Paris 13ème/Marseille 13ème

17 septembre 2015 - Entretien avec Michel Bourdais
Propos recueillis par Frédérick









 

Coup de chapeau pour un coup de plumes !


Tout a commencé par un dessin et beaucoup de nos idoles sixties et seventies ont été croquées par son célèbre coup de crayon.

Portraitiste, rédacteur, photographe, conseiller artistique, il a travaillé au début de sa carrière et durant quelques années pour le magazine Salut Les Copains. Proche de Claude François à la suite du portrait qu’il lui réalisa, il est celui qui lui suggéra lors d’une séance de dessins destinés à décrire des pas de danse inventés par Claude, de monter un show avec des danseuses. L’idée prit forme. « Les Clodettes » virent le jour en 1966 avec le succès que l’on connaît.

Sheila, Le Fil de Notre Histoire a le plaisir de vous laisser en compagnie de Michel Bourdais.




Salut les Copains / Juillet 1966 - N°48 Salut les Copains / Janvier 1966 - N°42





1. Bonjour, déjà nous tenons à vous remercier pour vos compliments concernant le Site et avant de commencer l'interview pouvez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs?


Pour simplifier, je peux dire que le dessin, la photo, le cinéma, la télévision, l'écriture et d'autres domaines encore qui n'intéresseraient pas forcément vos lecteurs m'ont passionné et que j'ai eu le grand privilège de pouvoir gagner ma vie en les pratiquant tous.

C'est par le dessin que les portes du show-biz se sont d'abord ouvertes. Dès l'âge de 16 ans je participais à des expositions. Mes dessins plaisaient, ce qui m'encourageait à continuer. En 1962 des affiches annoncèrent dans toute la ville de Nantes que Charles Aznavour allait venir chanter. Je trouvais qu'Aznavour « avait une gueule » comme on dit, et j'ai décidé de faire son portrait.

La directrice de la galerie où j'étais en train d'exposer trouvant le portrait intéressant le mit en vitrine. Cette galerie était à quelques mètres de l'Apollo, la salle où Aznavour venait se produire. C'est en passant devant la galerie qu'il vit le portrait que j'avais fait de lui. Il entra, demanda à ce qu'on me prévienne qu'il m'invitait à le rencontrer en précisant qu'il souhaitait que j'apporte mon dessin. Inutile de dire que, très fier, je me suis rendu à cette invitation. Je me faisais une joie de rencontrer Aznavour avec l'espoir d'obtenir un autographe. En fait la surprise fut totale. Non seulement j'ai eu mon autographe mais Aznavour m'acheta le portrait que j'avais réalisé. J'en garde le souvenir d'une grande émotion. J'avais le cœur qui battait !


2. Quand on regarde d'un peu plus près votre parcours c'est surprenant le nombre d'idoles que vous avez pu côtoyer, avec du recul en avez-vous conscience ?


Suite à cette formidable aventure avec Aznavour j’ai eu mes entrées particulières à l’Apollo. Je rencontrais les artistes qui venaient chanter, je dessinais leur portrait. C’était génial pour l’ado que j’étais.

Le second épisode déterminant fut ma rencontre avec Françoise Hardy et Richard Anthony. Ils étaient dans la même tournée : Françoise était la vedette montante et Richard la tête d’affiche. Tous deux me firent l’honneur de m’acheter le portrait que je leur avais dessiné.

Avec Richard nous avons immédiatement sympathisé. Au point qu’il fit une chose qu’il ne faisait jamais : me donner son adresse et son numéro de téléphone !

Nous sommes restés amis jusqu’à son décès qui m’attrista profondément le 19 avril 2015.

Lorsque je suis « monté » à Paris, Richard me conseilla de montrer mes dessins à la rédaction du magazine Salut Les Copains. Ce que je fis bien sûr et dans la demi-heure qui suivit, je fus engagé. Daniel Filipacchi était (et est toujours) un grand amateur de dessin et de peinture. Avec lui ça ne traînait pas ! Soit il aimait, soit il détestait.

SLC faisant la promo de toutes les petites ou grandes « idoles » de cette époque, j'ai inévitablement été amené à les côtoyer presque toutes. Il en fut de même lorsque plus tard j'ai travaillé sur les émissions télévisées Bienvenue animées par Guy Béart. « Côtoyer les idoles » c'était naturel et dans la logique du job. Après, c'est comme dans n'importe quel cadre de travail. Il y a des artistes avec lesquels j'ai seulement bossé et d'autres avec lesquels j'ai lié des relations d'amitié.



Michel Bourdais en 1964


En tout cas l'ambiance à SLC était vraiment cool et décontractée. Nous étions tous très jeunes et on ne se prenait pas la tête. Cela n'empêchait pas qu'on fasse le boulot très sérieusement mais on s'octroyait aussi des moments de grosses déconnades. J'ai souvenir de bagarres mémorables à coups de pistolets à eau dans les locaux de la rédaction !!!

3. Claude François, Charles Aznavour deux des plus grosses pointures de l'époque, comment fait-on pour garder la tête sur les épaules ?


