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Seventies
Chapitre 14

Alors que débute la promo de leur nouveau 45 tours, "Remets ce disque" pour Monsieur et pour Madame, un titre pour le moins singulier "Ne fais pas tanguer le bateau" du trio Michaèle, Paul et Lana Sebastian devenus incontournables… Sheila annonce fièrement qu'elle attend un heureux événement pour le printemps. Le public s'impatientait, le voilà rassuré, la future maman n'en assure pas moins les nombreuses émissions de radio et télé du moment, notamment une semaine entière à parler layette chez Danièle Gilbert et une magnifique prestation en Azzaro pour la dernière née des "Guyluxeries" : "French cancan", une émission qui n'obtiendra pas le succès escompté. Sheila et son époux posent pour une série de photos très glamour avec l'Italien Giancarlo Botti, une Sheila mise en valeur dans une robe verte signée Loris Azzaro , de toute splendeur.

"France dimanche" rencontre tout d'abord la future maman chez elle à Feucherolles, bien que ce journal soit à l'origine de "la rumeur", elle n'en répond pas moins aux questions de Camille Gilles, il décrit la vedette, portant le masque de la future naissance en précisant que cela la rend encore plus belle… A ses cotés, le futur papa entourant sa femme de mille précautions, mille attentions, tachant de prévenir à l'avance ses moindres désirs… "Mama me fait peur" lâche –t-il discrètement…(Mama est le petit nom qu'il donne à Sheila, "Le mari de Mama, c'était donc lui ! Sheila avoue être prête maintenant à tous les sacrifices pour son enfant, elle arrête tout pour se consacrer uniquement à "lui" "Je vais d'abord suivre une longue cure de repos, rester allongée le plus longtemps possible, me fatiguer le moins possible, suivre les indications de mon médecin". Le journaliste lui demande pourquoi elle parle toujours d'un garçon lorsqu'elle évoque le futur bébé : "Pourquoi ? mais parce que je sais que ce sera un garçon". Lorsqu'il évoque le futur parrain, Sheila dit que ce sera une surprise, tout le monde s'attend à ce que ce soit Claude Carrère… Elle veut ensuite donner un prénom composé de treize lettres (!) veut donner le sein. Elle a très peur de l’accouchement, termine par cette déclaration : "S'il le fallait, si j'y étais obligée, oui j'abandonnerais tout pour lui, je veux être une mère avant d'être une vedette ! j'ai connu depuis quinze ans que je fais ce métier beaucoup de joie, mais la naissance de…(j'allais me trahir et te dire son prénom) c'est pour moi, ma plus belle réussite, ma plus grande joie, il ne sera pas l'enfant de Sheila mais celui de Mme et M.Bayle".

La presse ne parle plus que de ça, même "Paris match" qui ne lui a offert qu'une couverture à ses débuts, fait sa une avec Sheila au tricot : "J'attends un enfant par Sheila"... C'est Catherine Pankol dont on a déjà parlé qui écrit l'article : "Quand une future maman attend un heureux événement c'est toujours un grand moment. Quand cette future maman figure au hit-parade, est une valeur marchande du show-business, a vendu près de dix millions de disques est sacrée reine de la rengaine et se nomme Sheila, alors là l'heureux événement atteint des dimensions nationales, et surtout quand l'époque célèbre davantage la liberté de conception ou l'avortement que la maternité. Sheila va accoucher. Et ce sera sans doute, pour les historiens qui se pencheront plus tard sur l'histoire de notre temps, l'occasion d'étudier ce qui est, à sa manière, un phénomène social. Mais l'impression que donne Sheila est celle d'un bonheur ébloui et simple". La journaliste a posé sa main sur le ventre de la vedette enceinte de six mois. Elle "le" porte en avant, tout droit et très bas. Comme un garçon!… Pankol évoque alors le soleil de la Martinique où a été conçu l'enfant, les accusations d'une "certaine presse" qui l'accuse de se faire de la publicité ! "Parce que je refuse de faire des photos, on me soupçonne de porter un coussin sur le ventre"… Il est vrai que la mode n'était pourtant pas de poser le ventre rond à l'air comme le firent dix ans plus tard des stars comme Demi Moore ou encore Lio qui a chanté à l'Olympia le ventre nu, quasiment en fin de grossesse...

Le futur papa qui appelle sa chérie "Maman phoque" parce qu'elle a pris cinq kilos et ne veut pas en prendre plus des dix réglementaires… La conclusion de l'article est très belle : "Rien ne résiste à une jeune femme au cœur pur…"

S' il est vrai que pour Sheila , c'est une période idyllique, elle rayonne, elle pose fièrement devant la layette de Ludovic ou Stéphanie, elle pose avec Ringo et leurs chiens devant la cheminée dans leur maison de rêve, un rêve qui va se transformer en cauchemar. Tout d'abord, comme elle devait s'y attendre et bien qu'ayant joué le jeu au début, la presse à scandales va aligner les titres chocs, de plus en plus lourds chaque semaine, ce sera " Sheila tricote, des jumeaux pour Sheila, Sheila et son bébé cruellement agressés, le mystérieux voyage en Suisse de Sheila…" Les articles reprennent les pires rumeurs qui circulent à nouveau, et de façon plus agressive encore que dix ans plus tôt, Sheila est donc porteuse d'une poche d'eau greffée sous la peau, elle a acheté son bébé en Suisse, dans les cocktails, on rencontre des gens informés de "source sûre qui confient : "Non Sheila n'est pas enceinte, il lui est impossible d'avoir un bébé"… Une grande vedette connue (sur le déclin, il est vrai) affirme froidement : "Je connais très bien le gynécologue qui a opéré Sheila, puisque c'est lui qui me soigne, c'est de lui que je tiens le renseignement " Sheila reçoit des appels anonymes "Je sais que vous ne pouvez avoir d'enfant, ma sœur est l'infirmière qui vous soignait quand vous avez été opérée…" et les facultés de médecine de ressortir les vieux professeurs qui ont tous opéré Sheila et qui soutiennent des thèses sur le "cas Sheila"…etc…etc…

Ces histoires que Sheila pensaient reléguées dans les méandres du passé la fragilisent terriblement, elle enregistre son prochain disque assise dans le studio de Bernard Estardy qui relate la scène attendri : "Elle a enregistré "C'est le cœur" assise les pieds relevés, elle fondait en larmes toutes les cinq minutes, elle était très émouvante"… précisant que cet enregistrement est le meilleur souvenir de ce studio et ajoute même "J'ai touché le ventre de Sheila enceinte et je peux vous assurer qu'elle ne portait pas de coussin !"

Sheila raconte que malgré les apparences, son couple a commencé a se disloquer à ce moment là, Ringo devenant de plus en plus volage, pourtant elle pardonna à son mari, …Concernant les rumeurs, jamais Ringo n'a défendu son épouse, ce qui chagrinait la future maman, si sensible et loin d'être épargnée…

Au niveau professionnel, son dernier enregistrement "Ne fais pas tanguer le bateau" figure toujours en tête des hit-parades, avant que ne sorte en mars et sans promo télé le fameux "C'est le cœur (les ordres du docteur)" repris à Carol Douglas "Doctor's order's" qui préfigure l'ère disco et qui sera un tube pour les deux vedettes de chaque coté de l'Atlantique. Ce succès discontinu n'empêche pas Claude Carrère de prendre peur pour son porte monnaie, et si Sheila, qui aura bientôt trente ans, mariée, mère de famille ne plaisait plus aux jeunes ? Alors pendant la retraite de la chanteuse, il assure ses arrières en produisant la jeune Julie Bataille qui n'a que quinze ans, la moitié de l'âge canonique de Sheila et lui fait chanter, curieusement, un titre portant tout comme "L'école est finie" il y a douze ans, sur l'éducation nationale"Pas besoin d'éducation sexuelle" tout un programme qui marche très fort, le thème osé mais dans l'air du temps, arrive à point nommé, au moment où Simone Veil a fait voter la loi pour l'avortement, qu' "Emmanuelle" et maintenant "Histoire d'O" de grands classiques de la littérature érotique triomphent au cinéma et que les films pornographiques envahissent les salles de cinéma… Les prestations de la jeune fille sont convaincantes et pour cause, elle adopte les gestes et les mimiques de la star… Mais Carrère a lancé Julie Bataille pour une autre raison, on se souvient des velléités de Mémé de voler de ses propres ailes, il a donc découvert, on s'en souvient, une jeune Isabelle, fan de Sheila, comme par hasard… Fin 1974, sort le premier 45 tours d'Isabelle sous le pseudonyme de Carène Chéryl…un pseudo trouvé en assemblant des porte-clés portant des prénoms féminins, reprenant la méthode qui a fait d'Annie une star, Ibach la transpose sur Carène…

