, Da dou ron ron" et a triomphé à l'Olympia avant de faire le Palais des Congrès en 1975..Françoise Hardy est revenue au premier plan grâce à Michel Berger qui lui a composé "Message personnel", France Gall va bientôt renaître grâce au même Berger et sa "Déclaration d'amour"

Dalida triomphe grâce à Pascal Sevran et son "Il venait d'avoir 18 ans" et par les auteurs des "Gondoles" Michaéle et les Sebastian pour sa fresque "Gigi l'amoroso", on trouve Cloclo bien présent avec sa "Chanson populaire, Le mal aimé et surtout son plus grand succès "Le téléphone pleure"… Dans l'écurie Carrère, depuis deux ans, on trouve le Belge Art Sullivan qui enchaîne les succès "Ensemble, Petite fille aux yeux bleus" Carrère a débauché le beau Sacha et lui redonne une seconde jeunesse avec des tubes comme "Quand on a une belle fille, Vite chérie vite" et le petit Roméo, dont les illustres parrains dans la chanson ne sont autres que Sheila et Ringo, avec "Maman, Ton petit amoureux, Juste un petit baiser"... A 13 ans, il est un nouveau Josélito, avant de muer et de se faire oublier comme tant d'autres…

On peut citer les Stone Charden qui vivent leur dernière année de mariage, Mike Brant qui se suicidera l'année suivante, C.Jerome, Michel Delpech, Sardou, Polnareff qui vient de s'exiler à cause du fisc, Jean-Pierre D'Amico alias Santiana qui dirigera plus tard "Nrj"… Fugain et le Big bazar, Véronique Sanson, aux States elle aussi, mais par amour…

"Salut les copains" offre une nouvelle une à Sheila en Février , alors qu'elle vient de fêter son premier anniversaire de mariage avec Ringo, qui lui a offert un adorable Montagne des Pyrénées appelé If… Quant à elle, c'est une Cadillac qu'elle offre à son époux. Mais le reportage à l'intérieur de ce numéro laisse songeur…

"Et si c'etait le tour de Sheila ?" propose sur une dizaine de pages ce que serait un Olympia de Sheila, avec heure par heure, le détail des angoisses de la chanteuse, morceaux choisis : "20 h : Olympia : la loge de Sheila, a été tapissée de satin rose, il y a quatre corbeilles de fleurs absolument superbes dans l'entrée, lumière tamisée, table de maquillage, l'un des murs est entièrement tapissé de télégrammes (…) 21 h : bousculade dans le hall de l'Olympia, trois cars de flics bloquent la rue Caumartin.

Deux mille personnes sont entassées sur le trottoir de l'avenue des Capucines (…) 21 h 45 : catastrophe, environ trois cent personnes ont rompu les barrières de sécurité et sont entrées dans la salle (…) il n'y a plus un seul strapontin de libre, les gens s'assoient par terre, au premier rang, trente photographes, on peut distinguer aux meilleures places : Omar Sharif, Jacques Chazot, Aragon, Johnny et Sylvie, Delon et Mireille D'Arc, Mireille Mathieu sans Johnny Stark, Patrick Juvet, Eddie Barclay, Sacha Distel…

C'est le plus beau parterre de l'année, c'est aussi la première la plus attendue depuis dix ans, au balcon, plusieurs centaines de môles scandent le nom de Sheila… 22 h : Sheila fait les cent pas, Mémé lui apporte une bouteille d'eau, Ringo est tendu, nerveux, irascible... la première partie se déroule  22 h 45 : Sheila est prête, un peu livide, sous le maquillage, mais prête ! c'est la première fois qu'elle monte sur scène depuis neuf ans !

Quelques huiles viennent la féliciter, elle sourit, Mémé s'affaire, Carrère réclame le calme…23 h La salle est bourrée, aux aguets, murmurante ! Le décor est étincelant; romantique. On dirait un jardin exotique dessiné par Peynet. Des pinceaux lumineux font vivre les fleurs et les plantes semblent frissonner dans leur corps de polyester.

