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Années 80
Chapitre 24

Alors qu'on la comparait il n'y a pas si longtemps à Karen Cheryl, c'est maintenant à Dire Straits que l'on ose opposer Sheila dans la nouvelle émission RTL qui remplace le sacro-saint "Hit parade" qui a vécu…Mais cela n'empêche pas Sheila d'être lucide sur sa condition si particulière… Elle va mettre un terme à sa flamboyante carrière internationale. Où cela peut-il la mener ?

Réussir aux Etats-Unis n'est pas si aisé, elle a deux beaux succès, voilà tout, elle demeure une parfaite inconnue là bas, elle devrait rester plus de cinq ans pour se faire connaître sur la côte Est, cinq ans sur la côte Ouest, des tournées, des galas en discothèques…

Les deux grands producteurs Américains avec qui elle a travaillé n'ont pas forcément des projets pour elle… Le rêve Américain est fini. Sheila continue cependant à habiter "la grosse pomme", elle a besoin de ses cours à l' Actor's studio avec Strasberg qui lui fait sortir toutes ses emotions, "Don't act" lui dit-il , alors qu'elle joue une scène de "La chatte sur un toit brûlant", autrement dit "Ne joue pas" reste naturelle !

La France de Mitterrand chante avec Goldman, Souchon, Cabrel, Berger, Balavoine, Renaud… Sheila et ses trips Américains n'intéressent pas grand monde, le nouveau clip, pourtant réussi de "Put it in writing" ne passera qu'une fois à la télé Française et guère plus sur RTL TV.

Pour achever le tableau, Sheila est invitée sur le plateau houleux de Michel Polac pour "Droit de réponse". Les samedis soirs de TF1 ont bien changé, on n'y chante plus, on se querelle, on débat… Ce soir du 19 décembre 1981 on parle entre autres du cinéma comique et de la présence insolite de Sheila au Top 100 Américain. Sheila défend d'abord "La soupe aux choux" film réunissant Louis De Funès (qu'elle adore et a déjà rencontré en 1974) et Jacques Villeret.

Elle esquisse même une imitation de De Funès ! Puis vint son tour, après un extrait du clip de "Little darlin'", Sheila doit répondre aux critiques des étudiants présents sur le plateau. Aucun ne prendra parti pour elle, bien au contraire, morceaux choisis :

"Je peux vous poser une question ? A qui adressez vous vos chansons ? Je ne connais personne qui aime…beaucoup ! C'est de la soupe, si c'est ça la chanson Française !  pourquoi tu chantes pas en direct ? ok c'est bien produit, c'est dans l'air du temps, mais y'a rien derriere ! etc" Sheila se défend assez maladroitement en parlant avec un accent anglais des plus snobs : "je fais une musique qui s'appelle du soft-rock, je ne fais pas de haaard-rock, okaay"

Les étudiants sont hilares, Sheila reçoit alors l'appui inattendu de Guy Bedos présent sur le plateau qui dit connaître beaucoup de jeunes qui aiment Sheila, qu'il ne pensait pas être l'avocat de Sheila ce soir, mais… Pierre Desproges, Jean-Claude Carrière, Josiane Balasko l'épaulent également. Sheila répète à l'envie qu'elle est très fière de son parcours, du travail accompli… Mais le fait est qu'une fois encore, elle reste incomprise.

Entre deux avions, Sheila termine sa promo Européenne en passant par l'Italie où elle interprète "Put it in writing" dans plusieurs émissions "Tip tap, Gala Mifed…", l'Allemagne dans "Musik laden"

En France, elle a enregistré un nouveau titre qui sera présenté à "L'école des fans" le 28 février : "Condition féminine", encore une adaptation sur un texte d'Eric Estève. Cette fois, il s'agit de "Lands of make believe" des Buck fizz, groupe éphémère qui remporta l'Eurovision l'année précédente. Une fois encore, Sheila n'aime pas ce qu'on lui donne à chanter, et refuse d'aller plus loin dans la promo de ce disque qui demeurera inédit. Céline Dion alors débutante la reprendra sous le titre "A quatre pas d'ici".

Retour aux Etats-Unis, Sheila tourne en rond, elle est quelque peu perdue, elle ne veut et ne peut plus chanter ce qu'elle appelle des c…et se demande si ça vaut la peine de continuer. Comme souvent dans les carrières de stars, alors que tout va mal, une lueur d'espoir apparaît et pour Sheila, ce sera un rayon de soleil tant professionnel qu'amoureux…

La chanteuse va faire de nombreuses rencontres qui vont se révéler très importantes. Coté cœur, elle a fait la connaissance au cours d'un dîner d'un beau mannequin Canadien : Carlos Miranda. Bien qu'une bonne dizaine d'années les séparent, ils vont tout de suite tomber fous amoureux. Lui ne sait pas qui elle est vraiment, pendant une année, ils vont pouvoir vivre leur amour sans se cacher.

En même temps, elle se lie d'amitié avec une bande de copains musiciens descendus dans le même hôtel qu'elle à LA. Gérard Presgurvic qui prépare son album avec son complice Philippe Abitbol et son meilleur ami Yves Martin accompagné de son frère Alex. Ils ne sont pas tout à fait des inconnus, Presgurvic a déjà commis quelques disques dont "Explications" sorti chez… Carrère, que le monde est petit… Encore plus petit quand on songe qu'Alex Martin travaille sur l'ultime album d'un certain… Ringo !

Quant à Yves, il a commencé sa carrière sous le pseudo de Lionel Leroy et sorti quelques 45 tours dont "Femme musique" (prémonitoire) mais surtout composé les génériques des feuilletons pour pré ados "Ulysse 31" et surtout fait l'adaptation française des feuilletons "Starsky et Hutch" et "Pour l'amour du risque" qu'il interprète également.

Il travaille maintenant à son album personnel en même temps que celui de Gérard, compose également pour Véronique Rivière, une jeune chanteuse réellement talentueuse et signe un  titre pour Alain Souchon "Patatras", voilà donc un joli début de parcours. Un bémol, ayant participé au "développement" de "Chacun fait c'qui lui plait" de Chagrin d'amour, et testé le titre un soir en discothèque avec les autres protagonistes de "l'affaire", Yves reprit ses billes et passa devant un beau pactole ! Quelque dix ans plus tard, il sortit un "remix" par le groupe Ozone sans succès, malgré le fait que certains affirmaient qu'une certaine Sheila chantait le refrain…

Sheila apporte à Carrère un titre qu'elle a entendu en boîte à NYC et fait tout pour obtenir les droits d'adaptation. Ce titre "Holding out for love" appartient au répertoire de Cher et a été également repris par les Pointer Sisters (I'm so excited, He's so shy, Jump) mais c'est la version moins funk et plus disco d'Angela Boffill que Sheila a craqué.