Le fait que dès mes débuts dans la vie professionnelle de grands artistes apprécient mon travail du moment, eut pour effet de me donner davantage confiance en moi pour avancer. En cela, ce fut important. Mais je ne vois pas pour quelle raison je n’aurais pas « gardé la tête sur les épaules » ! Rien n’est jamais acquis d’avance. Si ça m’avait monté à la tête, ç’aurait été catastrophique. Je n’aurais peut-être plus rien fait ni rien entrepris dans ma vie !

Je peux témoigner que Claude François et Charles Aznavour, comme la plupart d’autres grands artistes que j’ai eu l’occasion de rencontrer, doutaient eux-mêmes beaucoup de ce qu’ils faisaient mais ils travaillaient énormément.

Ma première rencontre avec Claude François dans les locaux d’Europe 1 fut due au hasard. Lui aussi appréciait le dessin et la peinture. Et lorsqu’il vit le portrait que j’avais fait de Richard Anthony il devint jaloux. Il me relança plusieurs fois jusqu’à temps que je lui fasse le sien et là j’ai découvert quelqu’un de fragile et beaucoup plus vulnérable qu’il ne voulait le laisser paraître.

4. Etant dans l'équipe de rédaction du magazine SLC – Salut Les Copains, vous avez du rencontrer Sheila plus d'une fois, avez-vous quelques anecdotes à nous raconter la concernant ?


J'ai eu le bonheur que Stan Wiezniak qui était photographe chez Philips me confie son Rolleiflex pour faire quelques prises de vue de Sheila un jour qu'il la photographiait. Ça remonte à l'époque où elle avait ses couettes. Lorsqu'il fallait photographier Sheila ou l'interviewer, on était sûr au moins d'une chose : ça ne se passerait pas dans la morosité !

Elle se prêtait toujours au jeu avec gaité, malice et bonne humeur… à condition que Claude Carrère veuille bien la lâcher un peu ! Dans le magazine SLC, il y avait souvent une rubrique : « Les 40 questions à … » ou « Les 30 questions à … », ça dépendait de la place qu'on avait et je me souviens qu'à la question « Quelles sont tes expressions favorites ? » Sheila me répondit : « ouki-kouki ». Comme je fronçais les sourcils d'étonnement elle me confia à voix basse en se marrant en douce : « C'est le titre d'une de mes chansons qui ne marche pas du tout. Il faut absolument que je te réponde cela pour faire de la pub sinon le président va se mettre en pétard. Tu notes bien qu'ouki-kouki est mon expression favorite ».

Le président c'était Claude Carrère et la chanson Ouki-kouki ne marchait tellement pas que j'ignorais son existence. Je ne pense pas que le fait d'écrire dans SLC qu'il s'agissait de son expression favorite changea le destin de cette chanson, ça se saurait, mais Sheila avait appliqué scrupuleusement la consigne de son producteur… tout en gardant son petit côté effronté !

Je me souviens aussi que lors de notre première rencontre, notre premier sujet de conversation tourna autour du dessin et de la peinture. Je m'en souviens d'autant mieux qu'elle me dit qu'elle aimait particulièrement dessiner des portraits. Que les collectionneurs le sachent !

5. Un titre de Sheila qui vous a le plus marqué ? Claude Carrère quelques souvenirs ?


Ouki-kouki, je viens d'en donner la raison ! Comment l'oublier ? Et puis il y a Petite fille de français moyen parce que cette chanson a eu de multiples répercutions. Elle déclencha pour certains une polémique lorsqu'elle est sortie, elle fut en même temps un énorme succès et cette expression est celle qui est restée à la postérité pour désigner Sheila avec une certaine tendresse. On peut dire qu'elle colle à la peau de Sheila.

Sur la façon dont cette chanson est née, c'est fou les histoires à dormir debout qui ont été inventées et qui circulent toujours sur internet. La vérité c'est qu'elle a été écrite et composée entièrement par Jacques Monty et pas en 10 minutes pendant une balade à vélo ! Une fois composée, Georges Aber a changé trois mots exactement, quant à Claude Carrère il n'a écrit ni un mot ni une note. Si son nom figure malgré tout parmi les auteurs compositeurs c'est parce que c'était la condition pour lui placer une chanson.

A l'époque, ce n'était pas le premier à exiger une chose pareille. Je ne surprendrai personne en disant que Claude Carrère était quelqu'un d'unique en son genre. Il avait à la fois l'art de sentir à l'avance ce qui allait plaire et l'art de la mise en scène pour susciter le rêve et construire méthodiquement des légendes.

Quand je pense à lui c'est toujours à propos d'histoires bien montées auxquelles le public se laissait prendre : un interview de Sheila soi-disant en direct d'un avion alors qu'il a été réalisé en studio avec le bruit de l'avion bien sûr pour « faire vrai » ou bien la minutieuse préparation réunissant à l'avance photographe, jupe écossaise, bande son de L'école est finie pour immortaliser ce qui devait devenir le jour de la trouvaille des couettes !