Là où Annie avait été rajeunie d'une petite année, Isabelle gagne carrément trois ans, puis c'est le discours de la jeune vedette qui est travaillé, toujours positive, souriante, pratiquant le tutoiement, reprendre le prénom de l'animateur ou du journaliste en face, faire copain copain, voilà le savoir faire du tandem Carrère-Ibach , qui fera grimper la jeune Carène Chéryl aux sommets des hit-parades… Jean Schmitt, parolier quasi attitré de Sheila est embauché pour écrire pour Carène, mais quand Ibach quittera le boss avec sa protégée, il fera une crise de jalousie telle que Schmitt renoncera très vite a poursuivre une collaboration sous son nom et prendra un pseudonyme : Paul Ansas !!! Carène va enchaîner les tubes "Garde moi avec toi, Ma vie n'appartient qu'à toi, Aimée ou amoureuse" et un premier album chez Carrère, production Ibach rien qu'en 1975. Sheila avouera plus tard n'avoir trouvé pas très joli joli le comportement de ses deux protecteurs qui voulaient finalement la remplacer par des jeunettes… Bien évidemment, Carène est une copie conforme de Sheila. En 1983, le journal "Gai pied" interroge la chanteuse sur ce qu'il appelle une trahison : "Je lui ai appris son métier (à Mémé) il est devenu ce qu'il est parce qu'il a travaillé treize ans avec moi, et il a donné, sans être très original, treize années de mon travail à une autre. C'est plutôt flatteur d'être imitée, c'est plutôt dommage pour les gens qui imitent car on n'arrive jamais à faire deux fois la même chose. Ca m'est égal mais c'est un peu agaçant de voir quelqu'un qui chante en Anglais lorsqu'on chante soi même en Anglais, qui a une queue de cheval lorsqu'on a une queue de cheval et qui met un bandeau dès qu'on en porte un ! " Dont acte.

Rtl annonce d'ailleurs que la relève de Sheila est assurée : "Vous connaissiez Sheila, maintenant on a super Sheila ! " et d'annoncer Julie Bataille…Celle ci n'aura guère le temps de savourer son succès, après un second 45 tours "La petite minette" dont  la pochette même en évoque une autre de Sheila, elle ne fera plus que quelques enregistrements avant d'être lâchée, à moins qu'elle n'aie supporté la dictature "éclairée" de son mentor… Carène quant à elle devra affronter avec son Pygmalion les foudres de Carrère n'acceptant pas cette trahison en leur mettant des bâtons dans les roues en faisant du chantage a quelques magazines et autres émissions de télé, les prévenant ainsi qu'ils devraient choisir, Sheila ou Carène…

Cette dernière fit pourtant une année exceptionnelle en 1976 avec "Samedis, dimanches et fêtes, Ne raccroche pas je t'aime" avec des chorégraphies pailletées, fortement inspirées… reprenant même "Mamma mia" du groupe Suédois Abba (qui a explosé en remportant le grand prix du concours eurovision de la chanson en 1974)  avant de connaître un an et demi d'insuccès et repartir grâce au disco, métamorphosée littéralement physiquement et jusqu'à l'orthographe de son nom d'artiste, Carène devenant Karen, puisque la sexy star chante en Anglais "Sing to me mama"

Pourtant, Ibach assure qu'au début, pour ne pas froisser Carrère, il cherchait une antithèse de Sheila, une sorte de Mireille Mathieu… Ibach précise qu'il fut très fier de sa découverte, car il a pu montrer à Carrère qu'il avait pu réussir, sans lui… L'histoire se termine mal entre Ibach et Carène, après avoir cartonné dix ans et se payer le luxe en 1983 d'être classée chanteuse numéro 1 dans le référendum du journal du même nom, Karen qui ne fera jamais de scène non plus veut devenir actrice dans une superproduction co-produite par des Américains, le film "J'ai rencontré le père Noël" sera un tel fiasco partout, de par sa mièvrerie que des associations luttant contre l'abrutissement des enfants au cinéma, lancera des pots de peinture verte sur les écrans diffusant ce navet, Ibach avait conseillé à Karen de refuser le scénario, il y eut procès, fâcheries puis réconciliation mais Karen, malgré quelques timides succès discographiques se perdra dans l'animation d'émissions enfantines, une pièce de théâtre qui ne trouvera pas son public, une série d'une niaiserie insupportable "Les filles d'à coté", elle ne retrouvera son heure de gloire qu'en présentant une émission interactive "Hugo délires" avant de se renier et de reprendre son vrai patronyme : Isabelle Morizet et de devenir une animatrice sur l'antenne d'Europe 1 depuis une dizaine d'années et d'en épouser le directeur… Quant à Ibach, il se consolera en faisant chanter sa belle fille Douchka, fille de Pascale Petit et de Gianni Esposito en en faisant un "mix" de Sheila et Karen…

"C'est le cœur" est le premier disque que Claude Carrère confie à une nouvelle collaboratrice chargée de la promotion : Annie Markhan, qui est loin d'être une inconnue, puisqu'elle faisait partie des "Gam's" qui eurent quelques succès dans les sixties avec notamment "Il a le truc", des tournées avec Claude François, Sylvie Vartan avant de travailler pour Eddie Barclay et de se retrouver début 1975 chez Carrère qui lui demande de s'occuper de Christian Delagrange alors très en vogue et concurrent direct de Mike Brant… Comme c'était Mémé Ibach qui gérait la carrière de Delagrange, Annie travaille donc au début avec lui. Ibach lui demande alors de l'aider pour la promo de Carène Chéryl. Annie raconte que les tensions étaient palpables à cette époque… mais désirant prouver à Carrère de quoi elle était capable, elle réussit l'exploit de faire diffuser "C'est le cœur" pas moins de six fois sur l'antenne de Rtl le jour de sa sortie… Carrère, bluffé fera de cette Annie là, l'attachée de presse de l'autre Annie..

Peu avant l'accouchement, Sheila est donc dans une période assez difficile, devant son mariage qui s'effrite, les médisances des jaloux, son producteur qui ne pense qu'au profit, mais elle garde un public qui ne la trahira pas…

 

Seventies
Chapitre 15

Le 7 avril 1975 à quatre heures du matin ce lundi vient au monde l'enfant tant attendu et tant fantasmé, Ludovic Bayle, fils de Sheila et Ringo… Sheila maman fait l'ouverture du journal télévisé (tout comme son mariage l'avait fait) et une équipe d'Antenne 2 ira filmer le bambin et ses heureux parents à la clinique Spontini à Paris dans la chambre 41… Ringo avait réservé dans quatre cliniques différentes pour brouiller les pistes, c'est le dimanche au soir que Sheila a ressenti les premières douleurs. L'accouchement fut difficile, sans péridurale, le bébé se présenta par le siège, mais quelques heures éprouvantes après, Sheila pouvait accueillir cet enfant si désiré… trois kilos, cinquante centimètres, Sheila s'extasie  :"Il est beau comme Ringo, il a son front, sa fossette sur le menton, une bouche en cœur, de longues jambes, il fronce le front dés qu'il est de mauvaise humeur, ce sera un fonceur, je suis ravie, je déteste les gens mous…"

C'est Catherine Pankol qui écrit l'article pour "Paris Match" qui consacre sa une au trio familial : "Au moment où l'avortement est libre, Sheila relance le mythe de la maternité et paralyse la presse et l'opinion sur un bébé de quelques jours"… C'est vrai que rares seront les journaux à ne pas mettre en couverture la maman et son bébé, occultant souvent le papa qui a l'air de faire "la gueule"… même si sa femme a promis d'appeler le petit garçon : Ludovic Ringo Junior… Ludovic est le prénom du grand père du chanteur, sans savoir que la situation familiale évoluera tellement mal qu'il regrettera cette décision quelques vingt cinq années plus tard… Mais pour l'heure, Sheila ne pense plus qu'à son enfant, peu lui importe les rumeurs toujours aussi virulentes, les sage femmes de la clinique qui ont été soudoyées et malmenées par des journalistes prêts à débourser des sommes folles pour qu'elles avouent que Sheila avait en réalité acheté son enfant ! Sheila a d'ailleurs pris soin de faire filmer par le papa la naissance de leur fils, "Ainsi, il saura vraiment de qui il vient"… Evidemment, la bêtise humaine n'ayant pas de limites, des bruits circuleront bientôt affirmant que le film est truqué…

Ludovic commence sa vie à la une des magazines, pire encore, il est en poster dans "Hit, Mademoiselle Age tendre" les premiers jours, puis photographié dans sa chambre où des caméras de surveillance ont été placées pour entendre sa respiration, au biberon, au change, tout cela après avoir été l'objet d'un concours pour "Podium, devinez le futur prénom de l'enfant de Sheila et Ringo et gagnez une moto !" ou encore dessiné pour "Hit" un mois avant sa naissance en mélangeant les portraits de ses parents alors qu'ils étaient enfants !!!