"La tendresse d'un homme"
ne sera pourtant pas un succès, le disco est passé de mode. Jean Schmitt qui écrit le texte raconte que c'était la première fois qu'il recevait un mot gentil de Sheila dix-huit ans après qu'il eût écrit son premier texte pour elle !

Après "La tendresse…", il n'y en aurait plus qu'un ! Alors que pour la première fois, elle parle de Ludovic dans une belle chanson "L'amour majeur" écrite par Eric Estève déjà auteur de cette fameuse "Condition féminine" destinée au placard…, le petit garçon fête ses sept ans.

Sheila réside toujours en Amérique et apparaît transfigurée, rajeunie lors de la promo de "La tendresse d'un homme", on la voit aux cotés de Daniel Balavoine qui contrairement à d'autres ne rechigne pas a poser en sa compagnie , il lancera cette vérité dans le journal "Numéros un", : "ça fait vingt ans que les gens crachent à la g…de Sheila mais ça fait vingt ans qu'elle vit de son métier"

Le chanteur, connu pour ses coups de gueule dont le plus célèbre restera celui lancé à François Mitterrand en direct dans le journal d'Antenne 2 en 1980. Il disparaîtra la même année que deux grands artistes Coluche et Thierry le Luron en 1986, lors du Paris-Dakar dans un accident d'hélicoptère. Sheila évoquera plus tard son souvenir : "Lui, m'aurait écrit des chansons, il m'avait confié son excitation devant un tel challenge"…

Sheila reçoit les félicitations d'un autre monstre sacré de la chanson, Claude Nougaro qui se déclare "ébloui" par son interprétation du "Jazz et la java" lors d'un Champs elysées. Une chanson des plus difficiles à interpréter qui soit ! Après Léo Ferré, Nougaro ! Qui sera le prochain ?

Ce sera Henri Salvador, Salvador qui pendant des années a joué au comique, Sheila fut souvent l'invitée de ses shows "Salves d'or" ou encore "Dimanche Salvador". On se souvient qu'en 1971, il composa pour elle, le très éxotique "Trinidad" Sheila fait en 1982 une délicieuse version du "Loup, la biche et le chevalier", chanson plus connue sous le titre "Une chanson douce", un grand classique de Monsieur Henri.

Dans un métier aussi ingrat que le music-hall, il ne faut jamais désespérer, en 2000, Salvador fit un come back inespéré entouré d'auteurs de la nouvelle génération : Keren Ann et Benjamin Biolay pour l'album "Chambre avec vue". Ce brusque revirement de situation lui monta-t-il a la tête ?

Interrogé dans "Le monde" sur le show biz, il déclara admirer beaucoup Sylvie Vartan et Françoise Hardy qui au contraire de Sheila étaient de vraies artistes ! Ajoutant à cela que le public ne s'y trompait pas !  Devant le flot de lettres de fans en colère, Salvador déclara que ses propos avaient été amplifiés mais que Sheila n'était, de toutes façons, pas sa tasse de thé…

A l'aube de fêter ses vingt ans de carrière, Sheila renaît à la vie, elle file le parfait amour avec un garçon beau comme un Dieu, elle est à nouveau pleine de projets et d'envies, le désir de tout changer, d'image, de style, de chansons surtout et pour cela, elle va tenter un coup de poker, demander à la bande de copains de Presgurvic de lui écrire tout un album !

Dans le même temps, l'association des professionnels du spectacle (Aspects) a décortiqué toute la programmation des variétés des trois chaînes de télévision entre septembre 1981 et septembre 1982 et conclue que Sheila est la reine, la reine du show biz, n°1 du hit parade et celle qui a bénéficié du plus grand nombre de passages…

 

Années 80
Chapitre 25

Avant l’album, elle enregistre le tout dernier disque entièrement Carrère, l'adaptation d'un tube déjà ancien (1979) d'Umberto Tozzi (Ti amo, Tu) repris aux Usa par Laura Branigan qui en fait un numéro un. La chanteuse reprendra ensuite le "Self control" de l'Italien Raf que Sheila reprendra à son tour bien des années plus tard…

Laura Branigan est décédée en 2004. "Gloria" est également la dernière chanson de Jean Schmitt pour la chanteuse. Il précise que ce titre faisait allusion à la guerre des Malouines, du Liban. Il approuve le fait que Sheila ait voulu changer de style :

"les artistes ont souvent une image d'eux qui ne correspond pas à celle qu'ils donnent au public (…) je lui reproche simplement de ne pas avoir réussi" Schmitt sera sollicité plus tard par Carrère pour des adaptations que Sheila refusera toujours : "retravailler avec elle sans lui serait délicat, surtout pour Sheila vu le pouvoir qu'il a dans ce métier" ajoute-il en 1986.

Pas facile en effet de tourner la page, et quelle page, pourtant Sheila ne va pas hésiter une seconde. Philippe Abitbol et Yves Martin amorcent le changement tout doucement en proposant à Carrére un titre très Sheila : "Body building".

En effet, la nouvelle mode Américaine déferle en France avec Véronique et Davina les grandes prêtresses de l'aérobic qui feront bouger la France tous les dimanches matins avec leur "Gym tonic". Jane Fonda édite une cassette de "Fitness", Olivia Newton-John fait un carton avec "Physical» Sylvie Vartan écrira même un "Beauty book"…Il était légitime que la plus sportive des chanteuses ajoute une pierre à l'édifice.

La mise en scène de "Body building" vaut son pesant de cacahuètes, Sheila filiforme en tenue nous offre quatre minutes de poses, de grand écart, d'étirements, d'élongations, toute la panoplie y passe. Carrère accepte cette chanson en face B de ce "Glori-gloria" qui sera la dernière très grosse vente de Sheila. Carrère écarté, les scores de Sheila ne seront plus jamais élevés.