L'orchestre est habillé en oiseaux, suspendus dans une nacelle baobab, les musiciens jouent un pot pourri de Sheila dans ruine couleur très Vivaldienne. Et Sheila arrive ! Smoking blanc, avec queue de pie et grand col en strass, tenue insolite, déroutante! Cascade de chansons, des tubes que la foule reprend en chœur, Sheila se meut sur scène comme si elle faisait ça chaque jour de sa vie , surviennent des danseurs en queue de pie, c'est un ballet qui se forme, techniquement parfait. Sheila est une danseuse née , une meneuse de revue. Seule Liza Minelli enthousiasmerait une salle en aussi peu de temps.

Le show se déroule en une série de tableaux brillants et très variés. (…) Sheila disparaît coté cour et revient coté jardin, vêtue d'une longue robe de tulle bleue ciel pour interpréter ses chansons les plus tendres. Le rideau tombe pour laisser place à un écran géant de projections. Trois minutes plus tard, Sheila réapparaît, justaucorps de danseuse, plastron de strass et bas résille, elle danse, elle danse…les ballets d'Arthur Plasschaert explosent à ses cotés. Les tubes s' égrènent…

Autre tableau, Sheila arrive à la manière des "Love machine", pantalon rouge, soutien gorge rouge, bracelets d'or aux bras retenus par des chaînettes…dix danseurs l'accompagnent pour un ballet dur, pur et violent…Sept chansons inédites en tout ! (…) le final sera grandiose, elle interprète ses principales chansons à la manière des Brésiliens, on se croirait au carnaval de Rio…(…) Ovations, la foule n'en peut plus de délire.

C'est l'apothéose… 1 h : Sheila est sortie par une porte dérobée et s'est engouffrée dans une longue Limousine bleue, celle de Claude Carrère. Elle pleure. De joie. Pendant trois semaines, elle sera la vedette de l'Olympia…et elle appartiendra à son public. Mais cette nuit est à elle, dans un restaurant chic de la rive gauche, une table somptueuse l'attend. Au centre, un énorme bouquet de roses rouges et ce petit mot : "Bravo Annie; bravo Sheila, tu es divine signé Ringo"  

Sheila s'est donc prêtée à ce jeu , avec bonheur pourrait-on croire, mais l'article est tellement réaliste qu'on ne peut imaginer qu'il en ait été autrement… Comment après avoir participé à une telle mascarade, Sheila n'a t-elle pas exigé de son producteur qu'il lui offre enfin ce dont elle a droit depuis si longtemps… D'autant plus qu'on le sait maintenant, Sheila et Ringo ont été approchés à l'époque par une grande maison de disques dont le dirigeant Jean-Claude Pélerin proposa une grosse somme d'argent au couple pour les signer, la condition était alors d'embarquer Mémé Ibach dans l'aventure afin qu'il continue a s'occuper d'eux, mais ce dernier eut quelques scrupules à quitter celui qui l'avait "fait" en quelque sorte, et surtout de lui "piquer" ses deux stars maison, une trahison que ne lui pardonnerait sans doute pas le métier, finalement Mémé qui désirait depuis longtemps devenir le producteur d'une chanteuse, rencontra une certaine Isabelle Morizet, une jeune fille de la campagne dont on allait beaucoup parler dans les années suivantes… Sheila et Ringo déclinèrent eux aussi l'alléchant projet, Ringo put cependant prendre ses distances avec Carrère en créant sa propre écurie "Formule 1" et Sheila revint gentiment auprès de son Claude adoré qui ne lui permit pas pour autant de monter sur scène...

C'est dans l'émission "Taratata" de Jacques Martin ; dont Nagui empruntera le titre quelques vingt années plus tard ; que le couple Bayle souffle sa première bougie de mariage, l'occasion de chanter l'un et l'autre en "live" leurs derniers succès… Le bilan de l'exploitation des "Boutiques Sheila" est déposé, un responsable est parti avec la caisse, comme le dira Sheila elle même, c'était jusqu'alors une affaire rentable qui aura duré une dizaine d'années et permis aux parents de la chanteuse de vivre en attendant la retraite. Le bonheur du couple paraît parfait, Sheila apparaît toujours avec une clé porte bonheur autour de son cou, elle enregistre un nouveau titre écrit par l'équipe des "Gondoles" le trio Michaèle, Paul et Lana Sébastian : "Le couple", une chanson plus mûre, dans la lignée de "Mélancolie", la chanson se retrouvera classée n°1 dans les hits mais ne demeurera pas un "gold", ce qui incitera Carrère dés le disque suivant à changer à nouveau son fusil d'épaule.