6. Quand on a connu la folie des sixties et des seventies notre époque doit vous sembler bien fade, quel est votre sentiment sur le monde de la variété française actuelle ?


J'ai connu des époques plus gaies ou plus « romantiques » que celle d'aujourd'hui mais il est difficile de comparer. Durant les années soixante et même soixante-dix, tout était neuf, tout était à faire. Le public était mis rapidement au courant des nouveautés en matière de variété par les deux chaînes de télé et les quelques radios.

Aujourd'hui, il y a aussi de nouveaux artistes très talentueux mais ce ne sont plus les médias qui nous les amènent sur un plateau. Pour être au courant et les découvrir, le public doit se bouger, chercher lui-même, fouiner sur internet ou ailleurs, aller à des festivals …

7. On ne peut s'empêcher de penser à Jean-Marie Perier qui vient de sortir un livre pour la liberté de la presse, on suppose que vous vous connaissez même si vos chemins professionnels sont différents il y a des petites similitudes dans vos parcours qui se rejoignent ! Vous êtes-vous déjà rencontré ?


Durant la période où nous travaillions tous deux pour SLC, nous nous sommes bien évidemment souvent rencontrés. Je me souviens d'une anecdote qui remonte à quelques mois après la sortie de LUI, un nouveau mensuel que Filipacchi avait lancé et dont la rédaction était dans les mêmes locaux que celle d'SLC. Cette publication qui montrait notamment des filles dénudées avait valu à Filipacchi le surnom « d'empereur du cul ».

Pourtant durant les premières années, on ne pouvait que suggérer que les filles étaient entièrement nues. Pour éviter les amendes en cas de plainte, il fallait toujours pouvoir prouver qu'en réalité elles ne l'étaient pas ! Un jour avec Jean-Marie nous avons donc passé notre temps à examiner avec nos loupes les photos publiables pour éviter les tracas. Aujourd'hui quand j'y repense, la situation paraît assez irréaliste !

Après les années SLC nous nous sommes revus avec Jean-Marie que très épisodiquement mais j'ai toujours eu grand plaisir à le retrouver. Il eut d'ailleurs la gentillesse de rédiger la préface de mon livre : Claude François à la recherche de son image ou l'histoire d'un dessin. Jean-Marie et Claude étaient eux-mêmes très amis.




Jean-Marie Périer - 100 photos pour la liberté de la presse

Disponible chez amazon.fr et fnac.com


8. Le livre justement que vous avez réalisé sur Claude François à la recherche de son image ou l'histoire de son dessin aux Editions Fan De Toi, se démarque de tout ce qui a pu être écrit ou fait le concernant, ou puisez-vous toutes ces idées créatives ?


J'ai puisé uniquement dans mes souvenirs. Ce sont des fans de Claude qui m'ont poussé à écrire ce livre et je n'ai fait que raconter ce qui s'est passé autour de ce dessin que Claude me demanda de lui faire en 1963. Ce portrait eut un gros impact psychologique sur l'image qu'il voulut donner de lui et c'est surtout en cela que l'histoire est atypique.

C'est la recherche des documents et la mise en page du livre qui me demanda le plus de travail. Des documents j'en avais personnellement mais mon ami photographe Jean-Louis Rancurel, m'aida aussi à en rassembler.


Et puis d'autres amis témoins de cette aventure m'ont écrit de chouettes témoignages. Bien que ce livre soit sorti en 2008 on peut encore se le procurer sur internet à des prix très raisonnables :


A la recherche de son image ou l'histoire d'un dessin, Editions Fan De Toi en 2008


Disponible sur amazon.fr et sur fnac.com

9. Aujourd'hui êtes-vous encore en activité ? Dessinez-vous toujours des portraits ?


Je n'ai pas le tempérament à me mettre en retraite ! J'ai toujours besoin d'action et de projets. Aujourd'hui le dessin n'est pas ma priorité. La photographie accapare davantage mon temps et l'édition aussi.



Michel Bourdais en compagnie de Michel Jonasz et Vigon



10. Pour finir que peut-on vous souhaiter ?


Dans l'immédiat, que le livre que je suis en train de terminer avec mon ami Jacques Monty fasse passer un bon moment à tous ceux et celles qui le liront bientôt.

Le titre est encore à l’étude mais le livre sortira… au cours du premier trimestre 2016 à l'occasion du 40ème anniversaire d'Allez Les Verts, le plus célèbre hymne au ballon rond.

Pour la première fois Jacques Monty dévoile l'histoire rocambolesque de ce succès populaire qu'il écrivit au printemps 1976 à l'heure de la finale de la Coupe d'Europe. Mais pas seulement. Il livre aussi avec pudeur ou drôlerie les clefs de sa vie et revient sur son parcours d'auteur-compositeur-interprète. Beaucoup seront très surpris par ses révélations !

Longue vie à votre site et amitiés à tous.
Michel Bourdais






Nous tenons à remercier Michel Bourdais pour sa disponibilité et sa gentillesse.
Toute l'équipe de Sheila, le fil de notre histoire lui souhaite une bonne continuation dans l'élaboration de ces projets.




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