Mais ce n'est pour l'instant du moins pas le problème de l'artiste qui justement aspire à une reconnaissance de ce statut, que finalement elle n'a jamais eu, alors qu'elle fait trente télés pour "Gloria/Body building" avec entre autres un mémorable "Petits papiers de noël" où la chanteuse est excédée, a froid et visiblement avait envie d'être partout sauf là. Il faut dire que collecter ces fameux petits papiers pour l'Unicef n'avait rien de glamour…

Sheila a envie tout simplement d'être en studio pour commencer son album. Dans le métier, tout se sait, des fuites arrivent très vite comme quoi Sheila enregistrerait un disque surprenant d'un nouveau style… Le guitariste chanteur Gino Pallatino qui fit un tube en cette fin d'année 1982 avec un rap humoristique "Vendetta a Parigi" et qui accompagnera la star sur la scène du Zénith fait cette annonce sur Rtl dans l'émission d'André Thorrent.

Les fans sont en alerte, un genre qu'elle n'a jamais eu ? Sheila a exploré tous les styles, même le haaaard rock ou s'en est approché, alors quoi  ? les marches militaires ? le rap ? le reggae ? Elle a même fait du ska…

Il faudra être patient, c'est au studio Guillaume Tell et non plus chez Estardy que toute l'affaire se monte… Sheila décide de produire son disque elle même de A à Z, jusque là, elle n'eut guère son mot à dire, là , même la très belle pochette pastel rosée de Paolo Reversi est de son choix, une sobriété rare, une réussite déjà…

Comme l'écrivirent bon nombre de journalistes, l'emballage est déjà attirant, mais le contenu va en déstabiliser plus d'un, du plus ancien fan au plus sombre détracteur, Sheila avec cet album intitulé "On dit" avec un humour presque attendu, va créer pour la première fois de sa carrière qui a maintenant vingt ans, l'unanimité, elle en rêvait, Presgurvic, Abitbol et Yves Martin l'ont fait…

Le voilà ce style inhabituel, dix chansons originales, aucune adaptation, un travail d'équipe, cohérent, réalisé pour une femme qui chante depuis vingt ans. Plus rien à voir avec le précédent album Français, les textes et la musique sont dépouillées à l'extrême, finie la petite boîte magique, place à une artiste de talent, révélée par des petits jeunes qui ont accepté de relever un défi insensé…

Les critiques pleuvent dès la sortie, vingt ans après "L'école est finie" de l'adolescente, dix ans après "Les gondoles" de la jeune femme, voilà "On dit" de la femme mâture, de presque quarante ans, assumant son passé et savourant son présent…Tous saluent l'évolution quasi "miraculeuse" d'une chanteuse, trop populaire, et qui se dévoile dans une sorte de psychothérapie vinylique, accouchée par des professionnels qui l'ont enfin comprise.

Débarrassée de ses tics vocaux, abandonnant les aigus définitivement (et que le groupe Chic avait amorcé), dotée de sa vraie voix, sa vraie voie… Sheila émeut et a réussi le pari de réunir sur son nom les critiques les moins tolérants et cette épreuve de force ne fut jamais reproduite par quiconque dans la jungle du show bizness…

Elle qui , il y a encore six mois , faisait cette déclaration incroyable à "Paris Match" :

"J'ai peur, regardez comment finissent les artistes, Romy Schneider, Patrick Dewaere… je m'ingurgite de l'extrait de Sheila avant d'entrer en scène, c'est dur (…) pour mon fils, je veux rester une star…
", va beaucoup mieux, les interviews s'enchaînent et elle a retrouvé "l'envie d'avoir envie"… il faut dire que tous les médias la réclament…

Que contient-il donc de si différent ce disque ? Tout simplement, une nouvelle chanteuse qui bien qu’ayant derrière un lourd passé de chansons dites légères a su s’entourer de gens qui l’ont métamorphosée… 

"Tangue au"
ouvre l’album, Sheila raconte que, lorsque ses nouveaux auteurs lui ont soumis l’idée d’un tango, elle avait encore en tête celui de la fameuse « Petite fille de Français moyen » qui la poursuivrait donc partout ! A l’écoute de ce nouveau tango, la chanteuse fut conquise… finie la polémique, ce « tangue au » là mélangeait les rythmes exotiques du reggae et du tango, évoquant la Jamaïque, le sud de Cuba, les Barbades, l’îlot de Grenade… Un tube destiné à l’été…

Ce  sera, du reste, la seule chanson « exploitable » pour un 45 tours, même Carrère fut conquis. On revient à Paris pour la seconde chanson au titre particulier « E6 dans le quinzième » ou une balade dans les rues de la capitale, avec un saxe magique qui fait de ce titre, la réussite de l’album.

On peut lire dans « France soir » que l’album pourrait s’arrêter là qu’il serait réussi, rien qu’avec ce titre ! Mais pour le confort de tous, il continue avec un morceau osé où il faut lire entre les lignes… "L-A Los Angeles" on est loin, très loin de « L’amour au téléphone » !

« Je
 »
reste la confession d’une chanteuse, quasiment allongée sur le divan d’un psy pour chanteuses populaires en mal de reconnaissance, enregistrée en une seule prise, Sheila ne triche plus, crie, rit, et craque « j’ai mal… » et sanglote, le frisson assuré pour une émotion non feinte.

« Sauve qui peut »
est une chanson désespérée sur la fin du monde,  l’absurdité  : « ce matin là ; dans l’journal…exclusif, a la une, un grain de sable primitif, un canif à la main a volé sur la lune »

Le très beau « On dit » qui donne son titre à l’album, est une prière, que l’on a crue longtemps adressée à Jacques Brel en raison du « Jacquie » cité entre parenthèse. Là, Sheila nous lit la messe « Au nom du père, au nom du Saint-Esprit, au nom du fils, dites moi qui je suis ! »

Gérard Presgurvic lui fait le don de la chanson que Sheila préfère dans l’album de son complice, « La vérité qu’on nous ment » sera choisie pour la longue promo télé-radio qui durera six mois.

« Vis vas »
est également choisi pour représenter la nouvelle Sheila, cette fois ci, le son est plutôt funk, beaucoup de cuivres, une chorégraphie d’avant garde travaillée avec la danseuse Jamie Costa qui commencera une longue collaboration avec notre vedette jusqu’à ses adieux. Un nouveau maxi 45 tours sera édité en août dans une version longue et réorchestrée, avec un couplet rechanté.

« Johnny , Sylvie, Cloclo et moi
 » vu son titre aurait pu très bien ressembler à du C.Jérome « Rétro c’est trop » où le sympathique Nancéein évoque ses copines, se coiffer comme Sheila , mais le texte est profond, une allusion a Faulkner (qu’elle n’a pas plus lu que Proust ou Schopenhauer !), une visite dans une librairie qui débouche sur une étoile filante et une bien belle mélodie…

L’album se termine avec un morceau très étrange, livré sous forme de charade « 83, langue au chat »… Justement, tout le monde la donnera ! Au final, un album inégal, certes mais tellement inattendu !