Et Carrère qui aurait proposé au couple d'enregistrer dés que possible un titre avec le bébé ! Au secours ! Ringo réagit très mal, Sheila déclare alors que par respect envers le public, elle a autorisé les photos des premières semaines de l'existence de son fils, qu'il y en aura peut-être pour son premier anniversaire mais qu'après, ce sera terminé. Elle tiendra parole.

En attendant, "C'est le cœur" a dépassé les 400.000 exemplaires, depuis la naissance de Ludovic, il se vend jusqu'à 15.000 exemplaires par jour, le disque de Ringo "La rupture"  (prémonitoire ?)par contre n'est pas un grand succès, les tensions dans le couple reviennent, le bébé ne les aura rapprochés que le temps de poser pour les biberons…Le public ignore tout de ce que vit Sheila alors, RMC l'a élue femme de l'année, sa côte d'amour est plus que jamais au beau fixe, mais elle ne sait pas si elle arrivera à sauver son couple… Celui-ci se retrouve pourtant pour sa rentrée après l'événement sur les ondes de Rtl à Clermont-Ferrand où il peut jouir de sa popularité ! Un raz de marée humain attend le couple star, des émeutes dans la foule qui attend depuis des heures leur apparition… Rtl multipliera ce genre d'opérations durant ces années, par le biais des émissions de Sam Bernett et son "Super club", "La grande parade" de Michel Drucker et bien d'autres qui seront inclues dans les fameuses "Bulles Rtl" qui sillonneront bientôt la France, chaque fois qu'ils en seront les invités, le couple Bayle déclenchera l'hystérie… Imaginons alors ce qu'aurait été un vrai spectacle !

En juin, c'est la rentrée télévisée de Sheila et accessoirement Ringo qui continue à accompagner partout sa femme, là il présente une curieuse chanson très "bastringue" : "Rossana" qui, bien que matraquée partout, n'obtiendra qu'un succès d'estime, alors qu' "Aimer avant de mourir" de son épouse sera l'un des tubes de l'été. Adaptée d'"Aria" un standard Italien de Dario Baldan, c'est une chanson à part dans le répertoire de Sheila, le texte est signé Claude Carrère qui fut, pour le coup, plutôt bien inspiré "S'envoler et ne plus penser… faire de la poésie, sans jamais s'arrêter.." Une très belle chanson, enregistrée comme toujours avec Bernard Estardy qui n'avait qu'une peur, que ses "machines" ne tiennent pas la route quand elle montait dans les aigus ! Pour la première fois, Sheila évoque la mort dans une de ses chansons, est-ce sa récente maternité ou l'approche de ses trente ans ou simplement un cadeau offert par Carrère qui aurait enfin compris que les couettes de sa protégée sont bien loin désormais….

Le 45 t marche fort et ce, malgré la rude concurrence des tubes de cet été : "L'été Indien" de Joe Dassin ,qui sera sa plus grosse vente, "Dis lui" de Mike Brant adapté de "Feelings" de Morris Albert qui avait plagié un titre de Loulou Gasté "Pour toi" interprété par Line Renaud, le testament discographique de Mike qui s'est défénestré le 25 avril, parmi les rares vedettes qui assistèrent à la cérémonie d'adieu à la synagogue de Paris : Sheila et Ringo…

Le groupe "Il était une fois" et leur ravissante chanteuse Joelle et leur immortel "J'ai encore rêvé d'elle", et pour l'international, le "I'm not in love" de Ten CC et surtout "Sister Jane" de Taï Phong dont le jeune chanteur n'est autre que Jean-Jacques Goldman qui débutera sa carrière solo six ans plus tard avec le succès que l'on sait. Comme chaque année, le couple Bayle passe le mois d'août sur la côte d'Azur, Sheila se déclare si heureuse pour ses premières vacances à trois, elle ne sait pas encore qu'il n'y en aura plus beaucoup ! La rentrée 1975 est celle de sa rivale de toujours : Sylvie Vartan qui loue le Palais des congrès  et réussit son pari d'y tenir un mois dans un show gigantesque, de quoi donner des envies à Sheila, qui d'un journal à l'autre varie dans ses projets, dans "Ciné revue" : "La scène ne me manque pas, pourquoi alors qu'avec la télévision, je peux attirer deux ou trois millions de gens irai-je sur scène en toucher beaucoup moins ?" dans son journal , répondant à une fan "Il n'est pas question que j'abandonne la scène, comme l'ont écrit les journaux cet été, au contraire, j'ai la ferme intention d'y remonter…"  

La première déclaration provient sûrement des bureaux Carrère, l'autre refléterait plutôt les aspirations de la chanteuse qui doit continuer à se contenter de n'être que l'éternelle invitée des têtes d'affiche des shows Carpentier, Sacha Distel avec qui elle chante le duo des mariés, Enrico Macias dans une interprétation personnelle de "Paris tu m'as pris dans tes bras" devenu "Ringo, tu m'as pris dans tes bras", il faut dire que Ringo est toujours invité en même temps, ce qui leur permet d'interpréter quelques sketchs comme "Les plaisirs démodés" avec Sacha ou une variation sur "La femme de ton ami" avec Enrico… L'automne 1975 permet à Sheila de se défouler un peu avec son nouveau titre , très dansant "Quel tempérament de feu" adapté de "I'm on fire" du groupe Crazy people dont la chanteuse se nomme Tina Charles et se fera connaître en solo avec son fameux "I love to love" en 1976 et qu'elle reprendra dix ans plus tard avec un succès tout aussi grand. L'intro de la chanson est directement "pompée" sur le "Black is black" qu'avait repris Johnny en "Noir c'est noir". Sheila remet pour l'occasion ses deux tenues sexy de "Tu es le soleil", ce qui fait dire dans les colonnes d' "Ici Paris" non sans perversité qu'elle a retrouvé son ventre aussi plat qu'avant sa grossesse… Sheila exhibe son nombril, certes mais pour un certain public, il est nécessaire de prouver qu'elle a enfin mûri mais le premier à convaincre n'est-il pas son producteur qui l'enferme dans une routine assassine ?

Sheila enregistre cependant quelques inédits pour son 30 cm annuel, Carrère a abandonné l'idée de coupler les chansons conjugales, donc Sheila a droit enfin à de la nouveauté, puisque le tempo disco (que l'on ne nomme pas encore ainsi) plait et lui va bien, il dégotte une nouvelle adaptation du même ton que le tempérament de feu, ce sera "Nobody loves me, like you do do" que chantent Jeanne Burton et Claujda Barry ("Dancin' shoes "en 1979) séparément, transformé en "Personne d'autre que toi" qui bénéficiera d'une version longue distribuée au Canada, un titre entraînant où l'on retrouve les Sébastian et Michaèle aux commandes "Aucune montagne, aucune rivière", le trio a également signé cette jolie ballade "Laisse toi rêver" que l'on retrouve et dans l'album et en face B de "Quel tempérament de feu", le troisième inédit n'est autre que la chanson d'André Pascal : "Glory alleluia" qu'elle interprète d'une voix claire et puissante, certes moins que la version de Nicoletta , sortie un an avant et qui donna lieu à une bagarre serrée entre Carrère et la maison de disques de Nicoletta qui l'emportera finalement et en fera un succès. Ringo , lui chante "Fille sauvage, "toi mon amour défendu…" aux ventes modestes, comme pour conjurer le sort, Carrère sort une double compilation de Sheila dans un album qui s'ouvre sur des photos et une phrase les résumant : "Toute la vie de Sheila, son mari, son enfant, sa maison et ses chiens"...