 Celui qui attire l'attention en ce printemps 74 c'est Ringo qui pour sa première production "Formule 1" sort un titre étonnant "Tentation", entièrement réalisé avec sa voix utilisée comme un instrument de musique, à la manière de Polnareff quelques années avant avec sa "trompette". Le résultat est surprenant et fait un carton, pour la promo, Ringo  a ajouté des paillettes à son costume de scène et chante juché sur une voiture de course "Formule 1" évidemment !  Sheila de son coté utilise beaucoup le petit écran, on la voit en vedette lors de la dernière trouvaille de Guy Lux : "Domino" le 8 avril ou elle interprète en live ses récents succès et pour l'occasion, "Allume ta radio" devient "Allume ta télé" devant un studio 102 en délire, les occasions sont si rares d'applaudir Sheila en direct ! Elle participe dans la foulée à une émission jeu de ses copains  Jacques et Jean-Paul Rouland "Le défi" et fait montre de beaucoup d'humour et de répartie, ce qui lui vaudra par la suite de participer souvent à ce genre de prestations où elle ne chante pas. C'est en perruques bouclées que l'on retrouve deux Annie , le 14 avril pour un "Top à Annie Cordy" avec un swing  :"Daisy" un duo très réussi. Les deux vedettes resteront amies, Annie Cordy sera l'une des rares à lui rester fidèle lors des tempêtes…

Les mois défilent, c'est déjà l'été, le président Pompidou est mort en avril et Valéry Giscard D'Estaing est élu nouveau président de la république en mai. "Télé poche" publie le nouveau roman photo tourné il y a quelques mois, tandis que , inlassablement, sans surprise, sort une nouvelle galette de Monsieur et Madame Bayle… Pour lui, un demi succès "Accepte moi" , un retour à la tradition après une "Tentation" auréolée de gloire, on trouve pourtant en seconde face, un titre original "Erotisme conjugal" que n'aurait pas renié Herbert Léonard quelques années plus tard ! Sheila n'enregistre toujours que le strict minimum, "Tu es le soleil" et "Non chéri" deux compositions du même trio infernal, pour la promo, Sheila apparaît très sexy pour la première fois depuis longtemps, exit les tenues Azzaro, bonjour le soutien gorge et pantalon pattes d'éph', pailleté fuchsia, comme il n'y a pas de petites économies, la tenue et la seconde version en bleu, plus couverte, resserviront l'année suivante pour le terrible "Quel tempérament de feu" !!! Comme prévu, c'est pour Sheila le retour à la chanson plus légère, pour l'été, son soleil fait un malheur, Carrère a toujours raison !

Du 6 au 22 juillet, c'est enfin la lune de miel pour les Bayle qui s'envolent au soleil de la Martinique en compagnie de leurs amis Fabrice, qui est l'animateur de "La case trésor" sur Rtl et qui deviendra célèbre en tv grâce à "La classe" de Guy Lux après avoir été l'empereur (son surnom) de Rtl radio (la première version de "La valise Rtl" c'est lui)  et Rtl tv (Les quat'z'amis…) accompagné de sa jeune femme, Leila, une danseuse des ballets d'Arthur Plasscheart que l'on a souvent vu dans les shows des Carpentier… Elle restera une amie fidèle pour Sheila. Ce voyage de noces à retardement est l'objet de reportages photographiques dans tous les magazines, même au bout du monde, il y a toujours un objectif commandé par celui qui curieusement n'a pas accompagné son couple vedette… C'est pourquoi, un peu libres, c'est dans ce décor enchanteur que le couple prépare une grande surprise pour dans neuf mois…

 
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