Elle se livre à tous les journalistes, la majorité l’encense, elle donne une première interview pour le journal "Gai pied", ce mensuel créé par Jean Le Bitoux qui suivra la chanteuse jusqu'à la disparition du magazine en 1992.

"Préparez vos mouchoirs"
est le titre de l'article écrit par Marc Thirion où pour la première fois, Sheila évoque l'homosexualité, Thirion lui parle de son "Body building" qui fait un malheur dans les boites gay, Sheila répond qu'elle ne l'a pas fait pour ça,

(…) c'est peut-être excitant pour les homosexuels, mais pour les femmes aussi, et j'ai d'abord pensé à moi (…) aux Usa, les trois quart des boîtes sont gays, il y a même des quartiers comme cela, j'y suis allée avec des amis homosexuels, par contre avec une fille, je me suis sentie très mal à l'aise ! ".

Sheila évoque sa vie à NY, les rumeurs, le fait qu'on l'ait considéré comme un produit : "je suis à la base de la réussite d'une maison de disques, j'ai longtemps été traité comme un produit, on m'a fait enregistrer des choses que je n'aimais pas, mais cela est bien fini …

Pour terminer sur les fans  : "Ils sont un peu collants, ça a tendance à être oppressant mais ce sont des gens que j'aime, ils sont très fidèles et je souffrirai de ne plus les avoir (…)

Jean-Louis Foulquier , le créateur des Francofolies de la Rochelle, a priori pas amateur de vedettes populaires estampillées Guy Lux explique qu'il aime bien Sheila, qu'il la trouve vraie, authentique, pétillante, sympathique…"elle a chanté pas mal de conneries mais son travail avec Presgurvic est des plus intéressants… A la télé je ne change pas de chaîne quand elle passe, contrairement à d'autres ! "

Décidément, les portes commencent à s'ouvrir, ce disque la réconcilie avec le métier. Le journal "Rock" lui consacre quatre pages titrant "Sont fous, z'ont mis Sheila dans rock"… Sheila est enchantée de faire une interview pour un journal qui ricanait encore il n'y a pas si longtemps sur ses chansons…"Faire cette interview avec vous est la plus belle des récompenses, je sais que cela ne doit pas être évident pour vous au départ de dire : on va mettre Sheila dans le journal ! "

"Rock" estime que "Spacer" est plutôt réussi, et que cet album "On dit" est loin d'être totalement nul !  Sheila se révèle d'une lucidité que peu de chanteuses de sa génération possèdent "le fait d'avoir été Sheila, c'est merveilleux, mais ça ne correspond plus à la jeunesse actuelle". Ringo en prend pour son grade pour la première fois, elle évoque le fait qu'il ait vendu leur vie intime à un journal : "Je trouve ça lamentable, tomber si bas pour de l'argent :"

Sheila poursuit en parlant musique, de la jeunesse de ses nouveaux auteurs qui l'ont vue différemment, et de la musique qu'elle écoute : Foreigner, Santana, Bowie (tous ont un point commun avec elle, le producteur !). Michael Jackson qui vient d'être révélé superstar grâce à l'album "Thriller" qui se vendra à quarante millions d'exemplaires, quasiment les ventes globales de la chanteuse dans toute sa carrière !

Puis ce sont les fameux Thierry Ardisson et Jean-Luc Maître qui coincent la vedette pour une "descente de police" pour "Rock & folk". Evidemment, cette interview est décalée, les fans et même la chanteuse se glorifieront plus tard d'avoir eu des articles dans ce journal, mais la rubrique d'Ardisson et Maître est bien particulière, les deux journalistes racontent qu'avant de rencontrer leur "victime", ils se conditionnaient en se répétant combien ils la détestaient !

Evidemment, Sheila fut l'une des "proies" consentantes et en voici quelques confidences inédites,  morceaux choisis :

"Des années qu'on attendait ça, qu'y a t-il sous son kilt ? Qu'est-ce qu'elle a sous ses couettes ? (…) la femme un peu fanée qui chantait le meilleur morceau de son dernier album (Presgurvic) n'avait plus grands chose à voir avec la "Petite fille de Français moyen" (Carrére)…

Sheila joue le jeu et tente de répondre aux questions posées comme un interrogatoire : "seuls les gens très proches m'appellent Annie, si on me crie "Annie" dans la rue, je ne me retourne pas (…) Mon fils m'appelle maman, une ou deux fois "Sheila" lui a échappé, il s'est fait disputer, il n'a pas recommencé (…) Lion ascendant Gémeaux, le jour de la mort est écrit, on ne peut le changer (…) je suis née dans la maison de ma grand-mère, rue Paul-François Avet à Creteil (…) j'ai eu une hernie à l'aine gauche à treize ans (…) Au lit on m'appelle "Chérie", "Sheila" quelle horreur ! (…)

Je porte du Ted Lapidus, Castelbajac, Chantal Thomass, les boutiques m'appellent quand elles ont des trucs, je suis trop connue pour faire du lèche vitrine !  (…) Je porte toujours une culotte mais jamais de soutien gorge, ça m'arrive de porter des porte-jarretelles, je dors juste avec un tee-shirt (…) les couettes, c'est loin, l'image de la gamine j'en ai marre, marre, marre !!! je fais plus les couettes que pour faire marrer Ludovic (…) je bois un litre et demie de café par jour (…) jamais fumé d'herbe, juste une fois, jamais touché à la coke, juste forcé sur la vitamine C (…) Mon premier flirt avait dix-huit ans, il était footballeur, j'avais quatorze ans (…) Quelle horreur, je n'ai jamais couché avec une femme ! j'aime les vrais mecs ! (…)

Carrère n'est plus mon producteur, on est juste ensemble pour la distrib' (…)
Sheila , rappelons le a créé sa société « New era 83 » avec Philippe Abitbol pour sortir ce disque.

Quand je vois mon profil, ça m'énerve, pourquoi j'ai une bosse là ? (…) J'aurais aimé avoir de gros seins, je sais que les hommes sont très excités par les énormes seins ! (…) L'éternel féminin, à vingt ans de l'an 2000, c'est Deneuve, Katharine Hepburn, Julie Christie…(…) Quand on voit Raquel Welch , on se dit que trois, quatre rides par ci par là donne un charme fou."