Pour fêter le dixième anniversaire de la création de son "Palmarès des chansons" , Guy Lux convie tout le show biz pour une émission spéciale où chaque artiste doit interpréter la chanson préférée de son répertoire, Sheila dans une robe Azzaro, magnifique, choisit celle qui le restera longtemps : "Aimer avant de mourir" qu'elle mettra à chacun de ses concerts bien des années plus tard…

1976 débute avec un reportage photo dans les Pyrénées enneigés pour le couple Bayle qui semble amoureux comme au premier jour, entre les nombreuses radios avec Rtl, les télés chez Guy Lux, et consorts, les biberons de Ludovic et les enregistrements, Sheila s'étourdit un peu pour oublier les aventures extra conjugales de son mari, la dernière en date est une belle blonde que Ringo emmène partout, jusqu'aux studios "F1" où il enregistre son nouveau disque en duo avec elle ! Ce n'est pas, à proprement parler d'un véritable duo comme purent l'être "Les gondoles à Venise", en fait, la blonde Chantal ne fait que lire deux phrases dans la chanson "Les oiseaux de Thaïlande" reprise de Toto Cutugno qui avait déjà donné "L'été Indien" pour Dassin, leur voisin à Feucherolles. La chanson est le premier gros succès de Ringo depuis deux ans et ses "Tentation". Naturellement, les papiers à scandales vont faire des gorges chaudes de ce duo, car le couple sera de tous les plateaux télé…

Pendant ce temps, Ludovic fête son premier anniversaire devant les photographes, le revoici en poster dans "Podium", à la une de "Ok magazine" l'hebdo des jeunes filles qui a remplacé le mythique "Melle age tendre" qui n'a pas survécu à 1975…"Ok" les voit réconciliés grâce au petit garçon, toute la presse profite de ces photos qui, comme l'ont annoncé les parents Bayle, seront les dernières…"Paris Match" consacre une ultime une à la petite famille et ne remettra jamais Sheila, la chanteuse en première ligne.

C'est Jean Noli qui écrit l'article cette fois ci, l'artiste le rencontre dans le petit restaurant de la rue Jean Gougon en face des bureaux Carrère, alors qu'elle termine sa tartelette aux fraises, elle dépose un bilan positif de sa vie et sa carrière : j'ai treize années de succès derrière moi, je voudrais en avoir au moins autant devant (…) Ringo m'a équilibrée, c'est bon d'avoir une épaule sur laquelle s'appuyer avec confiance (..) aujourd'hui on devient vedette d'abord et on apprend son métier ensuite (…) La difficulté pour durer, c'est de se poser toujours la même question : "Est-ce que je vais encore plaire ?" (…) Nous ne trichons jamais dans notre couple, si on commence, cela provoque une faille qui deviendra un précipice..(…) Ma vie a vraiment changé depuis Ludovic, j'ai toujours peur pour lui, je voudrais qu'il ait un avenir lumineux (…) et de préciser qu'on ne s'attende plus à voir Ludo souvent, il sera protégé de notre popularité…(…)

On peut commenter l'article en soulignant le courage de la chanteuse affichant un optimisme à toute épreuve, alors qu'elle traverse une période dépressive, elle le confiera beaucoup plus tard, Ringo était de plus en plus absent, "il courait la gueuse !" , ce qui explique sans doute, l'attachement exclusif qu'elle va porter de plus en plus à son fils, et l'amener à consulter un homme, kinésithérapeute de son état, un certain Monsieur Guinebert qui deviendra au fil des années plus qu' un confident, un "Maître", un guide… Elle lui consacrera une chanson "pour te retrouver" beaucoup plus tard , pour un ultime hommage. C'est lui qui la "guérira" et lui montrera qu'il existe des chemins de lumière…Mais pour l'heure, pour s'étourdir un peu, Sheila décide de visiter les Etats-Unis, c'est l'année du bicentenaire, elle embarque avec son amie Leila, la compagne de Fabrice pour un périple d'une dizaine de jours où elle va profiter pleinement d'un peu de liberté. Las Vegas et l'enfer des machines à sous, Disney World, elle posera devant la statue de la liberté, et surtout ira applaudir les plus grandes comédies musicales : "Wiz, Chorus line, Chicago..." et reviendra en France avec de nouvelles idées, se sentant "toute petite" devant ces monuments de la scène…

A cette époque, Sheila qui traverse une mauvaise passe dans sa vie privée, est toujours ;selon un sondage commandé par la Sofress ; la chanteuse n°1 en France, et classée troisième pour la chanson en général. Pourtant, Sheila devient de plus en plus nerveuse, ses fans qui l'attendent depuis des années devant les bureaux Carrère, à la sortie des émissions à la maison de la radio ou au Studio 102, se font parfois douloureusement remettre à leur place, par des soupirs d'exaspération , des réflexions "Oh, encore eux !!!" des photos signées à la va-vite visiblement à contre cœur, mais la plupart de ses admirateurs ne lui en tiennent pas rigueur… par contre, dans le milieu du show biz, Sheila est souvent irascible, piétine d'impatience, ceux qui ne la connaissent pas ou peu sont surpris du décalage lorsque la caméra s'allume et quand Annie devient Sheila…

Nouveau succès au printemps avec "Un prince en exil", une nouvelle adaptation d'un tube espagnol "Linda bella Linda" de l'ensemble Daniel Sentacruz, Sheila arbore une magnifique cape rouge qu'elle agite frénétiquement avant de la détacher dans un déhanchement suggestif et une envolée de cheveu qui mettent les fans en transe lors des multiples "Ring parade/Systéme 2" les dernières nées de Sieur Guy Lux… Comme c'est l'année Américaine, Sheila va être de toutes les émissions radio-tv pour y interpréter son fameux "Folklore Américain" de circonstance… Elle est même conviée à donner le coup d'envoi d'un match de Football Américain au stade Colombes qui oppose les joueurs de Texas et Arkansas… Elle apparaîtra même avec l'équipement intégral de joueur dans "Midi- ring" une déclinaison de "Ring parade"… et cet événement va enfin lui permettre de chanter à l'Olympia, pour l'émission de Sam Bernett "Super club Rtl" spécial bicentenaire avec les stars de l'époque, habillée avec son total foot Us qu'elle ne quitte plus, pour deux chansons dont la dernière en date : "Patrick mon chéri"… Une adaptation dont Jean Schmitt ne changera même pas le titre, la version originale est de Kiki & Pearly, une fois encore, ce sera bingo pour ce gros tube de l'été caniculaire qui verra Sheila transformée en Pocahontas, avec une chorégraphie très aérienne… damant le pion à Johnny "Derrière l'amour" (initialement prévue pour Ringo, qui se contentera de "Comme hier" un bide !) à Claude, son éternel copain "Cette année là", Joe Dassin "Il était une fois nous deux", Dalida qui revient en force avec "J'attendrai, Besame mucho" de vieux refrains remis au goût du jour et qui là aussi annoncent le disco… Dalida qui a été choisie pour être la marraine de Ludovic , baptisé récemment, selon "Ici Paris", la véritable marraine de Ludovic n'est pas Dalida, Orlando a expliqué que Sheila respectait beaucoup Dalida  et inversement, mais  il n'y a jamais eu de profonde amitié, et contre toute attente, le parrain n'est pas Claude Carrère mais …Guy Lux, une grande famille, quoi !

Sheila, qui fête officiellement ses trente ans, le 16 août a l'impression de tourner en rond, il n'y a que son petit garçon qui lui donne de la joie, Carrère sait que le couple va mal et ne veut surtout pas qu'il divorce, imaginons dans la France encore bien pensante Giscardienne , le coup d'éclat si la petite Sheila devient une femme divorcée, certes, il y eut mai 68, la révolution sexuelle, la loi Veil mais les mentalités évoluent lentement, Sheila tout comme Mireille Mathieu a un public conservateur, familial, non, Sheila ne peut divorcer… Alors, comme au bon vieux temps, Carrère organise des reportages photos où le couple , visiblement toujours aussi heureux, à défaut de sauver le peu d'amour qu'il y a encore, veut sauver la carrière de l'un et l'autre…

Sheila n'aime plus ce qu'elle chante, Jean Schmitt témoigne que lui même avait beaucoup de mal à trouver des idées autour de son "personnage", puisqu'il y a maintenant un net décalage entre la femme et la chanteuse, mais s'il est vrai que les envolées Shakespeariennes de "Patrick mon chéri" finirent disque d'or, Sheila avoue avoir l'impression de ne chanter que des conneries…"Patrick, mon chéri, je ne sais pas pour combien d'heures nous sommes bloqués ici, une catastrophe épouvantable a été évitée de justesse, notre avion n'a pas pu décoller dans la tempête etc etc …" pourtant, les fans adorent cette période où Sheila représentait un idéal avec des chansons légères mais c'est ainsi que le public, son public l'aimait, même si la trentaine entamée, il était grand temps de penser à une nouvelle direction plus ambitieuse. Sheila le souhaitait, pas son producteur et son personnage était si marqué qu'elle se sentit coincée, son mal être devenait ;en plus ; professionnel…

 

Seventies
Chapitre 16

Le 27 novembre 1976 , "Télé 7 jours" annonce enfin un "Numéro Un Sheila", Carrère a enfin cédé aux Carpentier qui le recevaient régulièrement pour mettre au point les modalités, Sheila est folle de joie et au dernier moment, Carrère renonce, rien n'y fait, elle ne sera que l'invitée de Sacha Distel, certes pour y interpréter un beau duo avec le crooner sur l'air de l'opérette "Gigi" de l'écrivain Colette,  tout en crinoline et sa dernière chanson "Les femmes" une adaptation d'un succès Canadien de Patty Bravo, très populaire là bas.