Curieusement, après cette interview , Sheila n'en fera plus d'autres avec Thierry Ardisson, devenu depuis le plus célèbre animateur de télé… Didier Varrod la rencontre pour le journal « Numéros un », là encore, elle surprend par son discours pas langue de bois :

« Maintenant, après ce disque, tout ce que l’on pourra dire me sera égal, j’ai la conscience tranquille. Le mal est exorcisé. (…) Avec « Je » , je ne pourrais plus jamais chanter comme avant (…) cette chanson est la base du disque (…) Si je chante « Et ne la ramène pas » on sourit, si j’évoque Faulkner, on sourit également ! On ne s’en sort pas ! Je ne suis pas une intellectuelle et ne cherche pas à le devenir ! Jai moi aussi le droit de chanter de belles chansons, je ne cherche pas à amadouer les intellos ! Je veux faire de la bonne chanson, c’est mon unique démarche.»

Après de telles déclarations, Sheila ne peut plus revenir en arrière… Et pourtant, pour la mise en scène de « Tangue au », pour sa première prestation télévisée, Sheila apparaît entourée de deux beaux danseurs et très vite, la presse apprend que la chanteuse vit une belle histoire d’amour depuis presque deux ans avec l’un d’eux…

En fait, Carlos et Roggiero Miranda sont frères jumeaux, ce qui donne lieu à une petite astuce visuelle pour la chanson… Comme dix ans auparavant, Sheila va poser complaisamment avec son maaaaaaagnifique fiancé et se le fera reprocher par ceux qui jugent à raison qu’on parlera encore davantage de sa vie privée que ses chansons !

Sheila , visiblement amoureuse, ira jusqu'à participer à un débat sur les jumeaux à la Tv Suisse et faire deviner en direct dans l’émission dominicale de Michel Denisot "Champions"qui est Carlos, qui est Roggiero… En précisant pour répondre à Denisot qui s’étonnait de ce « coup » médiatique : « Ca fait plaisir de montrer son bonheur aux gens, j’ai la chance d’être très heureuse dans ma vie »…

A la rentrée, Sheila continue sa promo , elle aura été omniprésente, juste avant les vacances, le 29 juin, elle partage la vedette de « Cadence 3 » de Guy Lux avec Sylvie Vartan, inutile de décrire l’ambiance survoltée entre les fans ! Elle se déchaîne sur « Vis vas » en direct avec ses musiciens et on la sent prête pour la scène, qu’elle annonce pour 1984. D’abord en province, pourquoi pas, Paris lui fait-il si peur ?

Elle participe à un spécial « Aujourd’hui madame » tout comme elle l’avait fait, entourée de ses parents, début 1971. Là, ce sont quelques fans qui l’entourent et la questionnent sur sa nouvelle vie. On est loin du tumultueux « Droit de réponse »…

La meilleure synthèse du bilan 1983 pour l’album , c’est « Numéros un » qui a tout compris :

« Le nouvel album de Sheila fut annoncé comme un événement, incontestablement, son meilleur disque (…) résultat : demi succès. Un tournant pas facile à prendre, une partie du public n’a pas encore adopté la nouvelle Sheila. Alors que si France Gall avait chanté « Tangue au », nul doute que plusieurs disques d’or l’auraient récompensé ! La route du changement risque d’être longue, mais peut-on imposer une nouvelle image d’un coup ? La clé du succès à venir pour Sheila : persévérer dans la même voie… »

Pour une fois, c’est la critique qui fut plus favorable à Sheila... Depuis de longues années, Sheila déroute son public, mais le grand public lui, à vrai dire, ne se rue plus sur ses albums, ce qui fit dire à France Gall : « Je ne vois pas quel peut être le public de Sheila, elle essaie de changer mais a t-elle conservé le sien ou en a t-elle conquis un autre ? « ce qui valut à l’interprète de « Débranche » des réactions assez virulentes de la part des fans…

Alors, que folle de joie parce que pour la toute première fois, les Carpentier lui offrent enfin un show rien que pour elle, elle enregistre la suite de « On dit », un 45 tours tout d’abord.

« Jeanie » s’inspire de l’histoire de l’actrice Américaine France Farmer, enfermée dans un hôpital psychiatrique et qui finit lobotomisée. Sheila fut très impressionnée par la performance de Jessica Lange qui avait endossé le rôle de l’actrice dans « Frances » sorti sur les écrans fin 1983.

Pour l’anecdote, la jeune Mylène Gauthier  fut elle aussi bouleversée par l’histoire tragique de l’actrice et au moment de sortir son premier disque, choisit le pseudo de Farmer en guise d’hommage, ainsi naquit Myléne Farmer et son « Maman à tort », prélude à une carrière de star que nul n’aurait pu soupçonner à cette époque…

Certes, l’hommage de Sheila est louable, la chorégraphie bien maîtrisée, Jamie Costa qui l’accompagne a élaboré une mise en scène soignée et réussie. Sheila apparaît très Deneuve, très sophistiquée pour les besoins de la chanson, c’est ainsi qu’elle se rendra aux premières au bras de son chevalier servant, car la nouvelle Sheila se montre, pour avoir été longtemps « séquestrée ».

Sheila applaudit les pièces de théâtre, les concerts, les spectacles, on la voit aussi aux obsèques de Tino Rossi et à l’Elysée, reçue avec tout le gratin du show biz à l’initiative de Jack Lang ! Mais, la chanson ne marche pas, elle n’est absolument pas dans la lignée du miraculeux album tant vanté, ni ne s’inscrit dans une démarche à la « Carrère »…

Gérard Presgurvic est d’ailleurs écarté pour ce disque et ne participera pas à l’écriture du prochain album déjà mis en chantier… La nouvelle ère n’est déjà plus ce qu’elle était ! Presgurvic s’en ira chercher l’inspiration auprès de Patrick Bruel, il sera à l’origine de son incroyable succès qui déclenchera la « Bruelmania » puis à l’aube de l’an 2000, s’attellera à la comédie musicale avec « Autant en emporte le vent » avec sa fille Laura comme interprète principale, pas pistonnée, paraît-il… 

Sheila travaille d’arrache pied pour son show Carpentier, elle connaît maintenant les raisons pour lesquelles, les époux producteurs ne lui en ont jamais offert avant, mais était-elle à ce point si dupe ? Carrère ne voulait pas de scène, pas de promiscuité avec les gens du métier, il était évident qu’un show télévisé aurait changé la donne… Sheila était décidément une grande naïve…

Quoiqu’il en soit et même si le temps passé ne se rattrape guère voire plus, Sheila est « tout feu, tout flamme » en dressant la liste des invités, des tableaux, des chansons qui composeront ce « Formule 1 », un nouveau titre qui prend la relève des « Top à… » qui ont duré de 1972 à 1975 et des « Numéros un » de 1975 à 1982.