Cette chanson ; plus moderne que sa récente production ; plait à Sheila qui voudrait s'orienter dans ce style, plus pop, qui est peut-être le pont entre deux Sheila, sans renier le passé, Sheila est toujours la même, sa tenue est une combinaison pailletée or, de quoi plaire encore aux fans qui en redemandent, et ses textes évoluent légèrement "Qu'y a t-il dans le cœur des femmes ? (…) l'homme est bien le plus malheureux, il va se brûler à tous les feux, on abuse de lui, c'est connu , mais même s'il nous trompe le premier, dans ses illusions, il est trompé…"  Pas de quoi révolutionner le show biz, mais  pour l'album qu'elle enregistre pour les fêtes, Sheila a demandé à Schmitt de travailler les textes dans ce sens, "On se voyait peu  dit-il, j'étais un peu seul devant ma page blanche, elle voulait autre chose… en tant qu'auteur, il y a un travail de psychologie, on se met à la place de l'interprète, c'est difficile d'écouter pour la première fois un texte que l'on a écrit et qui est chanté par quelqu'un d'autre. Une des rares interprètes qui est allée au delà de ce que j'attendais fut sans aucun doute Nicole Croisille…"

Pas plus de scène que de show Carpentier pour cette année 1976 qui s'achève, devant ces déceptions successives, des fans du club ; toujours en activité et avec un nombre, certes moins important que dix ans avant, mais qui demeure le plus imposant en France; demandent des explications à la vedette qui répond qu'elle manque de temps (!) et qu'en gros, vingt quatre heures par jour, ce n'est pas suffisant… Arrêtons nous un instant sur cette réponse pour le moins étrange, il est évident que Sheila n'a pu répondre elle même ou alors c'est Carrère qui se colle au courrier des fans, Sheila n'a peut-être pas beaucoup de temps, accaparée par sa vie de jeune maman, mais pour ce qui est de la chanson, elle ne fait aucun gala, aucun show télévisé et n'enregistre que des 45 tours, si l'on compare sa production à Vartan ou encore Clo-clo, Mireille (qui, en plus, enregistrent dans plusieurs langues, Sheila a bien fait quelques tentatives mais a renoncé depuis longtemps…) il est ahurissant de constater , à titre d'exemple, en 1974 Sheila n'a enregistré que six titres, plus d'une vingtaine pour ses confrères et consœurs… Les admirateurs de la chanteuse sont effectivement patients et pourraient céder, eux aussi, à l'exaspération. Mais Sheila a la chance d'avoir un public fidèle.

Les magazines "Tilt magazine" et "Super bravo" dirigé par Charles Sudaka ( Ici Paris) vont , tout à tour, sortir des biographies bien fournies en photos en l'espace de trois mois. Ringo n'arrive plus à trouver de bonnes chansons, "Se quitter est impossible" n'emporte pas l'adhésion du public. Les journaux alimentent encore et toujours des rumeurs de séparation, ce qui fait même l'objet d'un sujet dans l'émission culte de Jacques Martin : "Le petit rapporteur" où l'inénarrable Stéphane Collaro interroge une brave concierge qui commente le dernier "Ici Paris" en date qui fait état des infidélités de Ringo et notre mamie d'invectiver le chanteur de noms d'oiseaux divers et variés "Une belle fille, comme ça, si c'est pas malheureux"… Dans son journal, Sheila se voit contrainte de dire que si son couple se sépare un jour, cela viendra de leur bouche et non d'une certaine presse, et de s'étonner que ses fans continuent de croire à ces ragots, il est vrai que depuis Ringo, Sheila ne se commet plus dans les reportages bidonnés…

L'album "L'amour qui brûle en moi" sort pour les fêtes, un bel emballage, de bien jolies photos d'une Sheila superbe dans sa trentaine, on trouve les succès de l'année et leurs faces b, "Goodbye my love" l'adaptation fidèle d'un titre de Josh Brando, un ersatz de Tom Jones, "Les nuits de musique" un titre assez rock , adapté cette fois ci de John Kongos, que l'on retrouve pour un autre titre "Slow talking boy" devenu "Flagrant délit de tendresse", Kongos est aussi l'auteur de l'original du tube de Sylvie Vartan : "Qu'est-ce qui fait pleurer les blondes ?"… Dans cet album, on ne trouve que deux originaux, un titre assez fade de Sylvain Lebel "Une fille ne vaut pas une femme", et un morceau d'Alice Dona "C'est écrit" refusé par Johnny… Le thème évoque d'ailleurs l'immortalité, voire la réincarnation, avant la mode "Je partirai sans gloire, peut-être, un peu comme se meurt l'été, je partirai pour mieux renaître car j'en suis sûre, je reviendrai, c'est écrit…" Une bonne chanson.

Quant au titre "La voiture" adapté d'un succès de Myriam Taffy, il n'est qu'anecdotique… La chanson phare de l'album "L'amour qui brûle en moi" est l'adaptation d'un succès Italien "Homo" (!) et sera l'un des morceaux du répertoire de la belle le plus interprété en tv !

Une bonne surprise cependant pour les fêtes, pour un show Johnny Hallyday qui n'est pas produit par les Carpentier, pour une fois, le Golf Drouot est reconstitué pour narrer l'histoire d'un enfant qui, pour son noël veut rencontrer ses idoles, Johnny bien sûr mais aussi Eddy Mitchell et Sheila qui pour l'occasion, fera son premier duo avec l'idole de sa jeunesse. Le choix s'est arrêté sur un standard de Johnny "Elle est terrible". De nombreux articles feront état de ce qui fait figure d'événement, évidemment, il fallait s'y attendre , on titre "L'impossible amour de Johnny et Sheila"… Pour ce show intitulé "Retiens la nuit" d'un des premiers tubes de Johnny signé Aznavour, Sheila reprendra une dernière fois cette année "Le folklore Américain" toute de franges vêtue…

Le premier de l'an 1977, Danièle Gilbert reçoit le couple Bayle dans le décor romantique des Pyrénées, pour leur dernière émission en commun. Malgré une promo intensive, l'album ne reçoit qu'un accueil honnête, pas de ventes mirobolantes, Sheila, elle même, a d'autres envies, son récent voyage aux States lui a ouvert les yeux, elle ronronne dans sa carrière, le public ne commence t-il pas à saturer ?, même si les fans purs et durs sont toujours là, Carrère est conscient qu'il va falloir dynamiser la carrière de Sheila…

Depuis l'année 1975, une musique extrêmement rythmée, dansante , envahit l'hexagone, les principaux interprètes en sont l'Italo-français Marc Cerrone (Love in C.minor, Supernature…) l'Américaine Donna Summer (Love to love you baby, Try me…) et le dernier groupe en date qui vient d'Allemagne, les Boney M. qui avec leur "Daddy cool" enflamment toutes les discothèques… Sheila a tout de suite senti qu'il se passait quelque chose d'important. C'est ce style qu'il lui faut, ses récents succès sont adaptés de ce courant "C'est le cœur, Quel tempérament de feu, Personne d'autre que toi" Elle qui revient ébahie de ce qu'elle a vue aux Etats-Unis va tout faire pour que Carrère se rallie à sa cause…

Mais d'abord, d'où vient le disco ? Certains affirment qu'il est Français, d'autres le voient naître en Amérique… Pour être honnête, le disco en tant que tel n'est que l'abréviation du mot discothèque, et ce n'est pas récent, déjà rien qu'en France, ne danse-t-on pas depuis des dizaines d'années à "La locomotive", au "Club St-Hilaire" dirigé par François Patrice où l'on y vit se trémousser la petite Sheila dans les sixties ! et les fameux "Jimmy's" de la reine de la nuit mondiale, Régine… Du Jerk au Rock'n'roll, nombreuses seront les danses à éclore à partir du milieu des années 50 pour arriver à un mélange savamment dosé de Rythm'and blues, de soul dès la fin des années 60 avec les artistes de la "Tamla Motown"  les "Jacksons five" en tête puis avec Barry White, les "Love Machine", les "Temptations",  avant d'introduire un tempo saccadé et répétitif  sur la musique et là, apparaîtront les premiers groupes étiquetés disco tels le "Kc and the sunshine band" pour ne citer qu'eux…

Revenons à la France où l'un des pionniers du genre se nomme Cerrone, cet Italien sera le premier millionnaire du disco en exportant son fameux "Love in C.minor" jusqu'aux States après s'être fait jeter de toutes les maisons de disque Françaises… La pochette de son album sera l'exemple type de ce que l'on trouvera sur une grande partie des disques estampillés "Disco", des filles nues et le mâle, tout poitrail dehors, velu de préférence avec une grosse chaîne en or, sans oublier les inévitables pattes d'éph, moule-burnes, semelles compensées pour les boots et autres cols pelle à tarte ! Ainsi la "French sound" envahira l'Amérique… qui ,elle, nous enverra les divas blacks avec la grande prêtresse Donna Summer en figure de proue, suivie de dizaines de consœurs telles Thelma Houston (tante de Whitney), Gloria Gaynor et son hymne gay "I will survive" repris par Régine en Français "Je survivrai" et par les beaufs vingt ans après pour le Mundial 98… Claudja Barry, Anita Ward, les Pointer sisters, les Sister Sledge

L'énorme succès de "Daddy cool" de Boney M., distribué en France par Claude Carrère , donne raison à la petite fille de Français moyen, mais son intransigeant producteur ne veut pas risquer de mettre en péril une si belle rente qui dure depuis quinze ans, sans fausse note (et pour cause, tenir autant d'années sans en pousser une sur scène, ironisera un journal)… En secret, Sheila va alors travailler la danse, l'accent Anglais, et rencontrer des danseurs pour constituer un futur groupe, voilà l'idée géniale dont on veut bien croire que la source est notre vedette mais dont la concrétisation sera due, une nouvelle fois, à l'ingénieux imprésario… Mais avant cela, Sheila doit rentabiliser l'album "L'amour qui brûle en moi" qui n'obtient toujours pas les scores espérés, en rappelant que pour une star comme Sheila en 1977, vendre en dessous de 300.000 disques était considéré comme un semi-échec… Elle est de toutes les émissions, prépare sa fameuse recette de mousse au chocolat avec Yves Mourousi qu'elle rejoint pour son émission de radio sur Rmc bien souvent, fait des rencontres improbables comme celle de Coluche sur Europe 1 dans "Basket" de Jean-Loup Lafond, ils font d'ailleurs une interprétation hilarante des "Gondoles à Venise" , l'humoriste gardera d'ailleurs toujours une grande tendresse pour celle qui "adéquate" ( a- des-couettes…dans un de ses sketchs !) Sheila fait la connaissance de la charmante Marie-Paule Belle qui vient de triompher avec "La Parisienne", deux univers diamétralement opposés, qui se rejoindront pourtant le temps d'un duo sur ce fameux succès interprété à deux reprises et en radio et en télévision chez Michel Drucker.

Sheila a à peine le temps de visiter le célèbre "Calypso" du commandant Cousteau lors d'un nouveau "Midi première" et d'y chanter sur le pont, qu'elle est déjà transformée en très vieille dame courbée par le poids des fagots de bois et des ans pour les besoins du "Numéro Un Demis Roussos" avec qui, elle fait ce duo inattendu sur une chanson de Jean-Jacques Debout "Oh ma jeunesse" . Debout  qui avait, on s'en souvient, écrit en 1965 "Je ris et je pleure" et qui s'est occupé longtemps de Sylvie Vartan pour de nombreuses chansons écrites bien souvent pour des shows Carpentier, là il retrouve Sheila après avoir relancé la carrière de son épouse Chantal Goya. Une ex-yéyé qui après quelques succès d'estime (C'est bien Bernard le plus veinard…) et une incursion au cinéma avec Jean-Luc Godard s'est retrouvée mére au foyer, il a fallu que Brigitte Bardot se désiste pour une chanson et qu'elle la remplace au pied levé dans un show avec "Adieu les jolis foulards" pour que sa carrière redémarre d'une façon miraculeuse, une carrière entièrement consacrée aux enfants...

Les enfants ont toujours constitué une large partie du public de Sheila, les ados se sont éloignés assez vite, en revanche, les parents et grands-parents l'ont suivi de près, ainsi, pendant qu'elle rêve de chorégraphies, de paillettes et de succès à la sauce "Daddy cool", Sheila enregistre en même temps, une chanson adaptée de l'Italien Gino Morandi "Sei forte papa", plus particulièrement destinée aux chères petites têtes blondes. "L'arche de Noë" sort sur le marché pendant que Sheila fait des projets plus ambitieux…

Immédiatement, "L'arche de Noë" devient disque d'or, en temps normal, Sheila serait ravie, mais le succès de cette chanson lénifiante, il faut bien le dire, ne va-t-il pas faire renoncer Carrère au projet "secret"… La méthode Carrère n'a pas varié en quinze ans, ce qui a marché, marchera… Lorsqu'il rencontre un artiste confirmé pour un éventuel contrat, Carrère lui demande aussitôt quel est son plus grand succès et lui annonce que ce succès sera décliné à chaque nouveau disque… Ainsi Sheila dira plus tard "Les rois mages, c'était bien, mais après il a fallu presser le citron.. "Tu es le soleil etc…ne sont que des déclinaisons des "Rois mages"… Mais bien que "L'arche de Noé" ne soit pas exactement le style qu'elle préfère loin s'en faut, Sheila a pour cette chanson une tendresse qu'elle n'a pas pour d'autres succès enregistrés dans les mêmes années (Patrick mon chéri, Prince en exil, etc…) pour la simple et bonne raison qu'elle l'a dédiée à son petit garçon , qui a maintenant deux ans : "On le prend dis maman ? " et "La plus belle c'est maman" scandés par les petits Florent et Elfie seront repris par les cours de récréation, mais éloignant définitivement les ados qui vont se gausser de cette chanson. Sheila conserve pourtant de bons souvenirs," j'ai travaillé pour la première fois avec des enfants, mais aussi avec des animaux ! imaginez la pagaille quand on débarquait avec le chien, le canard Saturnin que j'ai gardé à Feucherolles, l'oiseau en cage, le chat, la souris…"

La petite Elfie Astier, quand à elle, a des parents danseurs à l'Alcazar de Paris et est inscrite dans une agence de mannequins pour enfants où Sheila la repère, "Je me souviens très bien des émissions avec Michel Drucker ou Danièle Gilbert, Sheila me criait dessus régulièrement car j'étais une enfant dissipée !" puis elle fera partie de la troupe des enfants accompagnant Chantal Goya et ses spectacles grandioses, en 1979 fera partie du "Quatuor" des petites filles créé par Carole Laure et Lewis Furey , un titre connaîtra d'ailleurs un certain succès "Sauverais tu ma vie ?" puis en 1982 rejoint Dorothée sur "Récré A2" où sa présence va devenir de plus en plus remarquée, surtout après le succès de son disque "Tom Sawyer" générique du dessin animé du même nom, au point d'être virée par l'amie des enfants ! On la retrouve pour un petit rôle dans "Surprise partie" le film de Roger Vadim en 1983 avant d'être choriste de France Gall. On la voit notamment dans le clip "Babacar" en 1987. Depuis, Elfie aimerait tourner un film sur l'histoire de ses parents et enregistrer un album.