Sheila qui en même temps cherche une salle à Paris, des échos en font état dans bon nombre de journaux, « Le Figaro » annonce même Bercy, mais que la salle n’est pas libre.

Début 1984, Sheila vit un nouveau conte de fées, Johnny Hallyday, Michel Sardou, Catherine Lara, Jean-Claude Brialy, Françoise Hardy ont tous accepté son invitation, si il n’y eut jamais de vrai duo avec Sardou, elle retrouve Johnny pour la seconde fois,  huit ans après « Elle est terrible », on les retrouve déchaînés sur un rock pur et dur du répertoire de Johnny « Mon p’tit loup » un de ses derniers titres.

Johnny est d’ailleurs dans une période « entre deux », ses albums ne connaissent plus de grands succès populaires, il faudra attendre 1985 et la collaboration avec Michel Berger pour que le phœnix renaisse ! Françoise revêtira une tenue d’infirmière militaire US pour y interpréter « Tamalou » avec son amie accoutrée itou.

Catherine Lara, qui n’est pas du tout du même univers que Sheila, « Les rois mages n’ont jamais été ma tasse de thé ! », enfile son perf et ses diam’s et prête même sa panoplie à Sheila qui s’éclatent réellement sur « La rockeuse de diamants », le premier tube vraiment populaire de Lara, deux ans avant sa « nuit magique ». Quelques quinze années plus tard, les deux artistes se retrouveront à nouveau en cuir pour « refaire » la « rockeuse » lors d’un show télévisé du samedi soir… et sur aussi à la dernière de la saison 5 de la tournée Age Tendre et n’auront rien perdu de leur sacré tempérament de feu !

Depuis qu’il a fait sa connaissance à Cannes, au festival de 1965, Jean-Claude Brialy a toujours apprécié celle qu’il surnomme lui aussi « maman », il lui propose d’interpréter un extrait de la pièce de Sacha Guitry « Ciel de lit », Sheila s’en tire haut la main, c’est pourquoi depuis lors, Brialy ne cesse de la pousser à accepter une pièce. Demande renouvelée lors du festival de Ramatuelle où elle était l’invitée d’honneur en 1999 en compagnie de Raymond Devos.

Une reconversion à la Line Renaud, pourquoi pas, n’a t-elle pas suivi les cours de l’Actor’s studio ? Sheila veut montrer toutes les facettes trop longtemps cachées de son art, ainsi, c’est avec le grand danseur étoile Allemand Michael Denart qu’elle se retrouve lors d’un ballet intitulé « Coup de foudre » sur l’air de Carmen, Denart fut danseur étoile à l’Opéra de Paris de 1971 à 1989 avant d ‘être le directeur de l’Opéra de Berlin de 1992 à 1996.

Elle a aussi invité Jimmy Cliff qui avec son « Reggae night » se hissait aux toutes premières places des hits. Josiane Balasko, qui s’était énervée lors du fameux « Droit de réponse » trois ans auparavant contre les préjugés dont était victime Sheila, lui écrit un sketch où notre chanteuse se retrouve en houpette coincée entre deux autres houpettes, Marie-Anne Chazel et Valérie Mairesse.

Un show ne peut être complet si il n’y a pas de comique, Michel Boujenah fera l’affaire. Sheila pourra interpréter « Vis va » en entrée, présenter pour la première fois et en exclusivité son futur titre « Emmenez moi », au final et entre les deux, revisiter « Tangue au », exit les jumeaux et place à une comédie musicale !

Retrouver « Jeanie » mise en scène dans un « Bunny bar » où elle pense à sa gloire passée , avec un verre de whisky et un miroir qui lui renvoie une image triste et pathétique…

Sheila offre une seconde nouveauté avec un tableau digne de Fellini sur « L’écuyère » qui là aussi, raconte la triste histoire d’une vieille écuyère de cirque à qui il arrive tous les malheurs de la terre, Sheila adore ce titre composé par les frères Martin, chanson qui évoque les terribles histoires évoquées dans les œuvres des chanteuses réalistes d’avant guerre…

Sheila termine le show sur un « Spacer » rafraîchi et dont la chorégraphie signée Jamie Costa sera reprise sur la scéne du Zénith… Car c’est presque signé, Sheila finalement revient sur scène en 1985 et cette fois, c’est sûr !

 

Années 80
Chapitre 26

Libre, totalement libre, professionnellement, le show des Carpentier sur TF1 a fait un carton, un show Sheila, c’était jusque là irréalisable, le public et la profession commencent à changer d’avis, Sheila est de moins en moins la reine du play-back, fera t-elle oublier ses couettes, et les ringardises estampillées seventies ?

Sentimentalement, c’est toujours le grand amour avec le beau Carlos, on peut lire ici et là qu’il lui a acheté une étoile, pratique courante aux Etats-Unis chez les amoureux, et de plus en plus, on évoque un deuxième enfant  ! Mais pour l’heure, Sheila reçoit une proposition d’Antenne 2 et du ministère de la culture pour un projet original, en effet, le styliste Jean-Paul Gaultier qui devient connu sur la place pour ses extravagances vestimentaires. On parle beaucoup de sa fameuse jupe pour hommes qui contribuera à le lancer véritablement, va devoir le temps d’une émission transformer Sheila pour son prochain clip « Emmenez moi » réalisé par Philippe Gandrieux...

Le pari est relevé et le tournage a lieu en mai, Sheila se plie à toutes les exigences, ses cheveux, son maquillage, des heures d’essayages de costumes, inégaux, du plus sexy au plus loufoque, Sheila porte les fameux seins coniques que Madonna fera connaître quelques années plus tard…

L’émission est ponctuée d’archives et d’une interview réalisée par Michel Cressole de « Libération », ce journal porte maintenant la chanteuse aux nues. Il est vrai qu’elle est nature, simple et belle, ce carré lisse très blond lui donne une aura de vraie star, ses réparties font mouche, le clip révèle une femme de presque quarante ans au zénith de sa beauté…

Les journalistes ayant visionné le documentaire sont sous le charme et vont réviser complètement leur jugement. Sheila est en passe de devenir vraiment branchée, même si elle n’est pas dupe que son prochain défi sera de taille et qu’elle aura besoin des médias et que ceux-ci ne lui feront pas de cadeaux, malgré leur bonne volonté.