Europe 1 organise chaque année ses "Olympiades" où de nombreux artistes et journalistes se rencontrent sur un plan sportif, Sheila et Ringo sont invités à Marrakech au Maroc où pendant quatre jours, ils pourront se mesurer au tennis, au volley- ball, au ping-pong contre Johnny, Cloclo, Joelle et Serge du groupe "Il était une fois", Sardou, avant de rejoindre ce dernier pour un "Numéro un" mythique, puisque c'est celui où Sheila fait désormais partie de la bande à Sardou entourée de Serge Lama, Enrico Macias, Mort Shuman, Jean-Claude Brialy et Clo-clo  pour une émission décontractée où les artistes vont donner du "On la prend dis maman ?" à une Sheila hilare, ne se prenant pas du tout au sérieux, consciente des paroles de son chef d'œuvre… On la retrouve au début de l'émission très professionnelle entourée des mêmes pour une interprétation du dernier tube de Sardou "La java de Broadway"… Depuis ce show, les artistes présents la surnomment  : "Maman"

Entre temps, la musique disco a gagné du terrain en France, le 24 mai 1977 sur les ondes de RTL, on peut découvrir une nouveauté, une chanson rythmée, moitié disco, moitié salsa, interprétée en anglais et intitulée "Love me baby". Le groupe s'appelle "SB Dévotion" , la pochette est en fait un dessin représentant un groupe black et une blonde. Le disque commence à passer beaucoup en discothèque, entre le dernier Boney M. : "Sunny" et Santa Esmeralda : "Don't let me be misanderstood", deux reprises de standards des années 60. En France, Dalida est la première à avoir repris un vieux succès pour en faire du neuf avec le "J'attendrai" de Rina Ketty (qui sera farouchement contre la version de Dalida, jugeant sa chanson dénaturée…"Ils ont changé ma chanson, ma…"! ) Le disco sert donc aussi à dépoussiérer le passé, d'ailleurs sur sa lancée, Dalida réenregistrera tous ses tubes dans un long medley qui fera date…

"Love me baby" est donc envoyé à toutes les radios et discothèques qui le passent aussitôt sans se faire prier. Quelques connaisseurs trouvent que la chanteuse du groupe "Sb devotion" a une voix qui n'est pas inconnue, ils téléphonent aux programmateurs qui ne peuvent en dire plus, la voix leur est familière et pour cause… Le mystère ne planera pas longtemps, après seulement un mois, Carrère décide qu'il faut présenter le groupe, c'est évidemment Guy Lux qui aura la primeur de la première télé et ce soir là, Sheila apparaissait transformée, entourée de ses trois partenaires black, mini pull rose, foulard rose au cou, queue de cheval, cheveux retenus par une… ceinture ! et les longues bottes roses elles aussi,  un second foulard (rose) au genou, et le must, le fameux mini short pailleté, six ans après qu'on lui eut reproché d'en porter un trop court, voilà qu'elle récidive, mais là, nous sommes en pleine explosion du phénomène disco, comme quinze ans avan , Sheila fut l'une des figures emblématiques du Yéyé, la voici à l'avant garde de ce nouveau courant qui va faire des ravages !

Sheila révèle donc partout ses futures ambitions, Philippe Bouvard la reçoit sur l'antenne de RTL et est le premier à recevoir ses confidences, à savoir qu'elle a rencontré lors de son récent voyage aux Etats-Unis, de jeunes auteurs-compositeurs qui lui ont proposé une chanson, en l'occurrence "Love me baby", puis elle rencontre un danseur noir Arthur Wilkins qui est d'accord pour monter à Paris et lui présenter deux amis danseurs, chanteurs, chorégraphes, pour monter un groupe. De retour à Paris, Sheila apprend l'Anglais en compagnie de Jean, une américaine qui la force a toujours parler en Anglais, c'est la méthode de la "totale immersion" … Arthur lui amène Freddy et Dany Mac Farlane, ses deux copains qui ne sont pas des inconnus, puisqu'ils ont participé à de nombreux shows des Carpentier , chorégraphié des ballets dans plusieurs grands shows Européens. Les quatre artistes trouvent un accord, Carrère donne son feu vert, la nouvelle carrière de Sheila peut commencer…

 

Seventies
Chapitre 17

Ce qui va changer pour Sheila est miraculeux, enfin, le disco va lui permettre de se faire entendre au delà de nos frontières, jusqu'ici seuls "Adios amor" et "Los reyos magos" avaient eu un réel succès à l'étranger, même si beaucoup de ses disques étaient commercialisés partout dans le monde, le fait de ne pas se rendre dans les différents pays n'avait pu lui conférer la notoriété d'une Sylvie Vartan ou d'un Adamo par exemple… Là, avec un simple 45 tours, elle se hisse aux premières places des hits d'une vingtaine de pays…

La Hollande et l'Allemagne sont les premiers à succomber suivis de l'Italie, la Suède, l'Angleterre… Dès le mois de juillet, Sheila et ses Black Dévotion vont sauter d'un avion à l'autre, se produire dans toutes les émissions, les grands shows tels "Dominica in" en Italie, "Ready steady go" en Angleterre, le "Musik laden" d'Allemagne… sans oublier la France où parallèlement, elle continue d'emporter la ménagerie de "L'arche de Noé" dans certaines émissions tout l'été.

Il faut maintenant révéler ce qui est un secret de Polichinelle, Sheila raconte une leçon apprise par cœur, c'est un fait qu'elle se soit rendue aux States, mais là bas, elle n'a rencontré personne, tout s'est décidé à Paris, on le sait les B.Dévotion travaillaient tous sur la capitale, ils apparaissent d'ailleurs dans bon nombre d'émissions, cependant Dany Mac Farlane est bel et bien chorégraphe. Derrière les jeunes auteurs Américains que sont Mike Wickefield, Copperman, Racer se cachent en réalité : Mat Camison, l'arrangeur des derniers disques, et… Carrère, Racer c'est lui, l'anagramme est presque parfait ! Il semble que Paméla Forest soit la seule à avoir gardé son nom…

Tout cela est donc bien Français, cocorico ! La pochette du disque bénéficie d'un nouveau pressage où cette fois , l'on redonne son identité à Sheila. Sheila gagne encore sur un tableau, Annie Markhan son attachée de presse est seule pour l'accompagner dans ses nombreux voyages, Carrère a trop de travail avec sa maison de disques qui est devenue l'une des plus importantes en France, il est désormais fini le temps où il gérait tout, était omniprésent, Sheila savoure cette liberté et peut enfin s'éclater.

Toutes ces années de quasi séquestration ont naturellement frustrée Sheila qui comme elle l'a souvent dit après, "c'est à partir de ces années là que j'ai pu faire des folies, sortir…" effectivement, elle confiera à Didier Varrod qu'elle a ainsi fumé ses premiers pétards, et bu pas mal de champagne, les années disco furent celles de toutes les extravagances, "sex, drugs and…disco" mais tout cela modérément, bien entendu. Selon la chanteuse, sa période disco fut sa préférée de sa carrière, elle put rencontrer les plus grands artistes internationaux et "passer entre Blondie et David Bowie, c'est quand même autre chose que Guy Lux ! " déclarera-t-elle, quelque peu ingrate… mais tellement réaliste ! Sur ses partenaires, Sheila est dithyrambique, elle ne se considérait pas comme la vedette du groupe, chacun amenant sa partie, Dany les chorégraphies et la création, il fit découvrir à la chanteuse le groove et le reggae, même s'il était assez lunatique. Arthur était l'excessif de la bande et Freddy l'élément stabilisateur.

Les trois garçons furent très protecteurs envers la vedette. En France, Sheila, même avec son sexy short que n'aurait pas renié Kylie Minogue, se doit de conserver une image rassurante, alors elle alterne les plateaux où un soir elle rejoint Roger Pierre pour partager son show et jouer des sketchs à ses cotés en prenant la place de son éternel complice Jean-Marc Thibaud ! et Roger Pierre de lui rendre la politesse en se déguisant en "Elfie" la petite fille pour "L'arche de Noé", Sheila ne peut donc assumer complètement son image de disco star, il n'y a qu'à l'étranger où elle est débutante que ses couettes ne peuvent lui revenir en boomerang !

Le succès international de ce qui n'était qu'un essai conforte Carrère : c'est bien ce qu'il fallait à Sheila pour trouver un nouveau souffle, ajouté à cela, la joie de la vedette de découvrir de nouveaux pays, de nouvelles scènes, de nouvelles connaissances… Il va donc prévoir la suite de l'aventure "Sb Dévotion". En août, Sheila retrouve sa famille pour quelques jours de vacances en Sardaigne, ultimes photos du couple Bayle, qui jusqu'ici arrivait à se retrouver de temps à autre, et pour leur fils et pour les photographes, pour faire mentir la presse à scandales qui titrait chaque semaine "Sheila & Ringo, c'est fini !" Mais les gondoles s'étaient déjà échouées depuis longtemps !