Pour confirmer ses nouvelles ambitions, Sheila qui n’a toujours pas annoncé de date officielle pour son retour à la scène, s’envole pour les Bahamas, là où elle va enregistrer son nouvel album avec Yves Martin comme producteur.

Le « Compass point » est un studio mythique, pas seulement parce qu’on y trouve le meilleur son, mais parce que Bob Marley y a enregistré ses œuvres majeures et que c’est le fief de la « Funky music »… Sheila raconte que pendant les séances, Mick Jagger qui terminait son album solo venait l’écouter, qu’ils firent des parties de pêche le matin…

Les Kool and the gang, des habitués du Compass sont devenus ses potes… Dommage qu’aucune photo ne soit parue dans la presse… Sheila et Yves Martin ont donc fait table rase , exit donc Presgurvic. Philippe Abitbol, producteur de « On dit » sur label New éra ne participera plus qu’à la chanson prévue pour être le 45 tours d’été « Plus de problème », un titre à l’humour décapant « tout au fond d’elle, Annie chancelle ! » sur un rythme très funk mâtiné de reggae à la sauce Thaï !

Hormis Jésus Vilanuèva qui a apporté le « Film à l’envers » qu’on peut entendre à l’état de maquette dans le doc « Grandeur nature » qui devait initialement s’appeler « Satisfaction » et Olivier Masselot qui joue sur le disque et qui participe au « Jumbo loo », cette fameuse danse « qui rend fou », cet album est complètement différend du précédent, c’est un disque de chansons faites pour la scène, rentre dedans, mi rock, mi funk, on trouve  dans « America » des guitares électriques agressives, un texte de guerre mondiale, (seul titre réalisé à Londres).

Et dans ce « Guerrier Massai » qui préfigurait l’ère de la musique world , les Martin évoquent l’eau purificatrice qui éteint le feu dans les églises… "Vivre mieux" est la préférée de Sheila qui en dévoile le titre lors d’une interview parue en été.

« La chanteuse
 » est un petit chef d’œuvre d’humour, où Sheila se verrait bien s’envoyer en l’air en chantant du Fred Astaire, faire mousser le public en interprétant « My way, Night and day » … Mais voilà, elle n’a pas de producteur pour lui faire sortir tout c’qu’elle a dans le cœur, « si tu f’sais un disque » lui suggèrent les choristes, « eh, me parlez pas du rêve, j’passerai à la radio, à la TSF… ». Second degré pour qui tout est encore possible.

On retrouve pour ce titre très jazzy, les musiciens de Michel Jonasz et Manu Katché, l’un des dix batteurs les meilleurs au monde assurent tous les morceaux de l’album. Katché que l’on retrouvera vingt ans après dans le jury intraitable de l’émission de M6 « nouvelle star »…

Le 12 mai, Sheila est l’invitée d’honneur de Michel Drucker pour « Champs élysées » et annonce enfin son retour sur scène. Depuis une semaine, le bruit courrait qu’elle chanterait au Zénith, la nouvelle salle inaugurée en début d’année par Renaud, à l’initiative, encore lui, de Jack Lang qui souhaite ouvrir ensuite plein de Zénith identiques en province.

Une salle destinée surtout à jouer du rock, le groupe Téléphone a pris la relève, et pour l’année 1984 sont prévus des copains de la grande époque : France Gall et Johnny Hallyday !

Les deux stars sont produites par Jean-Claude Camus et c’est également avec lui que Sheila a signé pour le 22 février 1985, pour une durée de cinq semaines, ce qui n’effraie personne. C’est décidé, Sheila qui est maintenant pratiquement reconnue grâce à son récent travail n’a plus qu’une seule chose à prouver, qu’elle peut chanter en « vrai » et faire taire une fois pour toutes les mauvaises langues…

L’été 1984 nous montre une Sheila épanouie, elle passe d’une île à une autre, des Bahamas pour son album, en passant par les Baléares pour une télé avec l’animateur Hip hop Sydney , où elle sympathise avec Arnaud de Rosnay qui disparaîtra en mer quelques semaines plus tard. Elle retrouve également la belle Kim Wilde qu’elle croisait souvent lors de leurs périples internationaux… Et la découverte de son nouveau paradis qui deviendra vite son refuge : l’île Maurice…

On apprend que sa liaison avec Carlos Miranda n’a pas survécu à toute cette nouvelle agitation autour de la chanteuse, comme il se doit, la presse à sensations titre « Le second divorce de Sheila », à nouvelle rupture, nouvelle chanson sur ce thème, cette fois , c’est le  « Film à l’envers », une chanson d’amour très triste oscillant entre « Adios amor » et « Reviens je t’aime »…

Alain Dubar, jeune journaliste , fan de la dame, écrit un article très intéressant dans « Numéros 1 »  intitulé « S’il n’en reste qu’une » et compare en analysant le passé, le présent et l’avenir des quatre yéyé girls, Sylvie, Sheila, Françoise et France.

Cet été 1984, seule France Gall fait un carton en termes de ventes d’albums avec son « Débranche » qui précède son premier Zénith, Françoise a bien vendu son « Moi vouloir toi » et bénéficie toujours d’un aura « divin » dans la profession, on parle de Sylvie comme d’une star embourgeoisée à Beverly hills depuis son récent mariage, mais qui prépare un nouveau show à Atlantic city, alors que son dernier disque « Déclare l’amour comme la guerre » passe inaperçu.

Sheila, reconnaît Dubar, semble être la plus paumée des quatre, mais celle qui a le plus évolué en peu de temps, sa prochaine rentrée sur scène sera  déterminante… Alain Dubar conclut que dans vingt ans, elles seront toujours là, même Dalida ! L’avenir ne lui donnera à moitié raison puisque Sheila après des adieux en 89 revient en 98.

La rentrée arrive vite, le bilan des ventes de « Emmenez moi » n’est pas bon, pourtant couplé à « Plus de problème» deux tubes en puissance, Sheila ne se rend pas compte des chutes vertigineuses de ses ventes de disques, puisqu’elle confie dans une interview pré Zénith au journal « Numéros un » qu’elle est l’une des plus grosses vendeuses de disques qui puisse exister ! Elle reste tout de même, encore aujourdhui, la première vendeuse de disques en France.