Tout le monde chante disco, il est vrai que Sheila a toujours été l'une, si ce n'est la pionnière d'un courant musical dans la variété, devant son éclatant succès, les producteurs de tout poils s'y mettent. L'un d'eux dira "Quand j'entends prononcer le mot disco, j'ouvre tout grand mon tiroir caisse…" Pour les français, Dalida continue sur sa lancée bientôt rejointe par Claude François qui enregistrera son tout dernier album "Magnolias for ever" tout en disco… Michel Berger écrira l'album "Dancing disco" pour France Gall. Même la grande actrice Claudia Cardinale produite par Mémé Ibach y va de son sensuel "Love affair", Sylvie Vartan va jouer les "Disco queen" en avouant ne pas trop aimer ce genre de musique, Patrick Juvet entamera un long périple américain après s'être demandé "Où sont les femmes ?" en collaboration avec Jean-Michel Jarre, son "I love América" sera le morceau chouchou du fameux "Studio 54", même si sa durée est de quinze minutes ! Car le disco c'est aussi de longues envolées qui confinent à l'extase, le meilleur exemple étant le "Love to love you baby" de Donna Summer : vingt minutes, le temps moyen d'un coït en France ! Hugues Aufray s'inspire même du procédé de Sheila/Sb Dévotion pour créer son groupe HA/Transatlantic…

Bien sûr, le disco ne fait pas que des émules, les critiques insistent sur le fait que le disco n'est qu'une chanson où la mélodie est réduite à sa plus simple expression, une mince ritournelle, deux ou trois accords suffisent. Pour compenser cet extrême dénuement, on insiste beaucoup sur la rythmique qui doit être abondante, lancinante et fort bruyante. Texte minimum, une ou deux phrases inlassablement répétées… On peut tenir aisément huit bonnes minutes. Les mots compliqués sont impitoyablement rejetés, rien ne doit échapper à la compréhension d'un auditeur type dont l'âge mental ne dépasse pas dix ans…..

La mode vestimentaire a aussi son importance, paillettes, maquillages extravagants, perruques vertes, jaunes, shorts ultra moulants… Evidemment, beaucoup d'interprètes de disco disparaîtront, certains ne chantaient d'ailleurs pas sur leur disque, mettez un beau mannequin qui bouge bien en avant et une bande enregistrée, personne n'ira contester… Certains artistes connaîtront une gloire mondiale avec ce qui ne sera, comme on pouvait le deviner, qu'une mode, et auront du mal à retrouver une crédibilité, ce sera le cas de Patrick Juvet, et même dans une moindre mesure, Sheila qui connaîtra ses dernières grosses ventes grâce au disco.

Mais pour l'heure, il est sorti, tout beau, tout chaud, le premier album de "Sheila B.Dévotion"…Enregistré dans son intégralité dans le studio de Bernard Estardy et non pas "Mixed at London" comme il est précisé sur la pochette, pour faire plus "in", d'ailleurs tout y est écrit en Anglais. Une panne du studio contraindra Estardy de brancher un groupe électrogène qui donnera un petit ronronnement à l'écoute de la galette. "Singin' in the rain" est le titre principal et le nom de l'album. Il s'agit de la reprise de la célèbre chanson extraite de la comédie musicale de Stanley Dolen en 1952 et interprétée par Gene Kelly. En fait, ce monument a été écrit en 1929 par Arthur Freed et Nacio Herb Brown pour une revue Hollywoodienne.

La version de Sheila B Dévotion fait sept minutes et le groupe passe des heures à répéter inlassablement, Sheila exulte, c'est tout ce qu'elle aime faire, et la chorégraphie est prête pour passer en exclusivité chez les Carpentier dans le "Numéro Un" du copain Sacha, qui s'y est mis lui aussi avec sa reprise de "Vénus". Le 16 août dernier, Sheila fêtait son trente deuxième anniversaire alors qu' Elvis Presley l'idole de sa jeunesse disparaissait à 42 ans , de trop d'excès… Ringo s'empresse alors de lui rendre hommage avec un titre forcément rockn'roll "Goodbye Elvis" qui lui fait retrouver les premières places des hits, depuis quelque temps, les chansons du beau Ringo n'accrochent plus "Les violons de Verlaine, Toi, moi, Ma Pompadour…"

Si "Love me baby" a bien fonctionné, "Singin'in the rain" sera un carton plein, qu'il soit décliné en 45 tours, maxi 45 tours (format 30 cm avec une version longue de la chanson, en France, le premier à sortir ce format fut Laurent Voulzy qui avec ses 11'45 minutes de "Rockollection"  lui correspondait tout à fait , le second maxi Français fut "Love me baby" de Sheila, mais pas de version longue, il en existe une en Nouvelle Zélande !) où album, ce qui est une première pour Sheila. Dix huit pays la hissent au sommet, elle monte jusqu'à la onzième place en Angleterre et peut ainsi faire le cultissime "Top of the pops" et ainsi être la première française à y participer, même si elle chante en anglais. Pour l'occasion, Sheila et les garçons apparaîtront en imperméables et parapluies, ce qu'ils ne présentent pas en France. On octroie à l'album, des ventes approchant les deux millions d'exemplaires, ce qui n'est pas étonnant, de part le nombre de pays où le disque est distribué et par la présence des artistes qui maintenant se déplacent, "Singin'in the rain" fut d'ailleurs le titre le plus connu de Sheila B Dévotion et non "Spacer" comme beaucoup le croient. L'album est même distribué jusqu'aux Etats-Unis par la firme "disco" "Casablanca" (celle de Donna Summer) et obtiendra une certaine audience sur la côte Est.

L'album est tout à fait dans la mouvance de l'époque, Carrére/Racer a repris la même équipe que pour "Love me baby" et propose six titres seulement. "Singin'" fait déjà sept minutes, "Kiss me sweetie" l'un des meilleurs morceaux de l'album, non exploité malheureusement, fait le même timing, on trouve également "Shake me" où Dany, Arthur et Freddy ne se contentent pas de faire les chœurs, d'ailleurs, même si, bien évidemment, c'est Sheila qui est mise en avant, les garçons, dans ce disque, ne sont pas de simple "faire valoir". "I don't need a doctor" sera le prochain titre pour la promo, mais uniquement en France, "Move it" clôture l'album. Un titre inédit "Oh my Munich" aurait été disponible sur certaines cassettes audio et fait figure de collector.

L'année 1977 s'achève bientôt, elle aura permis à la petite fiancée de la France de vivre enfin pleinement son rêve, pour elle, ce qu'elle vit dans tous ces pays, c'est enfin faire son métier, même si la scène ne figure pas dans les futurs projets, elle se voit déjà réussir, pourquoi pas aux Etats-Unis et en 1978, tout va être mis en œuvre pour cela. Elle participe à la bande originale du film de Michel Lang "L'hôtel de la plage" et y interprète toujours avec les Black Dévotion le thème principal écrit et composé par Mort Shuman, qui après avoir écrit des dizaines de tubes pour Elvis, est venu en France en 1972 et rencontré le succès avec le superbe "Lac majeur". Eddy Mitchell, Hugues Aufray, Mortimer Shuman lui même avec l'inoubliable "Sorrow". On retrouve de jeunes acteurs en herbe dans ce petit film de série B , notamment Bruno Guillain qui chantera avec Dalida au printemps suivant dans le medley disco de tous ses tubes "Génération 78" et le regretté G.G.Junior qui connut un succès la même année avec "Tu m' connais pas", il était le fils du chef d'orchestre Gérard Gustin, parolier attitré d'Annie Cordy. Anne Parillaud alors toute jeune débutante y faisait ses armes auprés d'un Daniel Ceccaldi déjà aguerri depuis de longues années. Même si le retour de Sheila sur grand écran est annoncé régulièrement, elle n'a pas tourné depuis plus de dix ans et se plaint de ne recevoir que des rôles de chanteuse, alors que déjà elle rêve à plus ambitieux, elle n'y arrivera malheureusement pas, même si la décennie suivante aurait pu le faire croire.

"Love me baby" est toujours en promo, son palmarès sera plutôt réussi, classé pendant vingt-neuf semaines en Allemagne, dix neuf en Italie, six semaines aux Pays-Bas, quant à "Singin' in the rain" , le titre figurera treize semaines au Royaume Uni, trente quatre semaines en Allemagne, onze semaines aux Pays-Bas, seize semaines en Australie pour les principaux pays. Le groupe enchaîne les voyages dans les plus grandes villes d'Europe : Hambourg, Zurich en Suisse, Rome, Cologne, Amsterdam, le festival de San Remo où elle était l'invitée d'honneur. Sheila commence à faire la une de grands magazines musicaux en Grèce, Turquie, Pays-Bas où elle est la révélation. La France n'est pas en reste, elle revient le plus souvent possible embrasser son fils Ludovic qui est chez ses grands-parents maternels et faire coucou très régulièrement aux caméras de Jacques Pierre, le réalisateur de "Midi première" qui la reçoit toujours aussi souvent. Bientôt la grande famille du spectacle va être endeuillée et Sheila sera touchée de très près…

 



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