Pour affronter une scène quelle qu’elle soit, mieux vaut avoir un tube, l’échéance du Zénith approche, il va falloir mettre les bouchées doubles. Sheila commence à répéter tous les jours avec Pierre Fuger, un jeune chorégraphe issu de la bande du Big bazar de Michel Fugain.  
On ne peut pas dire que Sheila soit boycottée par les médias de tous bords, elle est partout, « L’événement du jeudi » classe sa rentrée sur scène cinquième des dix plus grands événements de l’année à venir… Il faut dire qu’Annie Markhan, toujours son attachée de presse est toujours d’une redoutable efficacité, elle raconte qu’en 1982, déjà, Sheila avait contacté Gil Paquet et Roland Hubert, deux producteurs (notamment de Johnny), le Palais des Congrès fut réservé, hélas, se trouvant aux Etats-Unis, Carrère en a profité pour couper court à ce projet…

Annie Markhan révèle également que Le grand Rex fut envisagé pour finalement ne retenir que le Zénith, un choix qu’elle n’approuvait pas. Elle raconte que des tensions épouvantables régnaient dans l’équipe, Sheila travaillait comme une bête, tout le monde lui cachait que les réservations étaient plutôt molles, la rupture entre Carrère et Sheila fut définitive à partir de cette époque, pourtant il avait « mis » onze millions de francs lourds pour la pub, Annie Markhan prit ses distances et cessa sa collaboration avec la vedette, jusqu’en 2001 !

Sheila est partout, aussi bien dans la presse comme « Bonnes soirées » ou « Confidences » que dans les magazines les plus branchés comme « Rock » ou encore « Samouraï », elle ouvre son cœur, ses déclarations ne varient guère d’un article à l’autre :

« Je suis excitée comme une puce, folle de joie, angoissée, aux yeux de tout le monde, c’est un risque insensé, mais j’y vais a fond, c’est plutôt un avantage de ne pas avoir fait de scène si longtemps, au moins je ne suis pas usée de ce coté là, je veux faire de la bonne musique, je sais qu’on m’attend avec un bazooka… Je suis une folle furieuse… »

Sheila raconte partout qu’effectivement, elle peut comprendre pourquoi on lui en a tant voulu, cette réussite somme toute, tellement facile... Elle revendique maintenant son statut d’artiste.

Elle est consciente que les médias lui ont laissé la porte ouverte et que c’est à elle , maintenant d’être à la hauteur des espérances de ses nouveaux défenseurs, Michel Cressolle de Libération en tête, Pablo Rouy de « Gai pied », Alain Dubar et Didier Varrod que l’on retrouve beaucoup, il n’hésite pas à écrire dans « Chanson magazine » : « Sheila, date et lieu de naissance : 22 février 1985 au Zénith »…

« L'événement du jeudi » lui consacre un bel article intitulé « Je suis un homme bien sur ! », déclaration d’une femme qui a pris le parti de rire de tout, maintenant libérée…

Seule inquiétude, qu’elle exprime à la journaliste Sylvie Milhaud :

« le tarif des places de mon spectacle varie de 70 à 160 f, espérons qu’il leur restera de quoi payer leurs impôts ! De toutes façons, on ne gagne jamais d’argent avec un spectacle »... entre deux questions sur le show gigantesque qu’elle prépare, Milhaud lui demande, une fois n’est pas coutume, son avis sur les politiciens, jugement sans appel : « Alors là, ça me gonfle, la politique c’est du show biz mal orchestré, un ramassis de mauvais comédiens ! »

Dans le même hebdomadaire, une autre Sylvie, Coulomb, auteur en 1988 d’un ouvrage consacré à la chanson co-écrit avec Didier Varrod, là aussi livre un article réhabilitant la petite Sheila « Laissez la vivre ! » : "Toujours, ils choisissaient pour elle, ils lui en ont mis des bottes à franges et des paillettes"

Dans cet article qui résume si bien ce qu’est devenue la « Petite fille de Français moyens », Sylvie Coulomb lance cette « rumeur » au sujet d’une France Gall, bonne copine, qui postillonnant au Zénith « qu’une vieille dame très démodée » était dans la salle ce soir là… et Sheila de se désagréger sur son siège…

On savait les deux ex fans des sixties pas dans les meilleurs termes, mais là, l’attaque paraît tellement incroyable, qu’après enquête, la charge ne fut pas aussi virulente, des fans présents ce soir là, ont une tout autre version, mais laissons là ces basses querelles pour ne plus nous consacrer qu’à l’épisode crucial, le plus attendu dans une carrière déjà très longue et pourtant toute neuve paradoxalement…

La fin de l’année 1984 sera pour Sheila une véritable course contre la montre, afin d’être prête pour le grand saut, elle fait bien sur de nombreuses télés notamment avec le « Film à l’envers ».

Le 4 novembre 1984, un événement considérable va changer la donne de la télé Française, la création par André Rousselet de la chaîne à péage : Canal +. Sheila est invitée à l’inauguration, on la retrouve aux cotés d’Antoine De Caunes qui se souvient avoir été fan et de lui avoir fait signé timidement une photo en 1963 !

Philippe Gildas
est présent aussi pour annoncer la création du premier Hit parade fiable, créé par Canal en association avec la Snep : le Top 50 ! Ce sacré classement qui va changer bien des données dans l’hexagone !

D’emblée, Sheila déclare que personnellement ça ne l’intéresse plus de faire la course aux tubes, maintenant elle fait ce qu’elle aime ! Adorant depuis toujours l’exquise Jane Birkin, un show Carpentier les réunissant sur le porte avion Clémenceau les verra dans un duo très réussi sur « Ex fan des sixties » le plus grand tube de la « petite Anglaise », puis elle présente Yves Martin dans le « Cadence 3 » dont elle est la vedette le 12 décembre, ce dernier interprète un extrait de son dernier « Alboum », « Cité de malheur ». La carrière de chanteur d’Yves Martin ne décollera pas. Le premier janvier, Antenne deux programme enfin « Grandeur nature », peu suivi puisque Tf1 passait un vieux Romy Schneider tout en crinolines. Entre la tiare de Romy et les seins coniques de Sheila, le public n’a pas hésité…Qu’importe, Sheila se tient prête, Michel Drucker lui consacre comme il se doit un « Champs Elysées » qui sera sa dernière grande prestation télévisée avant le jour j…

 




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